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Lutter contre les violences de genre, un objectif de développement

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Pour les experts, l’agenda mondial pour le développement de l’après-2015 devra enfin prendre en compte la question des violences faites aux femmes, qui sont à la fois cause et une conséquence de l’inégalité entre les sexes.


 

Comment remplacer au mieux les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui arrivent à terme en 2015, et définir un nouvel agenda du développement ? L’ONU a ouvert une vaste consultation publique sur cette question.

L’une des thématiques, celles des inégalités hommes/femmes, était abordée à Copenhague en présence de centaines d’experts, les 18 et 19 février, deux semaines avant la 57ème session de la Commission sur le statut de la femme (CSW 57), qui se tient au siège de l’ONU à New-York, du 4 au 15 mars. La consultation a également reçu 175 contributions, synthétisées dans un rapport intitulé “Addressing Inequalities”.

Ce qui en ressort, c’est une multiplicité des avis, voire une cacophonie. Mais ce n’est pas forcément un mal, jugent des experts de l’ONU et membres d’ONG. « J’aime autant le chaos, car il peut engendrer la créativité », s’amuse Saraswathi Menon responsable d’ONU Femmes

Les barrières posées par la violence

A Copenhague, la question de la violence contre les femmes et les filles – le sujet principal de la CSW 57 – était au centre des discussions. Une question que les Objectifs du millénaire pour le développement ne prennent pas en compte à ce jour. « Sept femmes sur dix risquent d’être confrontées à la violence au cours de leur vie », souligne Lakshmi Puri, pour qui « l’omission de la violence contre les femmes dans le cadre des OMD a été une grave lacune ».

Pour la directrice exécutive adjointe d’ONU Femmes, « Mettre un terme à cette violence doit donc être une priorité claire pour le cadre de développement post-2015. A la fois dans un but d’égalité des sexes, en soi, mais aussi en tant que priorité à l’égard du maintien de la paix et de la sécurité internationale ».

La violence de genre est un frein au développement, souligne Kate McInturff, chercheuse au Centre Canadien des Politiques Alternatives, en donnant l’exemple de cette femme candidate aux législatives au Népal, et menacée d’agression sexuelle devant sa propre maison. « On ne peut pas parler de participation politique sans parler des barrières posées par la violence », souligne Kate McInturff. Elle évoque également les cas de filles victimes de harcèlement sexuel à l’école, ou de violences sur le lieu de travail. « La peur de la violence peut être exploitée pour en faire une force de travail plus docile ».

La violence contre les femmes et les filles est à la fois une cause et une conséquence de l’inégalité entre les sexes, fait observer Zohra Moosa, membre d’Action Aid UK. « Cela crée de l’inégalité en tant que moyen de contrôle social, en enfermant les femmes dans un rôle de soumission. » Le harcèlement sexuel de rue, par exemple, réduit la possibilité pour les femmes de se sentir libres d’arpenter leur ville, explique-t-elle. Et cela peut aussi influer sur leur manière de s’habiller. Et la violence de genre « est une conséquence de l’inégalité car elle est le signe d’un déséquilibre des pouvoirs entre hommes et femmes ».

Normes sociales

Les violences de genre sont plus marquées dans des situations de conflit ou de sortie de conflit. Pour Dean Peacock, directeur exécutif du Sonke Gender Justice Network en Afrique du Sud, c’est la conséquence d’un « ensemble de facteurs : un sentiment d’impunité et l’impossibilité pour l’Etat ou la société civile de mener une politique de prévention ; et pour les hommes l’usage du viol et des violences sexuelles comme moyen d’humilier [leurs opposants] et de montrer leur pouvoir à d’autres groupes armés ».

Savitri Bisnath, directrice associés du Center for Women’s Global Leadership (CWGL) à l’Université Rutgers, souligne pour sa part les conséquences néfastes d’une militarisation de la société : « Les violences conjugales deviennent encore plus dangereuses quand des armes sont présentes au domicile. Elles peuvent être utilisées pour menacer, blesser, voire tuer des femmes ».

Zohra Moosa, d’Action Aid UK, note que les femmes et les filles qui s’élèvent contre les violences en sont souvent elles-même la cible à leur tour « car elles s’en prennent au statu quo ». Elle souligne que des normes sociales contribuent à perpétuer les violences contre les femmes et les filles. « Par exemple, il arrive que le viol conjugal soir largement accepté, ou que le fait de frapper sa femme soit considéré comme une prérogative, voire un devoir, du mari ».

« Si une majorité n’a pas le sentiment que la violence contre les femmes est une mauvaise chose, ou pense que c’est la faute des femmes, cela devient très difficile pour les victimes de témoigner et chercher de l’aide », poursuit Zohra Moosa.

Pas d’excuse culturelle

Mais ces normes ne doivent pas être une excuse pour ne pas agir, souligne Lakshmi Puri. « On considère trop souvent la culture comme un contexte statique, uniforme, inamovible. Mais rien n’est plus faux. La culture est dynamique, diverse et créative. » Et la responsable d’ONU Femmes d’insister : « Il existe une reconnaissance internationale du fait qu’aucune coutume, tradition ou pratique ne peut justifier la moindre forme de violence contre les femmes ».

« Quand il existe un consensus international sur un sujet précis, les gouvernements y sont plus sensibles. Quand on observe les leçons du passé, on voit que les accords internationaux ont tendance à mobiliser l’attention et les ressources sur le sujet qu’ils traitent », observe Savitri Bisnath.

Tout est question de ressources et d’implication sur le terrain, insiste la chercheuse. « Pour un réel impact sur les mentalités et les réalités sur le terrain, il faut des moyens financiers concrets et des changements politiques et législatifs en accord avec le contexte, ce qui implique la participation de la société concernée ».

© 2013 IPS-Inter Press Service

 

Photo : Jeunes filles au Pakistan © Zofeen Ebrahim/IPS

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