Accueil CultureCinéma Mostra de Venise : une seule réalisatrice en compétition

Mostra de Venise : une seule réalisatrice en compétition

par Isabelle Germain

Jennifer Kent, Paris Cinéma 2014. Par Camille Griner (Flickr)

Sur 21 films en compétition pour le Lion d’Or, lors de la 75ème édition du Festival de Venise, un seul est réalisé par une femme. Women at Hollywood s’indigne.

Lors du dernier festival de Cannes, une montée des marches avait été particulièrement remarquée : celles des 82 femmes unies pour que le septième art ouvre ses portes aux réalisatrices. 82, parce que c’est le nombre de films de réalisatrices sélectionnés en compétition officielle depuis la création du festival en 1946, soit 4,6% des films. (voir Women Washing ou ouverture sur l’égalité à Cannes ?). Et le Festival de Cannes a  signé la charte du collectif 50/50 pour 2020 en faveur de la parité dans le cinéma.

La Mostra de Venise, le plus ancien des festivals de cinéma, qui ouvrira ses portes du 28 août au 8 septembre, n’a pas entendu le message. La liste de ses 21 films en compétition dévoilée le 25 juillet ne compte qu’une seule femme, l’Australienne Jennifer Kent avec son film The Nightingale. Et, sur 64 films présentés dans les principales catégories du festival (Compétition, Hors Compétition et Orizzonti) huit seulement sont dirigés ou co-dirigés par des femmes, soit 13%.

 Il faut aller sur le site Women and Hollywood pour trouver une réaction profondément indignée et des commentaires sur les explications empêtrées et irrecevables de l’organisateur du festival. Explications aussi empêtrées que celles des organisateurs du festival de Cannes et tous les organisateurs de manifestations mettant les femmes à l’écart. (voir : Cannes : le syllogisme du mépris)

Pour La Mostra, Alberto Barbera, le directeur du festival se défausse : c’est avant la sélection qu’il pourrait y avoir un problème selon lui. « Nous ne regardons pas le film en demandant ‘qui a fait ça?’ Nous regardons le film. C’est une forme de respect, les meilleurs films gagnent » Et d’ajouter « Si nous commençons à regarder avec des quotas à l’esprit, je pense que ce serait blessant pour les femmes cinéastes. Elles doivent être jugées comme tout le monde. » (Ndlr : n’est-il pas plus blessant de laisser entendre qu’elles n’ont pas été sélectionnées parce qu’elles n’étaient pas les meilleures ?)

Women and Hollywood démonte l’argumentation du directeur en trois points. Premièrement, les organisateurs ont conscience du problème et de la nécessité d’avoir une démarche volontariste pour en finir avec ces discriminations envers les femmes. Le programmateur de la section parallèle les Venice Days, Sylvain Auzou, las de l’omniprésence des cinéastes hommes a d’ores et déjà sélectionné sept réalisatrices.

Deuxièmement, même si les organisateurs de la Mostra n’ont pas envie d’aborder le sujet, « ils n’ont tout simplement pas le choix cette année avec #MeToo et #TimesUp » affirme Women and Hollywood. Et d’ajouter : « Si ce festival se soucie vraiment de ce qui ne blesse pas les femmes cinéastes, il doit signer l’engagement du collectif 50/50 pour 2020, comme le festival de Cannes. » Il faut comprendre pourquoi les femmes n’ont pas les mêmes opportunités que les hommes.

Troisièmement, le fait que les femmes ne soumettent pas les films au même rythme que les hommes ne doit pas être une excuse pour ne rien faire. C’est l’ensemble de la profession qui doit se remettre en question et les organisateurs de festivals ont leur part de responsabilité.

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