Accueil Médias L’information, miroir déformant sexiste de la société

L’information, miroir déformant sexiste de la société

par Isabelle Germain

Conférence Femmes et médias. 19 janvier 2022 Paris2

52 % de femmes dans la vraie vie mais moins de 30 % dans le contenu des médias d’information, et toujours stéréotypées… La sixième étude du GMMP déplore la persistance de l’androcentrisme de l’information.

Les hommes représentent plus de 70 % des personnes citées dans les médias d’information et 60 % de ceux qui écrivent les articles. C’est « un monde fortement androcentré » qu’a présenté Marlène Coulomb-Gully pilote, avec Cécile Méadel, de l’équipe de chercheurs et chercheuses ayant à étudier la place des femmes dans l’information en France pour le sixième Global Media Monitoring Project (GMMP). Ce projet fait un point de la situation tous les cinq ans. 116 pays y participent. Et la situation, à peu près analogue dans bien des pays, évolue peu d’une étude à l’autre.

« Nous avons l’impression de ressasser » regrettait Cécile Méadel. « Et nous sommes épuisé.es » ont rétorqué les journalistes engagé.es pour rééquilibrer l’information,  invité.es à s’exprimer lors d’un colloque autour de cette enquête le 19 janvier dernier. Une partie de ces journalistes tente de faire bouger leur rédaction de l’intérieur. Une autre partie crée de nouveaux journaux pour lutter contre ce « mâle-traitement » de l’information, comme LesNouvellesNews.fr depuis 2009.

Les premièr.es se heurtent à la surdité et à l’aveuglement de leurs directions qui ne donnent pas au sujet l’importance qu’il mérite. Les second.es se heurtent à un manque de moyens car, comme l’ont démontré plusieurs rapports et initiatives, il n’y a jamais d’argent pour les Droits des femmes (lire : LA FONDATION DES FEMMES, LE NERF DU PROGRÈS ou POUR L’ÉGALITÉ, LE HCE PRÉCONISE DES MOYENS HUMAINS ET FINANCIERS). Et, comme nous vous le disons souvent : l’information -écrite en luttant contre les stéréotypes sexistes- n’a pas de prix mais elle a un coût. Pourtant, l’égalité femmes-hommes est la mère des batailles pour l’égalité puisque chacun, chacune d’entre nous se conforme à ce qu’elle/il voit dans les médias et en s’y conformant le confirme…

Ces femmes journalistes sont soutenues par des femmes politiques. La ministre en charge des Droits des femmes, Elisabeth Moreno, a ouvert le colloque du 19 janvier et encouragé les actrices du changement dans les médias à continuer. La députée Céline Calvez, autrice d’un rapport sur le sujet a assisté à tous les débats et poursuit son engagement pour faire bouger les lignes, avec la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, notamment sur la question du financement des médias d’information. Un financement qui impacte fortement leur contenu et le sexisme qu’ils infusent ou non dans la société.

Or, que nous donnent à voir les médias ? Beaucoup d’hommes, comme dans le précédent GMMP  en 2015, (lire : LE « PLAFOND DE VERRE » DE L’INFORMATION, RAPPORT GMMP 2015). Les chercheuses ont passé au crible tous les médias d’information le 29 septembre 2020. Presse écrite, presse en ligne, radio, télévision et même les comptes de quelques journaux sur les réseaux sociaux. Et, « La situation évolue parfois mais de façon erratique, on ne peut pas conclure à un progrès durable » regrette Cécile Méadel.

Le peu de femmes que l’on voit dans les médias restent stéréotypées. Elles sont plus souvent témoins qu’expertes et constituent le gros des bataillons de victimes. Quand il y a une catastrophe naturelle ou routière les journalistes se tournent vers des femmes pour faire parler des victimes. Elles représentent globalement moins de 30 % des personnes citées mais représentent 50 % des témoins, 60 % des victimes … et seulement un quart des expertes. Elles font jeu égal avec les hommes quand les journaux parlent d’ouvrier.es et d’employé.es, mais dans les rubriques économie, quand il s’agit de tendre le micro à des décideurs, 8 fois sur 10 c’est un homme qui parle. En politique c’est un homme 3 fois sur 4.

L’étude observe ainsi de nombreux décalages entre la vraie vie et son reflet dans les médias. Les journaux montrent par exemple 38 % de femmes quand ils citent des personnes exerçant des professions juridiques. C’est pas mal… Mais dans la vraie vie 56 % des avocats sont des avocates, 66 % des magistrat.es sont femmes. En médecine 50 % des professionnels sont des femmes mais on n’en trouve que 31 % dans les médias.

« Les médias ne transcrivent pas le réel, ils l’interprètent, sont constructivistes, ils prescrivent le réel » explique Marlène Coulomb-Gully. «Ils minorent les groupes socialement faibles et majorent les groupes socialement puissants. Ils tendent un miroir déformant à la société.» Pourtant, estime la chercheuse « Il ne s’agit pas de montrer des femmes là où elles ne sont pas mais de les montrer là où elles sont ».

Comme elle, concluant cette journée, Céline Calvez a d’ailleurs repris les mots de Geena Davis : « If she can see it, she can be it » et rappelé que l’enjeu était de cesser de restreindre l’horizon des filles. « Le manque de représentation coûte à la société, en ne montrant pas les femmes dans les médias, on les invisibilise et on n’encourage pas les carrières de demain qui nous sauveraient ».

Encore faut-il, pour y parvenir, sensibiliser l’ensemble de la société… et ça passe par les médias qui sont très majoritairement peu enclins à se saisir du sujet. Pendant que les chercheuses, journalistes et femmes politiques réfléchissaient à la meilleure façon de lutter contre l’androcentrisme des médias, ceux-ci étaient tout occupés à préparer des articles sur le dernier livre d’Emmanuel Todd, un pamphlet antiféministe fait de déni du patriarcat et d’attaques contre des féministes imaginaires. (Lire ici) Ce qui donne de gros titres comme «Le patriarcat n’a pas disparu en Occident, il n’a jamais existé» (Le Figaro) ou « Le féminisme actuel est une catastrophe pour les milieux populaires » (Le Point) , ou encore  : « Dans un grand nombre de domaines, les femmes sont déjà au pouvoir » (l’Express). Et très peu d’articles sur le colloque du 19 janvier… Ou comment entretenir « le mythe de l’égalité déjà là » selon l’expression de Christine Delphy. A ce rythme, on n’ose pas imaginer les résultats du cru 2025 du GMMP… Mais nous continuons le combat !

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1 commenter

Poujolrost Mathias 23 janvier 2022 - 09:07

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