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Margaret Milan, l’entrepreneuriat contagieux

par Isabelle Fougere
Margaret MilanElle donnerait envie d’entreprendre à des pierres ! Margaret Milan, l’heureuse créatrice de la marque Eveil et Jeux, aujourd’hui exploitée sous l’enseigne de la FNAC, a inventé son concept dans son garage. Vingt ans plus tard, forte de son succès, elle partage avec générosité son expérience avec toutes celles qui  souhaitent se lancer.

 

Tester ses idées, avoir de l’avance sur son temps et marier des compétences complémentaires : tels sont les trois fondamentaux de Margaret Milan. L’énergie et le sens pratique inaltérables  de la créatrice d’Eveil et Jeux ont fait le reste, ainsi qu’un désir précoce de devenir son propre patron. 

C’est dans un garage, autour d’une table de pique-nique et avec la sécurité de quelques économies personnelles que l’aventure Eveil et Jeux a commencé. « Au début, c’était le brouillard, on part toujours dans le brouillard… Je ne connaissais ni les jouets ni la Vente par correspondance. J’ai donc commencé sur le mode invention, sans parti pris, en toute liberté. J’ai beaucoup cherché. Je voulais ouvrir un magasin, mais il fallait un capital conséquent et je n’en avais pas ».

De commandes en commandes, le pari de Margaret Milan réussi : les chiffres sont bons. En 1995, après 4 ou 5 ans d’activité et de résultats, Eveil et Jeu s’apprête à vivre un grand tournant, avec une levée de fonds de 5 millions de francs. L’heure de choix déterminants. « Lever des fonds n’était pas facile. Surtout à cette période de crise. Nous en avions besoin pour grandir. En 1995, mon mari m’a rejoint. Son premier travail avait été justement de lever des fonds. Il s’y est mis à temps plein pendant six mois. Je me demande comment font ceux qui sont seuls, pour continuer l’activité tout en recherchant des fonds. L’association complémentaire des savoirs faire est un vrai plus ! »

Transformer l’aventure individuelle en entreprise familiale n’a pas effrayé Margaret Milan. « Je suis toujours étonnée que les gens s’étonnent du côté familial de l’entreprise. Au Moyen Age c’était déjà souvent comme ça ! Moi, je n’ai rien risqué, mais mon mari si ! Il est arrivé dans l’entreprise à un moment où nous avions confiance dans notre modèle économique. Nous avions pu modéliser l’avenir. Nous n’étions pas inquiets sur notre capacité de travailler ensemble, nous avions une grande complicité. Mais pour lui c’était un pari courageux, il avait une très bonne position, il gagnait très bien sa vie, il fréquentait de grands patrons, allait dans les grands restaurants. Du jour au lendemain il s’est retrouvé avec une bande de filles qui parlaient de jouets dans un garage. Il était le premier homme de l’entreprise, c’était un choc culturel. Ce modèle familial est très intéressant. Celui du chef d’entreprise solitaire et tout puissant est incompréhensible pour moi. Il est exceptionnel chez un être humain que les deux côtés du cerveau marchent aussi bien. Rien n’est plus difficile que de trouver un associé avec cette confiance, cette complémentarité et cette confluence d’intérêts. ».

Aussitôt après cette première levée de fonds, c’est le baptême du feu pour Eveil et Jeux. « Nous avons traversé les grandes grèves de la fin de l’année 1995, quand tout était bloqué. Tout passait encore par la poste à l’époque ! » En 1998, une nouvelle étape est franchie. « La croissance se confirmant, il nous était devenu indispensable de nous adosser à un groupe industriel. Nous pensions ouvrir des magasins. La Fnac venait d’ouvrir sa première FNAC Junior. Soit nous nous mettions ensemble, soit nous devenions concurrents. Cela me semblait plus intelligent de se rapprocher, nous avions des valeurs culturelles proches. Cela s’est imposé par le bon sens. La Fnac appartient au groupe PPR, une force industrielle avec entre autres La Redoute. Cela représentait un savoir faire et un appui non négligeable pour la VPC, avec par exemple la mutualisation des achats de papier : bref un véritable appui industriel dont l’entreprise avait besoin pour continuer à se développer. Nous aurions pu aussi bien entrer en bourse, c’était une autre option. Mais nous avons fait le choix de la synergie industrielle. Avec la bourse, trop aléatoire, il y a une dépendance, surtout dans les temps durs. Il ne s’agit pas d’un choix pour la pérennité. Une boîte, c’est comme un bébé, on veut assurer son avenir. »

Pendant quatre ans, loin d’Eveil et Jeux, Margaret Milan a choisi de s’investir dans la création et l’animation du premier réseau de femmes cadres supérieurs et entrepreneurs en Europe : EPWN (European Professional Women’s Network). « J’avais envie de transmettre mon expérience aux autres femmes, une expérience magnifique. À l’époque de la création d’Eveil et Jeux, je n’avais pas bénéficié de conseils, je m’étais parfois sentie seule. J’ai écrit des livres sur les carrières au féminin, pour témoigner et encourager les femmes dans leurs carrières. » Pragmatique et simple, Margaret Milan fait merveille pour dédramatiser le monde de l’entreprise. Loin des discours pontifiants et jargonnesques des conseillers en montage de société, elle prodigue des informations limpides. Une entreprise, c’est d’abord une idée, des tests, un suivi et une stratégie à long terme. Rien d’inaccessible à l’écouter…

