Accueil Culture L’expo. Les rivaux de Venise au Louvre

L’expo. Les rivaux de Venise au Louvre

par Isabelle Germain

rivalitésVenise, 1540. Trois des plus grands peintres italiens rivalisent de génie pour obtenir les faveurs du pouvoir et s’enrichir. Ils se disputent les styles, portraits ou nus, les commandes religieuses ou laïques. Compétition, émulation, l’exposition « Titien, Tintoretto et Véronèse, rivalités à Venise », qui se tient jusqu’au 4 janvier au Louvre à Paris, raconte ces combats picturaux.


 

La Cité des Doges aux pratiques orientales sait utiliser cette concurrence pour asseoir son pouvoir face à Florence dont la puissance économique est encore trop grande à son goût. Les clients se battent pour acheter. Titien règne en maître sur Venise au milieu du XVIe siècle. Il est une sommité, fait des portraits des Princes, des Rois… Les grandes familles aristocratiques des cours d’Europe se l’arrachent, son carnet d’adresse est au moins aussi rempli que son carnet de commandes. La finesse de son talent est immense : un portrait du pape Paul III est si bien fait que les gens  le saluent en pensant que c’est lui en personne ! On se fait peindre en costume, en bijoux… on est obligé de promulguer des lois pour contrôler ces dérives. Les femmes de cour doivent mieux se tenir face aux courtisanes ! Titien ne fait pas le difficile, il peint les deux avec autant de talent. Il peint aussi les hommes, ainsi Jacopo Strada, mécène, dans une attitude dynamique avec tous les signes de la richesse financière et intellectuelle. 

Véronèse, Persée délivrant Andromède.Mais à partir de 1540, une génération montante apparait et l’oblige à rafraichir son style. Jacopo Robusti, dit Tintoret a de l’ambition : fils de teinturier, il veut sa place au soleil. A trente ans, il est prêt à tout pour prendre la place de Titien.
Tintoret a le sens du drame, il a du dynamisme : on le ressent dans un tableau « Esther et Assuerus », où Esther supplie son mari de sauver les Juifs de son empire. Les corps de Tintoret sont crispés, noueux. Peut-être trop… Titien le sait. Tintoret travaille trop vite, il a le coup de brosse trop raide. Son rival fait répandre le bruit de ce défaut. Tintoret rétorque en baissant les prix et en raflant les commandes à la barbe de son ainé.

Titien est attaqué par un autre jeune peintre montant : Véronèse. Celui-là au moins n’est pas né à Venise. Il ne sera peut-être pas  accepté par l’aristocratie vénitienne. Mais Véronèse peint l’allégresse, la mélodie, les banquets festifs, le luxe et la bonne chère. Véronèse s’amuse… Et les Vénitiens l’adoptent. Titien vieux routard de la politique utilise Véronèse contre Tintoret. Il en fera son pion.

Ils rivalisent tous les trois sur des thèmes comme le portrait : Véronèse peint le portrait d’un amiral vénitien mort à la bataille de Lépante : Agostino Barbarigo, Titien peint le Doge Francesco Venier et Tintoret fera celui de Sebastiano Venier.

Les femmes sont aussi le centre de leur attention : « Vénus au miroir » de Titien ou de Véronèse, « Suzanne et les vieillards » de Tintoret, dont Véronèse fera aussi un tableau où la pauvre Suzanne est entourée de vieillards lubriques et masturbateurs ! 

Les femmes  ne sont pas à la fête : Titien peint le viol de Lucrèce par Tarquin… Tintoret s’y met aussi et fait sa version du viol de Lucrèce, toute aussi violente. La femme est offerte au plaisir vénal : ainsi Danae de Titien, en compagnie de son entremetteuse de servante, et dont la main semble chercher un plaisir… ou Danae de Tintoret, déjà fécondée par Jupiter, comme en témoigne les pièces d’or autour de son sexe. 

Mais Titien vieillit. L’angoisse de la mort commence à le hanter. Il entame la dernière phase de sa vie d’artiste et s’imprègne de spiritualité. Le sacré et le profane prennent le pas. Il peint les « pèlerins d’Emmaus » et Véronèse le suit. Tintoret de son côté peint sa « dernière Cène ». 

Chez Titien les décors s’assombrissent, les personnages se tordent et les visages reflètent l’angoisse. Il peint des nocturnes sacrés comme son « Saint-Joseph », dont les contours sont quasi impressionnistes. 

Tintoret s’engouffre dans le marché du Nocturne Sacré et peint lui aussi un Saint-Joseph. Véronèse, lui, n’assombrit pas ses peintures ; il ne se laisse pas emporter dans le luminisme de Titien, du moins pas tout de suite. 

Après la mort de Titien, Tintoret et Véronèse continueront la rivalité, malgré l’épuisement de tant de travail. 

L’exposition « Titien, Tintoret et Véronèse : rivalités à Venise » vous emporte dans cet univers inimaginable de la compétition artistique… Mais vous retrouverez Suzanne, Danae, Jacopo Strada, les Venier , les pélerins d’Emmaus et tous ces héros qui sont les témoins du génie de ces trois hommes. 

Cette exposition qui nous vient de Boston (Museum of Fine Arts) reste au Louvre à Paris jusqu’en janvier 2010.

Emmanuelle Falsanisi, Sagaplanet.com

 

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1 commenter

Sophie, Singapour 27 septembre 2009 - 07:42

Article culturel interessant j adore le style romanesque !

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