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Au Mexique, fin du voyage pour les enfants migrants

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Fuyant souvent les violences, domestiques ou de gangs, des milliers d’enfants du Salvador, du Honduras ou du Guatemala restent bloqués à la porte du rêve américain.


Pour de nombreux enfants sans papiers d’Amérique Centrale rêvant de rejoindre les États-Unis, le Mexique marque la fin du voyage. « Les enfants ont toujours migré, et ils ont toujours été les plus vulnérables », souligne Caroline Rivera, du Centre de Recherches et de Hautes Études en Anthropologie Sociale (CIESAS) à Mexico.

Depuis que le flux des migrants d’Amérique centrale vers les États-Unis s’est intensifié dans les années 80, en raison des guerres civiles qui déchiraient la région, le problème des ruptures familiales n’a fait que s’intensifier. Selon une estimation du ministère US de l’Intérieur, 11,5% des migrants latino-américains sans papiers aux États-Unis viennent du Guatemala, du Honduras ou du Salvador. Les parents partent en quête d’un meilleur avenir et laissent leurs enfants à la charge des grands-parents ou d’autres membres de la famille.

Fuir les violences

C’est alors le besoin de retrouver leurs parents qui pousse les enfants et adolescents à migrer à leur tour. Ce sont aussi des raisons économiques… et d’autres motifs, comme les violences domestiques. Caroline Rivera a travaillé sur le terrain à Mazatán, dans la province pauvre mexicaine du Chiapas. Elle y a rencontré des filles qui avaient été battues ou violées par leur beau-père ou par un autre membre de la famille. C’est ce qui les a incitées à partir, sans papiers, pour les États-Unis. La chercheuse a également rencontré des jeunes du Salvador et du Honduras qui, après avoir révélé leur homosexualité, ont été chassés du domicile familial.

« La violence intra-familiale est une question récurrente », souligne Caroline Rivera. Entre janvier et juin, 1 028 plaintes pour ce type de violence ont été déposées au Salvador. Plus de deux fois le nombre enregistré durant toute l’année précédente, selon la police.

Comme le relevait, début septembre, l’Institut national d’Immigration mexicain (INM), beaucoup d’enfants fuient également les gangs de jeunes, qui forcent les adolescents à les rejoindre. S’ils refusent, ils risquent la mort. Le nombre de jeunes enrôlés dans des gangs, comme le MS-13 ou le Barrio 18, est estimé à 60 000 rien qu’au Salvador.

Coyotes et réseaux

Nombre d’enfants arrêtés à la frontière mexicaine ont été abandonnés à leur sort par les « coyotes », les passeurs sans scrupules. « Il est loin, le temps où les ‘coyotes’ étaient des héros qui aidaient les gens à passer au nord. Maintenant, les migrants suivent des réseaux liés au crime organisé », souligne Jaime Rivas, responsable du programme immigration du gouvernement mexicain.

Et pour ces enfants, l’interpellation est encore une étape cruelle. Quelles que soient les conditions dans lesquelles un enfant est incarcéré pour avoir passé la frontière, « la détention a un impact profond et négatif sur les enfants », alertait le rapport « Enfance capturée » (« Captured childhood )», publié en juin par l’International Detention Coalition (IDC), une organisation de défense des droits humains implantée dans 50 pays. Selon ce rapport, « les enfants risquent de souffrir de dépression et d’angoisse, et de symptômes tels que l’insomnie. Cela affecte leur santé psychologique et physique et compromet leur développement » (1).

Après avoir été arrêtés et détenus au Mexique, les jeunes migrants ont peu d’options : ils peuvent être reconduits à la frontière, ou rester dans le pays. Mais ils sont alors exposés à de constantes violations de leurs droits.

Les statistiques de l’Institut national d’Immigration indiquent qu’entre janvier et juillet, 3 391 enfants du Guatemala, du Honduras et du Salvador ont été reconduits à la frontière : 50% de plus que sur la même période en 2011. Et sur ce nombre, 2 801 n’étaient pas accompagnés, ce qui montre à quel point ils sont vulnérables.

Exploité-e-s

Ceux qui choisissent de rester au Mexique sans papiers s’exposent à une vulnérabilité extrême en terme de conditions de travail, note Caroline Rivera. Selon ses recherches, un tiers des enfants migrants travaillent dans l’agriculture, souvent pour des horaires à rallonge et un maigre salaire. Et 16% d’entre eux travaillent dans le secteur des loisirs : ce sont particulièrement des filles du Honduras et du Salvador, âgées de 15 à 17 ans, qui sont employées comme danseuses dans des boîtes de nuit et sont exposées aux risques d’agression sexuelle. « Plusieurs d’entre elles se sentent enchaînées et ne peuvent pas quitter ce milieu », observe la chercheuse.

L’IDC réclame que les enfants sans papiers ne soient pas enfermés, et recommande aux gouvernements de mettre en œuvre des politiques pour les protéger. En avril 2011, le Mexique a voté une nouvelle loi sur l’immigration qui, en principe, garantit les droits des étrangers en transit sur son territoire. Mais elle n’est toujours pas appliquée, car les décrets d’application ne sont pas parus.

Article original (en anglais) sur IPS News Agency : Mexico, the End of the ‘American Dream’ for Child Migrants

Photo : Wilfredo Díaz/IPS. Comme des milliers d’adolescents, ce Guatémaltèque de 16 ans a vu son périlleux voyage vers les Etats-Unis s’arrêter au Mexique.

 

 


(1) A ce sujet, en France, LeMonde.fr évoque ce 2 octobre le « casse-tête de la rétention des enfants de migrants ».
Le gouvernement a annoncé cet été l’abandon de cette pratique, après avoir notamment subi les foudres de la Cour européenne des Droits de l’Homme et du Défenseur des droits.

 

 

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7 commentaires

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