Accueil International Les paradoxes Merkel

Les paradoxes Merkel

par La rédaction

Photo Olaf Kosinsky/Skillshare.eu (Travail personnel) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

En route pour un quatrième mandat à la tête de l’Allemagne, Angela Merkel, la femme la plus puissante du monde, ne se pose pas en modèle féministe.

Sauf énorme surprise, Angela Merkel et son parti, la CDU, remportera les élections législatives allemandes dimanche 24 septembre. Après 12 ans à la tête de l’Allemagne, la chanceliere rempilera donc pour un quatrième mandat, une longévité inédite dans une démocratie occidentale.

La dirigeante de la quatrième économie mondiale est considérée sans conteste depuis des années comme la femme la plus puissante du monde. Elle a aussi été désignée personnalité de l’année en 2015 par le magazine Time, la première femme depuis 29 ans à obtenir cette distinction.

Le magazine saluait alors le « leadership moral inébranlable » de celle qui avait ouvert les portes de l’Allemagne aux réfugié.e.s, la même qui quelques mois plus tôt était critiquée de toutes parts pour sa rigueur inflexible face à la Grèce en faillite. Insaisissable Angela Merkel, tantôt présentée, clichés obligent, comme une « dame de fer », tantôt comme une « mère bienveillante ».

Voir : Merkel, entre fer et mère

Paradoxe parmi d’autres : modèle évident dans un monde où moins de 20 femmes sont cheffe d’État et/ou de gouvernement, Angela Merkel ne s’est jamais posée comme une cheffe de file pour les femmes. Tout le contraire d’Hillary Clinton qui jugeait « historique » sa course à la Maison Blanche. Mais Hillary Clinton a perdu.

Angela Merkel la gagnante, elle, est réticente à se définir comme féministe. Elle l’expliquait encore en avril dernier : « L’histoire du féminisme est telle que je peux y trouver des similarités avec moi, mais aussi des différences. Je ne souhaite pas me décerner un label qui ne me correspond pas ».

Sa politique témoigne de son manque d’appétit féministe. Certes, ces dernières années, plusieurs lois en faveur de l’égalité professionnelle ont été votées en Allemagne. Pour des quotas dans les conseils d’administration des grandes entreprises, ou pour plus de transparence pour l’égalité salariale. Mais Angela Merkel n’était pas l’inspiratrice de ces réformes, voulues par les partenaires socio-démocrates de sa coalition gouvernementale. Elle s’est contentée de ne pas (trop) s’y opposer.

Elle restera pourtant celle dont le gouvernement a entrepris de mettre à mal les « trois K », Kinder, Küche und Kirche (enfants, cuisine et église), vecteurs d’une pression culturelle qui pèse sur les mères allemandes. Au cours de la dernière décennie, le réseau de crèches s’est développé de façon spectaculaire (plus encore en comparaison avec la situation en France) et l’Allemagne a mis en place un congé parental très incitatif pour les pères.

Le chemin vers l’égalité reste toutefois particulièrement long : près de la moitié des femmes allemandes travaillent à temps partiel, bien davantage que les Françaises. Si le bail d’Angela Merkel à la tête de l’Allemagne est solide, ce sont toujours les femmes qui sont les premières victimes de la précarité à l’allemande.

 

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com