Accueil Médias Miss France et féminisme, la grande confusion

Miss France et féminisme, la grande confusion

par Isabelle Germain

Capture d’écran TF1.fr

Ceux qui voient du féminisme dans les concours de Miss, donnent à ce mot une définition étrange et critiquent les associations féministes. Des fonds publics soutiennent cette manifestation. Ajout le 16 dec : Médaille de l’égalité…

« Je ne me suis jamais sentie aussi féministe que lorsque je suis montée sur scène», Diane Leyre, la nouvelle Miss France a confirmé, au micro de BFMTV qu’elle se sentait féministe. Mais, ce que la plus belle femme de France met derrière le mot « féminisme » ne correspond pas du tout à la définition du Larousse. Pour elle il s’agit de « prendre le pouvoir de notre vie, de monter sur scène alors qu’on a entre 18 et 24 ans, de prendre le micro, de tenir des discours. » Pour le dictionnaire de référence, le féminisme c’est : « Courant de pensée et mouvement politique, social et culturel en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. » Il n’est pas impossible que des « Miss » adhèrent à ce courant de pensée. Mais affirmer que le concours Miss France est féministe est faux. Il n’existe pas pour les hommes et conforte des stéréotypes sexistes…

Cependant le féminisme est à la mode et de plus en plus dévoyé. Les politiques en campagne s’en emparent (lire : PRÉSIDENTIELLE : DES CAMPAGNES « FÉMINISTES MAIS »). Et les médias ne questionnent pas vraiment ces postures qui se prétendent féministes. Ils font réagir les miss sur une déclaration d’Elisabeth Moreno, Ministre en charge des Droits des femmes, qui trouve le concours « has been » mais jouent toujours la petite musique susurant que les féministes  seraient ringardes.

De l’argent pour un spectacle non féministe

Pourtant c’est aux féministes que les Miss doivent le fait d’être désormais rémunérées. Début octobre, Osez le féminisme! a déposé un recours au tribunal des Prud’hommes contre la société qui faisait travailler les candidates sans les rémunérer. Travail qu’elles effectuaient jusqu’ici sans rien demander… (Lire : LES ORGANISATEURS DE MISS FRANCE ATTAQUÉS AU PORTE-MONNAIE)

Un mois plus tard, Alexia Laroche-Joubert, présidente de la société Miss France, annonçait que chaque Miss régionale bénéficierait d’un contrat de travail… Elle se montrait très remontée contre ce qu’elle appelait ces « néo-féministes » estimant que leur but était de faire du buzz et de « tuer le concours, tuer Miss France ».

La encore, confusion. Pourquoi parler de « néo-féministes » ? Les féministes ont toujours considéré que ces concours étaient sexistes. Comme le rappelle Osez le Féminisme!  « Le 20 novembre 1970, les militantes du Mouvement de Libération des Femmes manifestaient déjà contre le spectacle « Miss Monde ». Le MLF rassemblait alors des figures comme Christine Delphy, Gisèle Halimi, Monique Wittig, Cathy Bernheim ou encore Christiane Rochefort. »

Mais le féminisme conforme à la définition du Larousse exaspère ceux qui s’expriment dans les médias. Ils préfèrent le « féminisme des miss ». Le septuagénaire Jean-Pierre Foucault animateur de la soirée de concours, extatique au milieu de ces jeunes filles légèrement vêtues, se flatte de donner aux féministes l’occasion de faire parler d’elles. Avec un petit rictus méprisant. Sur plusieurs plateaux télé, on se félicite d’apprendre que ces jeunes filles sont rémunérées tout en critiquant vertement les féministes… grâce auxquelles ces « Miss » ont obtenu des contrats de travail.

Ambiance ici dans l’émission C à vous sur France 5 

 

Autre point de crispation, et non des moindres, beaucoup d’argent public est consacré à ce show. A Caen, où se déroulait la cérémonie, des élus ont demandé au maire de rendre des comptes, explique le quotidien Ouest-France. Ils n’obtiennent pas de réponse mais notent qu’en 2010, la ville avait versé 200.000 € à l’organisation.

L’élu Vert Rudy L’Orphelin, s’interroge sur « la pertinence d’un soutien financier public à des manifestations qui véhiculent des standards de beauté stéréotypés et reposent sur des critères de sélection pour le moins discutables ».

La question du financement d’événements sexistes par des fonds publics n’est pas nouvelle mais passe encore sous le radar des médias et de la politique. (Lire (2011) DE L’ARGENT PUBLIC POUR MISS FRANCE)

Ajout le 16 décembre 2021 : Mercredi 15 décembre, changement de ton de la part d’Elisabeth Moreno qui remettait à la nouvelle Miss France « la médaille de l’égalité ». Une nouvelle distinction remise par la ministre selon des critères non officiels. Pourquoi ce retournement ? La ministre a affirmé qu’elle trouvait les critères de sélection « has been » mais, comme les organisatrices avait affirmé qu’elles les feraient évoluer, il était urgent d’afficher l’entente cordiale. ( A noter aussi : la candidate LR à l’élection présidenteille Valérie Pecresse avait affirmé «Oui être Français c’est avoir un sapin de Noël, c’est manger du foie gras, c’est élire Miss France et c’est le Tour de France»)

Une initiative que n’a pas goûté Osez le féminisme!. L’association dénonce un «gouvernement au service de l’entreprise de “feminist washing” de la Société Miss France».

 

 

 

 

Laisser un commentaire