Accueil MédiasBruits et chuchotements Manifestations contre le sexisme et inertie

Manifestations contre le sexisme et inertie

par Isabelle Germain

Les féministes protestent contre la nomination de deux ministres trainant des casseroles sexistes. Le gouvernement ne bouge pas. Comment le bruit médiatique modèlera-t-il l’opinion ?

De Nantes à Toulouse, de Lille à Grenoble en passant par Lyon ou Paris et dans bien d’autres villes de France, les féministes ont organisé vendredi 10 juillet, d’importants rassemblements pour protester contre la nomination, dans le nouveau gouvernement de deux ministres : l’un à l’Intérieur, Gérald Darmanin est visé par une enquête pour viol, l’autre, Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice a eu des mots durs contre les féministes et ne s’embarrasse pas de s’adresser aux femmes   (lire ici et )

Féminisme populaire…

A Paris, le Parvis de l’Hôtel de ville était noir de monde et les manifestations organisées pourtant dans des délais courts ont mobilisé très largement. Il est peu probable que le mouvement s’essouffle. Depuis #MeToo, le féminisme s’est rajeuni, élargi et la manifestation historique du 23 novembre dernier à l’appel de #NousToutes a été une démonstration de force (lire ici). La très populaire jeune chanteuse Angèle (lireBalanceTonQuoi) soutient le mouvement. Ces nouvelles féministes pensaient avoir été entendues. Emmanuel Macron avait fait de l’égalité femmes / hommes la grande cause de son quinquennat. Un Grenelle des violences conjugales avait permis quelques prises de conscience sur la gravité des violences sexistes en général. Et patatras…  voici que le nouveau gouvernement affiche à des postes clés, des hommes qui incarnent la « culture du viol » qu’elles combattent.

Les slogans brandis sur les panneaux des manifestant.e.s résument ce que les dirigeants ne veulent pas entendre…. Parfois avec exagération comme : « Un violeur à l’intérieur, un complice à la justice ». Sur les pancartes revient souvent : « La Culture du Viol En Marche »Darmanin, ses amis et les journalistes, dont le rôle est aussi de contredire les militantes, brandissent alors la présomption d’innocence puisque le ministre n’a pas encore été jugé. Et certains font valoir que ce qui lui est reproché ne serait pas un viol mais d’avoir obtenu des « faveurs sexuelles » en échange de promesse d’intervention dans des dossiers. Il s’agirait davantage d’abus de pouvoir que de viol. Ce à quoi les féministes répondent que des ministres ont été écartés du gouvernement sur de simples soupçons de malversations financières. Et que le seuil de tolérance au viol ou aux abus de pouvoir doit baisser.  Ce que disent les panneaux « La honte », « Remaniement de la honte »« Stop à l’impunité ». La militante féministe Caroline de Haas le répète : « Est-ce qu’on peut imaginer un seul instant qu’un homme mis en cause pour un crime soit nommé ministre ? Le seul crime pour lequel on accepte ça c’est le viol, comme si le viol n’avait pas d’importance ».

Sur les panneaux  « Darmanin à l’intérieur, vous vous torchez avec nos plaintes » rappelle que le sort des victimes de viol sera entre les mains d’une police dont le chef est un ministre visé par une plainte. Un autre panneau revient souvent « au demeurant, le viol est un crime » en référence à une réflexion de l’ex-ministre de la Justice, Nicole Belloubet qui avait dit, à propos de Gérald Darmanin et de l’enquête ré-ouverte contre lui : « au demeurant c’est un très bon ministre. »

Regarder ailleurs

Réactions au sommet ? Emmanuel Macron a fait savoir que la plainte contre Darmanin ne constituait pas « un obstacle » à sa nomination comme ministre de l’Intérieur. Quant au Premier ministre, Jean Castex, il a déclaré sur BFM TV « J’assume totalement cette désignation, [Gérald Darmanin] a droit comme tout le monde à la présomption d’innocence». De quoi susciter une autre inscription fréquente « RIP la grande cause du quinquennat », avec force dessins de cercueils…

Si la presse « mainstream » a couvert rapidement les manifestations, elle a aussi brossé, par ailleurs, des portraits très élogieux du ministre de l’Intérieur dépeint comme un successeur de Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas le retour à la case 2011 et aux débuts de l’affaire DSK quand les médias français faisaient de du directeur du FMI de l’époque une victime ( lire ici et ) avant d’entendre le verdict du procès mais…

Les manifestantes n’ont pas l’intention d’en rester là, il y aura d’autres mouvements. Reste à savoir dans quel sens tournera l’opinion et quel calcul politique pourra faire Emmanuel Macron : perdre les voix des féministes mais gagner des voix misogynes ? ou l’inverse ?… Tout sera affaire de bruit médiatique.

Lire aussi dans LNN : 

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« LES HOMMES ET LES FEMMES » : PREMIÈRE LEÇON DU SÉNAT À DUPOND-MORETTI

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