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Les réalisatrices triomphent au festival de Berlin

par Valérie Ganne

Carla Simón, son sourire et son Ours d’Or, à la clôture de la Berlinale

Mercredi 16 février, la cinéaste espagnole Carla Simón a reçu l’Ours d’or à la Berlinale pour son film Alcarràs, succédant à Julia Ducourneau, Palme d’Or à Cannes en juillet dernier pour Titane, et Audrey Diwan, Lion d’or à la Mostra de Venise pour l’Evénement en septembre. Trois réalisatrices primées successivement dans les trois plus grands festivals de cinémas européens.

La 72 ème édition du festival du film de Berlin s’est clôturée mercredi 16 février au soir dans l’enthousiasme du retour d’une édition en salles. Sept des 18 films en compétition étaient réalisés par des femmes, et neuf des onze principales récompenses ont été décernées à des femmes.

La grande gagnante est la jeune espagnole Carla Simón, qui a reçu l’Ours d’or pour son deuxième film, Alcarràs, portrait d’agriculteurs catalans. Elle a dédié ce prix « aux petites familles d’agriculteurs qui cultivent chaque jour leur terre pour remplir nos assiettes. Leur façon de travailler aujourd’hui, en respectant la terre, est probablement une forme de résistance aujourd’hui». Ce projet a été tourné dans une campagne catalane isolée, avec des agriculteurs professionnels mais non comédiens, dans un contexte encore compliqué par le Covid.

Les héros d’Alcarràz de Carla Simón

Parmi les autres femmes de cinéma récompensées à Berlin, commençons par l’immense Claire Denis, 75 ans, prix de la meilleure réalisatrice pour Avec amour et acharnement. Le prix d’interprétation, dorénavant « non-genré » a été attribué à la comédienne germano-turque Meltem Kaptan pour son rôle dans Rabiye Kurnaz vs. George W. Bush, réalisé par l’allemand Andreas Dresen. La scénariste Laila Stieler a reçu le prix du scénario pour ce film. Dans la section parallèle « Rencontres », l’autrichienne Ruth Beckermann est repartie avec le prix du meilleur film pour son documentaire, tandis que le prix spécial du jury a été remis à  Mitra Farahani, jeune peintre et cinéaste iranienne qui a filmé une rencontre épistolaire entre Ebrahim Golestan, écrivain iranien de 99 ans, et Jean-Luc Godard, 91 ans. Enfin, le meilleur court métrage est Trap d’Anastasia Veber. Les deux hommes du palmarès, le prolifique Hong Sang Soo (Corée) et le sage Rithy Panh (France-Cambodge) qui ont chacun reçu un Ours d’argent dans leur catégorie, n’ont pas pour autant boudé leur plaisir.

La prochaine étape de la montée en puissance des cinéastes femmes se déroulera aux Etats-Unis aux Oscars. Le 22 mars prochain, on saura si Jane Campion y sera sacrée pour The power of the dog (12 nominations). Un film produit par Netflix, donc que l’on ne peut malheureusement pas découvrir dans une salle de cinéma. Mais comme disait ma grand-mère, « chaque problème en son temps ».

 

Qui est Carla Simón ?

Carla Simón et sa productrice Maria Zamora

C’est déjà la Berlinale qui a mis en lumière cette jeune réalisatrice de 35 ans : son premier film Eté 1993 y a reçu le prix de la meilleure première œuvre en 2017. Elle racontait le départ à la campagne d’une orpheline de six ans recueillie chez son oncle et sa tante et leur petite fille de 3 ans. Un film que la réalisatrice a dédié à sa mère.

Le film suivant, Alcarràs, se déroule également à la campagne, mais il s’agit cette fois d’alerter sur la fin d’un monde à travers une famille d’exploitants d’arbres fruitiers à qui l’on veut retirer leurs terres. Un sujet à nouveau proche de la vie de la cinéaste, qui a grandi dans une famille de récolteurs de pêches.

Carla Simón est soutenue depuis ses débuts par une productrice, María Zamora, qui l’a accompagnée à la conférence de presse finale de clôture après la remise des prix. Aux journalistes qui n’ont pas manqué de souligner la majorité de récompensées au Palmarès, Carla Simón a répondu : « Il y avait beaucoup de femmes en compétition à Berlin, et beaucoup de prix ont été remis à des femmes, c’est vrai. Je pense que c’est une tendance qui va rester, notre cadre de références change. Lorsque j’étais étudiante en cinéma, j’avais du mal à trouver des réalisatrices auxquelles me référer. La situation change, parce qu’il y a une volonté pour ça. La nouvelle génération aura davantage de références féminines que nous. Nous sommes la moitié de l’humanité, nous devons donc raconter la moitié des histoires.»

 

 

Extrait d’Alcarras : https://cineuropa.org/fr/video/421963/

 

 

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