Accueil Médias Les Echos : les soutières de l’info se rebiffent

Les Echos : les soutières de l’info se rebiffent

par Isabelle Germain

Le quotidien économique ne compte aucune femme parmi ses 12 rédacteurs en chef. Pour protester, elles font la grève des signatures aujourd’hui.


 

Les articles non signés ce vendredi 7 juin dans Les Echos seront des articles rédigés par des femmes. Et il y en aura beaucoup. Si les femmes sont nombreuses parmi les journalistes du quotidien économique, elles restent les soutières de l’info. « 12 rédacteurs en chef hommes, zéro femme. Pour protester, elles feront demain la grève des signatures », annonçait une journaliste hier soir sur Twitter. Elles alimentent le journal mais ne décident rien sur la hiérarchie de l’information ou les angles des sujets. Alors quitte à être invisibles, autant ne pas signer les articles…

En France en 2012, les femmes représentaient 46% des 37012 journalistes professionnels, mais seulement 17% des cartes de presse portant la mention « directeur » (Voir : En 2012, toujours plus de femmes journalistes… et moins de directrices).

Les femmes journalistes aux Echos le déplorent « Il n’y a de femme ni à la rédaction en chef ni à la direction de la rédaction du quotidien ». Ce ne fut pas toujours le cas mais, le journal ayant renouvelé ses équipes, les femmes ont disparu du haut de l’organigramme. Pire : lors de récentes nominations de « chefs », des recrutements extérieurs ont été préférés à la nomination de femmes journalistes expérimentées…

Tapotte paternaliste

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la nomination du rédacteur en chef du service politique. Quand une représentante du personnel a demandé pourquoi ce poste n’avait pas été confié à une femme, il lui a été répondu que celles qui avaient été approchées avaient décliné… Renseignements pris auprès des collègues, aucune n’avait été approchée.

A côté du quotidien, les deux seules femmes qui ont des titres de chef ne troublent pas l’entre-soi masculin : la directrice déléguée du « supplément luxe » des Echos pilote un magazine juteux dont les thématiques sont éloignées du coeur de métier du quotidien économique. Et la rédactrice en chef du supplément « Enjeux » qui dirige une équipe de 7 personnes est solidement encadrée par un directeur et un directeur délégué… Un coup d’œil sur la rubrique les éditoriaux vaut mieux qu’un grand discours : les éditorialistes ont leur photo et… pas une femme. Ceux qui disent ce qu’il faut penser sont tous des hommes.

Réaction de la direction ? « Pour l’instant, une tapotte paternaliste sur l’épaule assurant qu’on nous comprend mais que les temps sont durs… » témoigne une journaliste. Contacté par @rret sur Images, le PDG Francis Morel admet que « le constat fait par les femmes des Echos est objectivement juste ». Il doit recevoir les représentantes du mouvement lundi, en compagnie de Nicolas Barré, directeur des rédactions.

 

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2 commentaires

Lili 7 juin 2013 - 08:14

Oui bravo !!

Je regrette que leur mode d’action soit de s’effacer (réflexe très féminin. Des hommes n’auraient-ils pas fait grève, manifesté, ou publié une tribune, ou encore commencé tous leurs articles par une phrase choc?)
Dommage aussi que les représentants du personnel n’aient pas saisi les prud’hommes, ou le défenseur des droits. Un aveu aussi franc qui s’avère mensonger, c’est quand même assez rare pour qu’on s’en serve…

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Lili 7 juin 2013 - 08:16

… ah oui, comme lectrice des échos, je vais évidemment leur manifester mon mécontentement…

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