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Canada : une députée dénonce le harcèlement au Parlement

par La rédaction
Canada Michelle Rempel

Canada Michelle Rempel« Si on est vraiment en 2016, le sexisme devrait être votre problème, pas seulement le nôtre. » Une députée canadienne demande aux hommes de prendre leurs responsabilités.


 

C’est un coup de gueule qui ne passe pas inaperçu. Michelle Rempel est une députée conservatrice canadienne, ministre dans le précédent gouvernement. Lundi 18 avril, elle a publié une tribune dans le National Post, non pas pour parler de l’immigration, des réfugiés ou de citoyenneté – elle est la porte-parole officielle de l’opposition sur ces sujets -, mais pour évoquer le sexisme. Le « sexisme ordinaire » auquel elle fait face chaque jour au Parlement.

« Le sexisme que je vis au quotidien me vaut d’être confrontée à l’épithète bitch (salope) lorsque je ne réponds pas automatiquement à la demande de quelqu’un ou que je reste campée sur mes positions », écrit-elle. Elle pointe également du doigt deux députés – mais sans les nommer – dont un ministre du gouvernement de Justin Trudeau, Premier ministre qui se déclare ouvertement féministe. L’un d’eux lui aurait dit « ça m’excite quand tu parles franchement ». Au harcèlement quotidien dont elle se dit victime, aux sifflements, aux insultes sexistes, il faut ajouter les attouchements. Michelle Rempel dit s’être fait « pogner les fesses » (selon la traduction québécoise).

Cette tribune, elle l’a écrite après avoir discuté, pour la énième fois, avec les jeunes femmes de son cabinet sur la façon de réagir aux commentaires sexistes. Mais pour elle, le changement ne doit pas venir de ces femmes harcelées, mais bien des hommes sexistes.

« Vous êtes le problème, pas elle »

« Si vous avez lu mes anecdotes et mon raisonnement en vous disant ‘Elle est trop émotionnelle’, ‘Elle est trop sensible’, vous avez besoin de changer votre façon de penser », poursuit Michelle Rempel. « Si vous avez déjà chanté des paroles misogynes et violentes, acheté une Barbie à une fille qui voulait des Meccano, attribué le succès d’une femme à ses compétences sexuelles, (…) gardé le silence devant une blague sexiste dégoûtante, supposé que votre partenaire féminine allait nettoyer votre maison et faire le dîner en raison de la ségrégation sexuée traditionnelle du ménage, gardé votre calme face à un ami qui abuse d’une femme, ou si vous avez vous-même abusé d’une femme, alors vous êtes le problème, pas elle. »

« Si on est vraiment en 2016, le sexisme devrait être votre problème, non pas seulement le nôtre », conclut-elle en référence à la phrase désormais célèbre de Justice Trudeau : « Pourquoi un gouvernement paritaire ? Parce qu’on est en 2015 ».

Sur Twitter, l’actuelle ministre de la Condition féminine, Patty Hadju a réagi : « Un grand article. Michelle Rempel place la responsabilité de la fin du sexisme entre les mains des perpétrateurs. »

 

Interviewée par CBC News, la ministre a expliqué que « des progrès » avaient été réalisés mais qu’il y a « encore beaucoup à faire.»« Le sexisme dans le milieu du travail est profondément enraciné et généralisé, non seulement au Parlement, mais dans la société dans son ensemble », a-t-elle ajouté.

Déjà en 2014, des députées avaient dénoncé le harcèlement qu’elles subissaient de la part de deux députés du caucus de Justin Trudeau. Après enquête, l’actuel Premier ministre, alors chef du Parti libéral canadien, les avait exclus de son groupe parlementaire. Depuis, le Parlement a adopté des règles pour traiter le harcèlement sexuel, comblant ainsi le vide juridique sur le sujet. Un comité parlementaire a également créé un « code de conduite » à destination des députés.

 

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