Morandini, Norman… la romance des agresseurs sexuels passe moins bien

par Isabelle Germain

Interpelés par les féministes, les médias commencent à être moins indulgents avec les hommes célèbres impliqués dans des affaires d’agressions sexuelles.

Il y a 12 ans, alors qu’un dirigeant de médias très influent, Pierre Bellanger, PDG de Skyrock, était condamné pour corruption de mineures, peu de médias parlaient de cette affaire. Pire : alors que la condamnation venait d’être aggravée en deuxième instance, le gouvernement confiait à Skyrock une mission et 1 million d’euros pour éduquer les jeunes. Le 10 février 2010, LesNouvellesNews.fr était le seul journal à faire ce rapprochement entre ces deux informations choquantes. Notre article nous avait valu des menaces de procès. A l’époque l’ambiance n’était pas à l’opprobre envers les hommes de pouvoir agresseurs sexuels. L’affaire DSK, un an plus tard le confirmait.

Lire : CONDAMNÉ POUR « CORRUPTION DE MINEURE », LE PATRON DE SKYROCK EST CHOISI PAR LE GOUVERNEMENT POUR PARLER AUX JEUNES

12 ans plus tard, le ton a un peu changé mais il reste encore des progrès à accomplir dans les médias. L’animateur Jean-Marc Morandini est condamné pour « corruption de mineur » à un an de prison avec un sursis probatoire de deux ans, ainsi qu’à « une obligation de soin » afin qu’il comprenne ses « passages à l’acte transgressifs », sans « réelle remise en question » de son comportement. En annonçant cette condamnation, plusieurs journaux s’ignalent voire s’’étonnent de le voir rester à l’antenne de CNews. L’animateur a fait appel de la décision de justice et la chaîne d’information en continu du groupe Bolloré a fait savoir au journal « Le Parisien » qu’elle respectait ainsi la présomption d’innocence.

Autre star des médias : le youtubeur Norman Thavaud est accusé par six femmes de viol et de corruption de mineures. Ce qui lui a valu 36 heures de garde à vue. Il a ensuite été relâché sans poursuite en attendant la décision du parquet de Paris. Au lieu de parler de ces accusations, beaucoup de médias ont préféré faire des articles à la gloire du youtubeur. Rose Lamy, autrice du livre Défaire le discours sexiste dans les médias (JC Lattès 2021) a dénoncé France3 Région qui a fait très fort en titrant : « Norman, vétéran français de YouTube pris dans la tourmente » Et dans le chapeau de l’article, « ce petit-fils de mineur typiquement Chti a quitté Lieven (Pas-de-Calais) pour Paris au début des années 2000 après le décès de sa mère. » Il faut lire l’article pour savoir de quoi il est accusé au point de rester 36 heures en garde à vue. France 3 a répondu à l’interpellation en modifiant son titre qui est devenu : « La garde à vue de Norman le Youtubeur du Nord levée » et le nouveau chapeau évoque les accusations de « viol » et « corruption de mineures ». Mais beaucoup de journaux ont repris un titre éludant les accusations de viol, provenant vraisemblablement d’une dépêche AFP comme ici Notre temps.

Autre annonce qui exaspère les féministes en lutte contre les violences sexistes et sexuelles : Damien Abad a été nommé président du groupe d’amitié France-Liban à l’Assemblée nationale. Le député accusé par plusieurs femmes de viols et de tentatives de viols a dû quitter le gouvernement lors du dernier remaniement. Mais « C’est un député comme les autres, il a postulé pour devenir président » explique le groupe Renaissance à l’Assemblée.

L’indulgence avec ces hommes est toujours de mise mais ce qui est nouveau est que la presse mentionne abondamment cette incongruité.

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