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Elle rebondit contre toute attente en 2006. La direction du groupe PPR rappelle Margaret Milan et son mari au chevet d’Eveil et Jeux. Non que l’entreprise se porte mal, mais devant les défis commerciaux et de management qui se présentent, la capacité du couple à saisir les grands changements et tendances dans l’air du temps semble manquer… « Au début, il s’agissait de traiter quelques dossiers, de donner notre avis. Nous avons mis un bras, puis l’autre, et puis nous nous sommes retrouvés aux manettes. » Actionnaires minoritaires et salariés d’Eveil et jeux, Margaret Milan et son mari deviennent respectivement Présidente du Comité Stratégique et Président de l’entreprise. « C’est un challenge, une aventure complètement différente de celle de la création. Il ne s’agit plus d’entreprendre mais de gérer le changement. Nous vivons dans un monde qui se transforme de plus en plus vite. Il y a eu la première vague Internet et pas mal de casse. Puis la seconde, une transformation très profonde dans les fonctionnements. C’était le moment où il fallait chambouler beaucoup d’habitudes, créer une vraie marque pour exister, une entreprise multi canal. Il y a de plus en plus de concurrence. Il faut sans cesse innover, regarder au-delà de nos frontières, évoluer sur notre organisation et nos offres. Il faut courir devant plutôt que derrière. »

Dans cet esprit de toujours saisir l’air du temps et de se positionner avec avance et originalité, FNAC Eveil et Jeux a récemment lancé un site Internet baptisé graine de curieux.fr, qui vient compléter le site dédié à la vente. « C’est un site d’expression des parents et de la marque. Nous avons des idées, nos clients aussi, parents, instituteurs… Un vrai point de vue. Le site contient des Informations, des articles, des jeux : là encore nous testons sans cesse. Les retours sont bons. Expérimenter est dans notre ADN. Des parents pilotes testent les jeux, les commentent. »

L’entreprise fondée par Margaret Milan va fêter ses vingt ans. « Notre succès s’explique sans doute parce que nous avons compris la nécessité d’accompagner et d’aider les parents pour les loisirs de leurs enfants, en leur proposant un choix de produits avec une valeur ajoutée. Nous avons par exemple longtemps été les seuls à leur permettre de faire des achats à 11h du soir, dans des lieux où ils sont contents d’aller parce qu’ils y rencontrent des équipes de passionnés qui les conseillent. »

Toujours impliquée dans les réseaux de femmes entrepreneures, Margaret Milan dispense aux femmes qui veulent se lancer non seulement des conseils concrets mais aussi, ce qui se fait rare en période de crise économique, un goût d’entreprendre, de donner forme à ses idées et de les emmener le plus loin possible. Et aujourd’hui, la saga de la Fnac Eveil et Jeux et de ses créateurs font figure de cas d’école.

 

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8 commentaires

laloum Coco 12 novembre 2009 - 00:18

🙂 C’est la première fois que je viens sur ce site. bravo pour ce bel article sur Margaret Milan.
🙂

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Marie-Claude 12 novembre 2009 - 10:04

Quel beau rôle modèle! En ces temps moroses, ce portrait donne des ailes, à lire et à relire sans modération.

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Catherine1964 13 novembre 2009 - 15:25

Margaret Milan est un modèle et une source d’inspiration pour toutes les femmes décidant de prendre en main leur destin professionnel, indépendamment de l’activité choisie. Et quelle humilité! une grande et belle leçon. Merci pour cet article très bien écrit.

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degroix 13 novembre 2009 - 22:41

c’est un beau roman, c’est une belle histoire! la réalité est autre!
Margaret Milan néé Macallan avait grace à sa famile d’énormes moyens pour créer une entreprise et la vendre très chère à la fnac. Arretez de nous prendre pour des c…

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degroix 13 novembre 2009 - 22:49

c’est un beau roman, c’est une belle histoire, mais ce n’est pas vrai. Margaret Milan née Macallan avait plein de moyens grace à sa famille .c’est pas bien de raconter cela et de faire croire qu’en démarrant dans un garage, vous pouvez etre riche. Margaret milan était déja riche et elle est devenue encore plus riche avec la FNac. c’est quoi, l’autre genre d’infos? du pipo?

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IsabelleGermain 14 novembre 2009 - 09:16

@ Degroix, l’article dit que Margaret Milan a démarré « avec la sécurité de quelques économies personnelles » et qu’elle s’est appuyée sur d’autres compétences pour réussir. Pas d’angélisme ici.

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henry 16 novembre 2009 - 11:29

Il faut de tout pour faire un monde – des entrepreneurs, des salariés, des petites mains… mais cette tendance, qui consiste a faire croire que tout entrepreneur sera a la tete d’une grande societe plus tard, est dangereuse. Primo, les banquier-e-s ont actuelement les doigts gelés alors que les taux d’interets sont ENORMES pour les petits.. et DERISOIRES pour les banques, secundo quand la clientele n’a plus d’argent… meme si on a de produits, cela peut couter plus cher , voire suicidaire, de devenir entrepreneur que de ne rien faire (l’URSSAF vous tombe dessus des votre installation!).

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Zorro 6 décembre 2009 - 23:29

😡 J’ai un scoop pour vous tous: le nom Graine de curieux a été racketé à une jeune maman entrepreneuse qui a été menacée et sous pression d’avocats. Elle aide les jeunes entrepreneuses??????????

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