A priori les films NDE et L’Institutrice, tous deux en salles ce 10 septembre, n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Or ils partagent plusieurs points communs, dont celui d’être deux OPNI, des Objets Poétiques Non Identifiés. Deux critiques du mardi de Valérie Ganne.
Depuis dix ans, Gustave Kervern et Benoît Delépine sont devenus comme des amis qu’on a plaisir à retrouver pour partager leurs histoires abracadabrantes, fantaisistes et désespérées…. Entre chaque rendez-vous (leurs films s’appellent Aaltra, Avida, Louise Michel, Mammuth, Le Grand soir), on se demande ce qu’ils vont bien pouvoir inventer et on n’est jamais déçu.
Or voici que les deux copains semblent avoir un peu la gueule de bois : leur dernier film s’appelle Near death experience, soit une expérience de mort imminente, donc une histoire triste. Commençant par le générique de fin, ils ne mentent pas sur leur but : raconter une histoire de fin.
Un homme, Paul, en plein burn out professionnel et ennui familial, part faire du vélo dans la montagne. Mais il a surtout décidé de mettre fin à ses jours. Pendant 1h27, en fait quelques jours, il déambule dans les calanques de Marseille en accompagnant son errance de réflexions amères sur la vie moderne. Mais cet homme, et c’est important, ce n’est pas Monsieur Tout le monde, mais Michel Houellebecq. Un poète en somme, dont la gestuelle et le discours prennent tout de suite une autre dimension.
L’Institutrice de Nadav Lapid, dont c’est le deuxième film, se déroule à l’autre bout de la Méditerranée. En Israël, une institutrice décèle un don pour la poésie chez l’un de ses élèves de cinq ans. Elle-même s’essaie à cet art délicat mais malgré ses efforts, n’atteint jamais la puissance des mots de l’enfant, Yoav. Elle décide alors, envers et contre tout et tous, de cultiver ce don chez lui.
Porté par une grande force de réalisation, L’Institutrice suit les enfants à leur hauteur, filme les adultes au plus près, construit une ambiance de plus en plus étrange, un écrin pour les poèmes qui trouvent là une place de choix : car le réalisateur ne cache pas que les vers de l’enfant prodige sont les siens, écrits lorsqu’il avait entre 4 et 7 ans… Simple et épuré, L’Institutrice ne filme pas la poésie, c’est un film poétique.
« Etre poète c’est s’opposer à la nature du monde »
Ces deux œuvres qui semblent très éloignées ont pourtant beaucoup de points communs, à commencer par leur lumière d’été, blanche et écrasante : Marseille pour NDE et Israël pour L’Institutrice.
Mais leur véritable colonne vertébrale commune est la poésie comme réponse à l’inadéquation des hommes au monde : trop confortable et vulgaire pour Kervern et Delépine – et Houellebecq bien sûr-, trop matérialiste et abrutissant pour Nadav Lapid selon qui « être poète c’est s’opposer à la nature du monde ».
Le pessimisme devrait être de mise pourtant ces deux films lumineux sont souvent drôle (NDE), envoûtant (l’Institutrice), et pas si désespérés. Comme le conclut Paul, le héros de NDE, « heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse s’envoler », que ce soit pour s’écraser sur le macadam ou pour aller vers une vie d’adulte où les poètes sont de moins en moins les bienvenus.
Near Death Experience (France), de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Michel Houellebecq, produit par No Money Productions et Ad Vitam, distribué par Ad Vitam, en salles le 10 septembre 2014.
L’institutrice de Nadav Lapid (Israël), avec Sarit Larry et Avi Shnaidman, produit par Pie Films et Haut et Court, distribué par Haut et Court, en salles le 10 septembre 2014. Présenté à la Semaine internationale de la critique (Cannes 2014)
Crédit photo : Itiel Zion
