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Maïwenn retrouve son ADN

par Valérie Ganne

Le nouveau film de la réalisatrice relate une quête intarissable de ses origines après un deuil, entre narcissisme et exaltation. Un régal pour les spectateurs qui aiment les comédiens et leurs excès.

Si vous aimez les nuances et le calme au cinéma, passez votre chemin : la famille que s’est inventée Maïwenn dans ADN est compliquée, bavarde, multiforme et s’engueule à tout bout de champ. On ne sait d’ailleurs pas toujours très bien qui est qui. Le grand-père c’est très clair, c’est celui qui meurt au début. Et dont la disparition va pousser sa petite-fille (Maïwenn donc) dans un état semi dépressif, un retour sur elle-même et vers l’Algérie, pays de son ancêtre dans le film et dans la vie. Mais il y a aussi ses frères, sa mère, sa tante, son ex, son père, une petite sœur qui a fui il y a quelques années cette famille monstrueuse et étouffante : tous sont joués par des comédiens d’univers différents réunis en une famille tentaculaire.

Le talent de Maïwenn-réalisatrice réside dans sa capacité à rassembler une famille d’acteurs qui donnent le meilleur d’eux-mêmes. C’était le cas dans ses précédents films, Polisse et Mon Roi, c’est encore plus fort dans ADN, film choral sur la transmission. Et l’habileté de Maïwenn-comédienne c’est de savoir les diriger tout en leur laissant une part d’improvisation. Il y a des scènes très fortes dans le film, pas seulement celles de la veillée et de l’enterrement du grand-père. La confrontation entre Maïwenn et Fanny Ardant (sa mère) est un dialogue mère fille cruel et touchant comme on en a rarement vu au cinéma. Un repas des enfants chez leur père (le metteur en scène Alain Françon, parfait) devient un rêve malsain où les serpents envahissent la table familiale comme autant de non-dits rampants. Et Louis Garrel apporte tout au long du film l’humour et la distance qui nous permettent de respirer. Enfin, on peut saluer le travail de la monteuse fidèle de Maïwenn, Laure Gardette, Césarisée pour le montage de Polisse : elle a travaillé à partir de 150 heures de rushes pour en tirer 1h30 d’émotions chorales. Alors oui, ce film est bancal, théâtral, excessif, façon montagnes russes. Mais c’est ce qui le rend vivant.

ADN de Maïwenn, scénario Mathieu Demy et Maïwenn, avec Fanny Ardant, Louis Garrel, Dylan Robert, Marine Vacth, Caroline Chaniolleau, Alain Françon, Florent Lacger, Henri-Noël Tabary, Omar Marwan et Maïwenn. Produit par Why Not, distribué par Le Pacte. Ressortie le 19 mai 2021.

 

 

Qui est Maïwenn ?

Maïwenn (à gauche) face à Marine Vacth

Elle est tombée dans le cinéma très jeune, d’abord comme comédienne. A 45 ans, ADN est déjà son cinquième film comme réalisatrice. Elle a commencé l’écriture et la mise en scène avec une autobiographie familiale, Le pois chiche, qu’elle jouait seule au Café de la Gare en 2001. Son premier film, Pardonnez-moi, en 2006 racontait aussi une famille dysfonctionnelle.

En tous cas, mieux vaut parler avec elle de cinéma que de féminisme : lors de la première sortie d’ADN en octobre dernier, elle a déclaré dans Paris Match à propos des féministes : « C’est fou ce qu’elles peuvent dire comme conneries, (…) elles n’aiment pas les hommes ». Avant d’enchaîner sur le fait que ce n’était pas un problème que Polanski reçoive un César pour J’accuse l’année dernière. Puis de se rétracter en tentant de nuancer ses propos dans d’autres médias. Fausse polémique pour faire parler de son film ? Faut-il séparer la femme de la réalisatrice ? On peut opter pour un peu de psychologie de comptoir : son parcours personnel lui a fait cotoyer des hommes de pouvoir réputés violents. En couple avec Luc Besson alors qu’elle était mineure (elle avait 15 ans, lui 31), elle a également aimé le chanteur de NTM Joey Starr qui n’est pas réputé pour sa douceur. Elle lui a d’ailleurs offert un très beau rôle dans Polisse. Maïwenn est donc peut-être simplement atteinte d’un léger syndrome de Stockholm, cette inclination d’un otage ayant partagé longtemps la vie de son geôlier à sympathiser avec lui jusqu’à adopter son point de vue.

 

 

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