Accueil Eco & SocialBien-être et richesses Les fractures territoriales renforcent les inégalités femmes-hommes

Les fractures territoriales renforcent les inégalités femmes-hommes

par Arnaud Bihel

Le HCE/fh dresse « un portrait inédit de l’égalité femmes-hommes » dans une étude sur les inégalités sous l’angle des territoires. Zones urbaines sensibles, mais aussi zones rurales. Un constat, en attendant des pistes d’action.


 « On parle de 10 millions d’habitants », insiste Romain Sabathier, secrétaire général du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE/fh). Dix millions d’habitants sur lesquels il existe peu de données, particulièrement dans le cas des territoires ruraux.

Réalisée avec l’Insee et l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), l’étude du HCE/fh publiée jeudi 24 avril porte sur les Zones Urbaines Sensibles (ZUS) et sur les territoires ruraux fragilisés. 

Dans ce rapport, le groupe de travail EGATER (égalité territoriale et égalité femmes-hommes) s’est penché à la fois sur l’e?galite? entre les femmes et les hommes dans ces territoires fragilise?s et sur l’e?galite? entre ces habitant-e-s et celles et ceux des autres territoires. EGATER a pu constater à cette occasion le lien étroit entre fractures territoriales et inégalités femmes-hommes dans plusieurs domaines.

« Plancher collant »

Pour l’emploi, les résultats oscillent entre inactivité et précarité, se désole le HCE/fh. Près d’une femme sur deux est inactive dans les zones urbaines sensibles, une situation que la crise a empirée ces dernières années (voir à ce sujet notre article « L’emploi se dégrade pour les femmes dans les ZUS »). Et elles sont près de 40% à travailler à temps partiel en zone rurale – 10 points de plus que la moyenne nationale.

Dans les territoires ruraux fragilisés, l’étude constate « une précarité de l’emploi accrue et un entrepreneuriat plus difficile pour les femmes ». Et évoque le « plancher collant » des campagnes pour les femmes diplômées, qui « émigrent moins que les hommes diplômés vers les zones urbaines les plus vastes et les plus dynamiques. »

Déserts médicaux

L’accès aux soins est également marqué par les inégalités. Plus fortes dans les ZUS, là encore : 27% de femmes ont renoncé à des soins, pour 18% d’hommes. Elles sont également deux fois plus exposées à l’obésité que les hommes et deviennent mères plus tôt que dans les autres territoires.

Dans les zones rurales, les femmes doivent faire avec l’existence « de véritables déserts médicaux » qui compliquent l’accès à l’IVG et rendent le temps pour aller à la maternité la plus proche près de deux fois plus long que pour le reste de la France.

L’un des principaux points noirs est aussi le manque de places en crèche. « Les femmes assurant encore aujourd’hui l’essentiel des tâches parentales, ces inégalités territoriales pèsent avant tout sur elles », souligne le HCE. Faute de choix, 87% des familles rurales ont recours à des assistant-e-s maternelles (le mode de garde le plus coûteux pour les familles modestes), contre 63% en moyenne nationale.

« Sursaut » attendu

Des chiffres qui soulignent « l’urgence de la situation » insiste Romain Sabathier. Si en 2013 le député Vincent Feltesse avait rassemblé dans un rapport 20 propositions sur l’égalité femmes/hommes dans les territoires (voir à ce sujet notre article « Des leviers pour l’égalité dans les territoires »), le Haut Conseil à l’Égalité se concentre ici sur les territoires dits « fragilisés ». Premier coup de projecteur sur le lien étroit entre fractures territoriales et inégalités femmes-hommes, cette étude est une étape avant qu’un rapport ne soit remis à la ministre des Droits des femmes, de la ville, de la jeunesse et des sports dans les prochaines semaines. Il comprendra une analyse approfondie et des recommandations.

« Il s’agit à présent de changer d’échelle », affirme le secrétaire général du Haut Conseil, et « faire des propositions à l’intention des décideurs locaux et nationaux ». « Cette étude doit mener aussi bien à une prise de conscience qu’à un sursaut quant à l’accès à l’emploi, à la répartition des rôles sociaux et là ‘accès aux droits et aux services dans ces zones », conclut Romain Sabathier.

 

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