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« Noura rêve », emprisonnée dehors

par Valérie Ganne

Dans « Noura rêve », une femme tente de défier les lois tunisiennes pour se séparer de son mari et refaire sa vie.

A Tunis, Noura, blanchisseuse dans un hôpital, élève trois enfants pendant que son mari, Jamel, est en prison. Elle aimerait vivre enfin librement avec son amant, Lassad, mais la loi tunisienne punit sévèrement l’adultère. Le couple n’a plus que 5 jours pour que le divorce soit enfin prononcé. Mais Jamel est libéré plus tôt. Bienvenu dans la vie d’une femme tunisienne, une vie devenue une prison à ciel ouvert au retour de son mari. A la fois combative et résignée, sincère et menteuse, Noura est interprétée tout en nuances par Hend Sabri. Star dans le monde arabe, en Egypte où elle est partie vivre, la comédienne est surnommée la « Julia Roberts du Nil ». Plutôt habituée aux rôles glamour, elle n’avait pas tourné en Tunisie depuis quinze ans.
C’est un véritable thriller psychologique, où la violence est d’autant plus forte qu’elle surgit à des moments et à des endroits inattendus. Par sa tension, « Noura rêve » évoque « Jusqu’à la garde », premier film de Xavier Legrand primé à Venise avant de recevoir quatre César l’année dernière. Le sujet rappelle également un chef d’œuvre plus ancien (2014), « Gett, le procès de Viviane Amsalem » de Shlomi et Ronit Elkabetz, qui dénonçait qu’en Israël le divorce est impossible sans l’assentiment du mari.
Avant même sa sortie en salle en France et en Tunisie, « Noura rêve » a déjà séduit de nombreux festivals, repartant notamment des Journées cinématographiques de Cartage avec le Tanit d’or et le prix de la meilleure actrice. Tourné à Dejebel Jelloud, quartier très populaire de la banlieue sud de Tunis, ce film parle à tous, hommes ou femmes, tunisiens ou non : parce que Noura défend son amour et sa liberté personnelle face au poids du devoir et de la société.

Bande annonce

« Noura rêve » de Hinde Boujemaa (Tunisie Belgique France, 1h32) avec Hend Sabri, Lofti Abdelli, Hakim Boumsaoudi, distribué par Paname, en salle le 13 novembre 2019.

Ce qu’en dit la réalisatrice :
La réalisatrice belgo-tunisienne Hinde Boujemaa dénonce les inégalités notamment avec « Et Roméo a épousé Juliette », court métrage sur le mariage, ou « C’était mieux demain », documentaire suivant pendant un an et demi une tunisienne en situation très précaire. Elle veut accompagner « Noura rêve » dans de nombreux débats en Tunisie.
« De manière générale, une femme qui aime ailleurs n’est pas perçue de la même manière qu’un homme qui se l’autorise. Dans le monde arabe où les réactions sont plus violentes, c’est inacceptable socialement. L’égo de l’homme est social : « qu’est-ce qu’on va penser de moi ? » Il faut dénoncer cette loi sur l’adultère en Tunisie qui est complètement ridicule et qui prévoit deux mois à cinq ans d’emprisonnement pour les amants. C’est un sujet complètement tabou dans le monde arabe qu’il faut questionner. »
« J’en ai assez qu’on victimise la femme. Je ne fais pas du cinéma pour défendre les droits des femmes. Je le fais en parallèle, dans le cadre de campagnes engagées auxquelles je participe. »

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