Accueil Médias Ludique pour lui, contraignant pour elle, le sport dans le miroir des médias

Ludique pour lui, contraignant pour elle, le sport dans le miroir des médias

par Isabelle Germain

Trois fois moins de compétitions que les hommes, objectif maigrir… Une étude de l’Insee montre à quel point la pratique du sport est influencée par les stéréotypes de genre.

Si « un tiers des femmes comme des hommes pratiquent régulièrement une activité sportive », ce ne sont pas les mêmes activités et pas les mêmes buts recherchés. C’est ce que montre une étude réalisée par l’Insee fin 2017. Point positif : entre 2009 et 2015, la pratique du sport par les femmes a augmenté de 5 points (stable chez les hommes).

Les écarts dans les pratiques commencent très tôt : « 50% des femmes âgées de 16 à 24 ans déclarent avoir pratiqué au moins une activité physique ou sportive dans l’année et 33%, régulièrement chaque semaine, contre respectivement 63% et 45% des hommes de cette classe d’âge. » 

Les écarts sont liés au niveau de diplôme et au niveau de vie : « 21% des femmes et 32 % des hommes non diplômés déclarent pratiquer une activité physique ou sportive, contre respectivement 63% et 66% des diplômés de niveau supérieur à Bac+2 ». Et « parmi les 20 % des personnes les plus modestes, le taux de pratiquants est de 30 % pour les femmes et de 39 % pour les hommes ; parmi les 20 % des personnes les plus aisées, il atteint respectivement 59 % et 60 %. » Et bien sûr ces écarts dépendent du type de ménage : 1 point d’écart dans les couples sans enfant et… 8 points en défaveur des femmes parmi les personnes en couple avec enfants.

La baisse de l’activité sportive des filles à l’adolescence a déjà été expliquée par différents facteurs, qu’énumère l’Insee : lassitude, manque de temps, difficultés liées au transport ou à l’ambiance, manque d’offre ou de créneaux horaires attrayants, puis vers 25-30 ans, l’entrée dans la vie active, les enfants… L’Insee explique aussi cette baisse de la pratique sportive par la faible couverture médiatique du sport féminin. Impossible de susciter des vocations sans mise en valeur des championnes dans les médias.

Le choix des disciplines sportives est variable en fonction du sexe. « Grâce, souplesse, agilité pour les filles ; endurance, rapport de force et esprit de compétition pour les garçons ». Seules la marche et la natation sont mixtes. Les sports de raquette sont trois fois plus pratiqués par les hommes que par les femmes et les femmes ne représentent qu’un pratiquant sur cinq de sport collectif. En revanche, elles sont surreprésentées en danse et en gymnastique.

La compétition reste l’apanage des hommes. Si 17 % des sportives s’y adonnent, les sportifs sont trois fois plus nombreux à se mesurer aux autres (52 %).

Les motivations des filles ne sont pas les mêmes que celles des garçons. C’est chez les plus jeunes, les 16-24 ans, que le clivage est net. 89% des hommes font du sport pour se distraire et 7 % pour passer du temps entre amis. C’est respectivement 10 et 11 points de plus que chez les femmes. Un tiers des hommes cherchent à dépasser leurs limites, contre seulement 1 % des jeunes sportives. En revanche, 26% d’entre elles déclarent pratiquer une activité physique ou sportive pour perdre du poids, trois fois plus que les jeunes hommes (9%).

Les jeunes femmes et les jeunes hommes se conforment à ce qu’ils voient dans les médias. Une multitude de héros sportifs pour eux. Les hommes représentent environ 90% de la couverture éditoriale accordée au sport (voir ci-dessous). Au cours de l’année 2017, seules trois femmes figuraient parmi les 100 premières personnalités sportives citées dans la presse française. Dans les rares compétitions féminines passant à la télévision, il est encore très fréquent d’entendre les commentateurs sportifs s’extasier sur le physique des joueuses plus que sur leurs performances sportives. La presse féminine regorge de conseils pour pratiquer des sports qui permettent de galber les fesses ou faire fondre les bourrelets… La pratique sportive des femmes se conforme au miroir déformant qui leur est tendu par les médias.

 

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