Accueil Société Les mariages forcés n’ont « rien d’une fatalité »

Les mariages forcés n’ont « rien d’une fatalité »

par La rédaction

Les mariages forcés sont une réalité en France, mais ils sont en recul notable. C’est ce que montre une étude de l’INED (Institut national d’études démographiques) sur le consentement au mariage chez les immigrées et filles d’immigrés.


 

Avec les générations, le taux de mariages forcés recule en France. Ce constat se retrouve jusqu’au titre de l’étude de l’INED,« Immigrées et filles d’immigrés : le recul des mariages forcés », publiée jeudi 23 juin (1).

Chez les 51-60 ans, 9% des femmes immigrées se sont mariées contre leur gré – et 13% ont vécu une si­tuation où leur consentement a pu se trouver altéré (2). Deux fois sur trois, il s’agit d’une union conclue dans le pays d’origine, avant leur arrivée en France. Les femmes immigrées âgées de 31 à 50 ans ne sont plus « que » 5% à avoir subi un mariage forcé, et celles de 26 à 30 ans, 2% (et 7% avec un consentement vraisemblablement altéré). Dans la même catégorie d’âge les filles d’immigrés, forcément nées en France, la proportion tombe à 1% (et 3% avec un consentement éventuellement altéré).

 Violences

« Deux fois sur trois, les personnes mariées contre leur gré sont des femmes », note l’étude. « Les hommes ne sont donc pas épargnés : ils représentent 3% des immigrés ayant entre 51 et 60 ans. Une cinquantaine d’entretiens qualitatifs montrent cependant qu’à la différence des femmes, ils n’ont pas subi de violences physiques et que leur trajectoire sociale n’en subit guère les conséquences. »

Derrière ces chiffres, des situations plus diverses. Pour les femmes immigrées, il s’agit surtout de mariages ar­rangés conclus avant leur migration. Les femmes venues de Tur­quie, du Maghreb et de l’Afrique sahélienne sont les plus exposées : c’est la conséquence directe de la prohibition de la sexualité avant le mariage.

Chez les filles d’immigrées le mariage forcé est marginal, souligne l’étude. Dans près de la moitié des cas, il est la conséquence d’une grossesse que les parents ne tolèrent pas. « Ils cherchent alors à « régulariser la situation » par un mariage, alors que les intéressées auraient peut-être préféré la cohabi­tation, voire l’avortement » note Christelle Hamel, l’auteure de l’étude.

La République ne doit pas délaisser son rôle éducatif, conclut Christelle Hamel : « Ces éléments invitent à développer l’information sur la contraception et l’avortement, et surtout à en assurer l’accès à l’ensemble des femmes. Enfin, l’importance des violences déclarées avant les 18 ans et les risques de sortie du système scolaire plaident pour une information spécifique des personnels de l’Éducation nationale sur ces questions. »

L’étude rappelle par ailleurs que les mariages forcés n’ont « rien d’une fatalité ». Car on peut relativement facilement, en France, s’en sortir par le divorce : 65% des immigrées et 68% des filles d’immigrés mariées contre leur gré avaient déjà divorcé à la date de l’enquête. « Un signe clair, s’il en est, de leur désir d’autonomie. »

 


(1) L’étude « Immigrées et filles d’immigrés : le recul des mariages forcés » est issue de l’enquête Trajectoires et Origines menée par l’INED et l’INSEE sur la diversité des populations en France. Elle a été réalisée en 2008 auprès d’un échan­tillon de 22 000 personnes âgées de 18 à 60 ans résidant sur le territoire métropolitain. Une question portait sur la (ou les) personne(s) à l’initiative du mariage. Une autre sur le degré de consentement de la personne interrogée. 

(2) Le terme de « mariage non consenti », préféré par l’INED à « mariage forcé », regroupe les mariages non souhaités, que le conjoint en ait pris l’initiative ou qu’ils résultent de pressions familiales.
La catégorie « consentement altéré » englobe « des situations diverses où le mariage a certes été accepté, mais dans des circonstances où la volonté indi­viduelle a pu être fortement influencée voire contrainte, que ce soit par le conjoint, par la famille ou par le poids des normes sociales en général ».

 

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3 commentaires

Michlentse 28 juin 2011 - 12:34

Dans la mesure où cette enquête prend en compte les mariage « où la volonté individuelle a pu être fortement influencée (…) normes sociales en général », pourquoi ne s’intéresse-t-elle qu’aux immigrées et filles d’immigrées ? Considère-t-on que les Françaises « non issues de l’immigration » sont totalement libres dans ces questions-là ? J’en doute… et je trouve donc étrange ce prisme exclusif ! Avez-vous une explication de l’INED ?

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arnaudbihel 29 juin 2011 - 11:04

Michlentse : l’enquête est issue d’un travail sur l’immigration en France, la question est donc logiquement observée sous ce prisme. Je vous renvoie au document : http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1541/publi_pdf1_479.pdf
La présente enquête consacre tout de même quelques lignes au reste de la population, pour observer que les mariages sous influence y ont « quasiment disparu ». Je cite : « L’intervention d’une tierce personne ayant sciemment organisé la rencontre des futurs conjoints s’observait encore dans 10 % des mariages conclus dans l’entre deux guerres, et dans 5 % de ceux conclus avant 1960 ; elle a quasiment disparu depuis, d’autant que le mariage est désormais généralement précédé d’une longue cohabitation. »

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Michlentse 1 juillet 2011 - 15:21

Au temps pour moi : j’aurais dû lire plus attentivement les notes de bas de page !
Ceci dit, si je comprends bien, on ne parle pas vraiment de « mariage » forcé, mais plutôt de « choix du conjoint » forcé !? Le fait qu’on choisisse plus librement son partenaire de nos jours ne signifie pas qu’on choisit de se marier de manière totalement libre… Mais c’est là une toute autre question, qui n’a effectivement pas sa place dans l’étude en question.

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