Les Bleues bientôt sur le toit du monde ?

Photo FFF Antonio Mesa

La prochaine Coupe du monde aura lieu en France en 2019. Avec des footballeuses cette fois-ci et le slogan « osez briller ». En faire des modèles serait efficace pour une politique d’égalité des sexes. Car l’image des femmes n’est pas sortie grandie de la Coupe masculine.

Et si la France était à nouveau en fête dans un an, autour des Bleues qui disputeront la Coupe du monde ?… Le pays vient de vivre des moments exceptionnels de liesse autour d’une équipe de foot masculine porteuse de valeurs telles que les dirigeants politiques ont tenu à y associer leur image. Le président de la République ayant été omniprésent.

Qu’en restera-t-il en termes d’image et de modèles pour les garçons et pour les filles ? Les garçons pourront se projeter et se rêver en héros sportifs valeureux, travailleurs, forts, talentueux, solidaires, drôles, loyaux… Autant de valeurs qu’ils pourront exprimer ailleurs que sur un terrain de foot pour se hisser eux aussi sur le toit du monde.  

Et les filles ? Ce que les médias leur ont donné à voir ne leur permet que des rêves très limités. Lorsqu’il a été question de femmes dans les médias à propos de la Coupe du monde de foot masculine, ce n’était pas sur le terrain, ni même dans le staff d’entraîneurs, accompagnateurs, soignants. Elles étaient plutôt faire-valoir des joueurs avec certains médias, people ou non, réalisant des classements des Wags (women and girlfriends), les femmes et compagnes de joueurs, sur des critères esthétiques. Quand le président de la République a reçu les vainqueurs à l’Elysée, la seule femme présente sur le perron était son épouse. La ministre des Sports se tenait en retrait… « ‘Femme de’  c’est ton destin » semblent dire les médias aux filles.

Même les femmes journalistes qui ont fait une entrée récente dans le monde masculin du journalisme sportif, ont été réduites à leur fonction décorative. Elles ont fait l’objet de classements non pas en fonction de leur compétences mais de leur physique (voir : Pendant la Coupe du monde, la foire aux femmes journalistes).

Dans cet emballement médiatique les femmes ont aussi été présentées comme des proies avec de nombreux articles reprenant un compte twitter dénonçant les agressions sexuelles qui ont eu lieu pendant les festivités célébrant la victoire des Bleus. Agressions qui ne sont d’ailleurs pas spécifiques au foot mais très fréquentes dans les grands rassemblements festifs.

La Fifa, en toute fin de compétition s’est inquiétée du sort des femmes. L’organisateur de l’événement sportif veut en finir avec les gros plans sur les jolies filles du public, pour lutter contre les stéréotypes. Ce qui a bien entendu fait gloser certains médias ne voyant pas où est le problème. (voir Que dit la polémique sur les gros plans de supportrices ?)

En revanche, quand les Pussy Riot ont envahi le terrain pendant la finale, assez peu de médias ont parlé de ces féministes punk rock courageuses qui défient Poutine et se battent pour la liberté de pensée. (voir Les Pussy Riot se sont invitées à la Coupe du monde)

Et au final, dans l’imaginaire collectif construit par ces médias, chacun a été remis à sa place : les hommes héroïques sur le terrain et les femmes en fond décoratif.

Faire briller les sportives, une vraie politique d’égalité des sexes

Alors après la Coupe du monde masculine, dans un an, aura lieu la Coupe du monde de foot féminine. Il appartient aux médias et aux responsables politiques d’en faire un grand événement pour offrir d’autres modèles aux filles. Le sport est une des clés de l’égalité entre femmes et hommes. Plusieurs études le montrent : les hommes font du sport pour s’éclater et faire de la compétition et les filles font du sport pour se galber les fesses, les cuisses, bref, pour être belles et désirables et se conformer aux images que les médias leur donnent à voir. (Voir : Ludique pour lui, contraignant pour elle, le sport dans le miroir des médias)

Or le sport de compétition est un puissant moyen de devenir leader. Une étude montre que parmi les 20 femmes les plus puissantes de la planète, 19 ont fait un sport de compétition à haut niveau (voir : La compétition sportive favorise le leadership des femmes).  Et c’est ça qui les a aidées à devenir des femmes de pouvoir. Pour accéder au pouvoir il faut savoir prendre des risques, ce qui veut dire accepter le risque d’échouer. Quand on fait du sport, parfois on gagne, parfois on perd mais on sait accepter ce risque. La compétition sportive apprend aussi à occuper l’espace.

Les activités qui correspondent aux codes de la féminité ne permettent pas d’apprendre ces notions. Quand on est une princesse qui se fait belle et attend passivement son prince, ces notions de risque et d’espace sont très loin. Le sport de compétition peut sortir les filles d’une forme d’assignation à la passivité. C’est pourquoi il faut médiatiser davantage les compétitions des femmes.

Cela demande des moyens, dans les médias et aussi dans les clubs sportifs pour donner aux joueuses les moyens de faire un grand spectacle.

La Coupe du monde féminine de football 2019 est la huitième édition de cet événement sportif et c’est la première fois que la France l’organise. La FIFA et la Fédération française de football (FFF) en ont donné le coup d’envoi le 19 septembre 2017 et ont dévoilé le slogan dare to shine qui se traduit par « le moment de briller » ou « osez briller ». Pour qu’elles brillent, il faudra que les médias braquent les caméras sur elles. Le président de la République ira-t-il leur rendre visite accompagné de la presse avant le lancement du tournois ?

« Je vous propose qu’on invite les Pussy Riot à l’ouverture de la coupe du monde de foot féminin en 2019 en France. » suggère Sandrine Rousseau sur Facebook. Une proposition pour éclairer la face cachée de l’actualité de la part d’une femme qui se bat contre l’omerta (voir Concours de victimes… et à la fin c’est l’omerta qui gagne). Une bonne idée pour faire du bruit autour de la compétition et montrer, in fine, que les femmes ont du talent sur les terrains de sport et dans le combat politique.

Lire aussi dans Les Nouvelles NEWS

Sportives invisibles, le cercle vicieux

Andy Murray contre l’amnésie sexiste

Ne cachez plus le sport féminin !

Chut, le PSG s’est qualifié pour la finale de la ligue des championnes

 

Tous les articles de la rubrique Point de vue

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

css.php