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Marina Ovsyannikova : la journaliste russe qui dénonce la propagande

par La rédaction

Journaliste à la télévision d’État en Russie, Marina Ovsyannikova a interrompu le journal télévisé pour diffuser un message anti-guerre. Elle a été arrêtée. Les médias extérieurs la soutiennent. La propagande s’intensifie en Russie.

Ajout mardi soir : La journaliste est ressortie du tribunal mais…

Son courage est salué dans les médias extérieurs à la Russie et sur les réseaux sociaux. Lundi soir, lors de la diffusion en direct du journal télévisé de la première chaîne russe d’Etat, Marina Ovsyannikova, a fait irruption sur le plateau en criant : « Arrêtez la guerre. Non à la guerre. » Elle s’est positionnée derrière la présentatrice du journal brandissant une pancarte disant : « Arrêtez la guerre. Ne croyez pas la propagande. Ils vous mentent ici. » une pancarte signée en anglais : « Les Russes contre la guerre. »

Le direct a été interrompu, remplacé par un reportage. Selon l’ONG de défense des Droits humains OVD-Info, Marina Ovsyannikova aurait été immédiatement arrêtée et conduite au commissariat. L’agence de presse d’Etat russe TASS indique qu’elle pourrait être poursuivie pour avoir « discrédité l’utilisation des forces armées russes ». Le pouvoir russe prévoit en effet des peines allant jusqu’à 15 ans de prison pour ce qu’il estime être de « fausses informations » sur l’armée. L’utilisation du mot « guerre » pour décrire l’intervention russe en Ukraine est même passible de poursuites.

Marina Ovsyannikova a pris de gros risques. Pour la soutenir, les médias et les réseaux sociaux doivent parler d’elle. « Elle s’appelle Marina Ovsyannikova, elle a 2 enfants, travaille pour cette chaîne de tv » ont précisé plusieurs journalistes.

La journaliste héroïque a également publié une vidéo pré-enregistrée, via OVD-Info, dans laquelle elle exprime sa honte de travailler pour la chaîne d’Etat et de diffuser la « propagande du Kremlin. » Portant un collier aux couleurs bleue et jaune du drapeau ukrainien, Marina Ovsyannikova dit que son père est ukrainien et sa mère russe.

« Malheureusement, pendant un certain nombre d’années, j’ai travaillé sur la première chaîne et travaillé sur la propagande du Kremlin, j’en ai très honte en ce moment. Honte d’avoir raconté des mensonges à la télévision. Honte d’avoir permis la zombification du peuple russe. Nous sommes restés silencieux en 2014 quand cela ne faisait que commencer. Nous ne sommes pas sortis pour protester lorsque le Kremlin a empoisonné [le leader de l’opposition] Alexeï Navalny », a-t-elle regretté. « Nous nous contentons d’observer en silence ce régime anti-humain. Et maintenant, le monde entier s’est détourné de nous et les dix prochaines générations ne pourront pas se laver de la honte de cette guerre fratricide. »

« Ce qui se passe en Ukraine est un crime et la Russie est l’agresseur », a-t-elle poursuivi. « La responsabilité de cette agression repose sur les épaules d’une seule personne : Vladimir Poutine. »

Exhortant ses compatriotes russes à rejoindre les manifestations anti-guerre, elle a lancé : « nous sommes les seuls à avoir le pouvoir d’arrêter toute cette folie. Allez aux manifestations. N’ayez peur de rien. Ils ne peuvent pas tous nous emprisonner. »

Son acte a été salué par le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Dans une vidéo, lundi soir, il a déclaré : « Je suis reconnaissant aux Russes qui n’arrêtent pas d’essayer de livrer la vérité, qui luttent contre la désinformation et racontent des faits réels à leurs amis et à leurs familles, et personnellement à cette femme qui est entrée dans le studio de la première chaîne avec une affiche anti-guerre. »

Jusqu’ici, près de 15.000 personnes, dont des enfants et des personnes âgées, ont été arrêtées pour avoir manifesté contre la guerre. Ce qui n’empêche pas les féministes russes d’appeler à manifester (Lire : L’APPEL DES FÉMINISTES RUSSES CONTRE LA GUERRE)

Mais la guerre de l’information se poursuit. Plus d’une vingtaine de médias russes ont été bloqués par l’autorité de régulation des médias du pays ou ont préféré cesser leurs activités. Les plateformes de médias sociaux Facebook et Instagram, largement utilisées, ont également été interdites.

Reprenant un communiqué publié par l’agence de presse étatique TASS, la première chaîne russe a rendu compte à sa façon de l’acte de la journaliste indiquant qu’ « un incident a eu lieu avec une femme étrangère en tournage. Un contrôle interne est en cours. »

Sur Twitter notamment, le mot-dièse #FreeMarinaOvsyannikova veut interpeller les autorités et la population russe.

Ajout mardi soir : Marina Ovsyannikova aurait été libérée. Elle a été filmée avec son avocat. Elle serait coupable d’avoir commis une « infraction administrative » et condamnée par le tribunal de Moscou à payer une amende de 30 000 roubles (environ 250 euros au taux actuel). Cette condamnation ne concerne pas l’action à l’antenne de la journaliste mais la vidéo qu’elle a postée. Elle risque encore des poursuites. 

 

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