Accueil MédiasBruits et chuchotements L’Obs oublie les femmes, le backlash se confirme

L’Obs oublie les femmes, le backlash se confirme

par Isabelle Germain

L’Obs publie une tribune avec, en illustration, trois hommes. Interpellé, l’hebdomadaire se ravise. La guerre d’usure avec les féministes continue.

S’il est un signe indiscutable de backlash, c’est bien cet acharnement retrouvé dans les médias à rendre les femmes invisibles dans les lieux où se décide l’avenir du monde. Nouvel épisode : l’Obs publie une tribune de personnalités de gauche intitulée « Au cœur de la crise, construisons l’avenir » ce 14 mai à 6h avec, en illustration, trois portraits de trois hommes. Le magazine se fait un peu incendier sur les réseaux sociaux et ajoute les portraits de deux femmes quelques heures plus tard. A noter : la tribune en question est signée par, à peu près autant de femmes que d’hommes… Et ce n’est pas le premier épisode du genre. (voir plus bas)

Avec la crise sanitaire, les médias d’information ont applaudi les soignantes anonymes, plaint les caissières exposées au virus, découvert que la grande masse invisible des femmes assumait les tâches familiales et domestiques ou que les violences conjugales étaient un fléau dont l’Etat devait s’occuper. Mais dès qu’il s’agit de prendre des décisions politiques ou de dessiner le monde de demain, elles sont priées de se faire oublier. A la niche, on les sifflera pour revenir soigner au moment de la deuxième vague qui s’annonce.  

Tant que les femmes forment une masse d’anonymes ou un cercle de victimes, les médias parlent -un peu- d’elles. Mais pour la politique, pour penser le monde de demain, ils ne les voient pas, ne les montrent pas. Ce n’est pas nouveau. Depuis au moins 1995, l’Association des femmes journalistes avec l’ONG Médiawatch, mettait en évidence la sous-représentation des femmes et les stéréotypes auxquels les médias d’information s’appliquaient à donner de l’ampleur. Depuis, d’autres études sont arrivées aux mêmes conclusions. Et les médias mainstream n’en ont cure.

Cependant, depuis quelques années, grâce aux réseaux sociaux, ces médias sont interpellés massivement et publiquement. La courageuse association La Barbe les a tournés en ridicule à plusieurs reprises. Le mouvement #JamaisSansElles a réussi à faire en sorte que des hommes s’engagent contre cette mise à l’écart des femmes. Mais « Il suffira d’une crise…» disait Simone de Beauvoir. Et nous y sommes.

Et les féministes doivent, de nouveau remettre l’ouvrage sur le métier. « Ils sont fatigants » écrivent beaucoup de celles qui ont interpellé l’Obs ce matin. Il y a quelques mois, les féministes qui s’exposent pour faire changer la société parlaient de « burnout militant ». Tout cela ressemble à une guerre d’usure…

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