Accueil Politique & SociétéElections 2022 Nouveau gouvernement « en même temps » critiqué

Nouveau gouvernement « en même temps » critiqué

par Isabelle Germain

Une Première ministre, une ministre en charge des Droits des femmes applaudie par les associations féministes. Mais des symboles de régression avec des ministres accusés de violences sexuelles bien en place.

Le premier gouvernement du deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron sera-t-il féministe ? Si l’égalité femmes-hommes est à nouveau la grande cause de ce quinquennat, la tâche est encore immense et rien ne laisse penser que la conversion féministe se fera à marche forcée. La nomination d’Elisabeth Borne, deuxième femme Première ministre de la cinquième République, 30 ans après Edith Cresson, révélait en creux le retard de la société française sur le front de l’égalité femmes-hommes.

Lire : PREMIÈRE MINISTRE FÉMINISTE, ÉQUATION IMPOSSIBLE ?

L’annonce de la nomination de la magistrate Isabelle Rome comme ministre déléguée auprès de la Première ministre, chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Egalite des chances a été saluée par les associations féministes.

Haute fonctionnaire chargée de l’égalité femmes-hommes au ministère de la Justice, après une longue carrière de magistrate du siège, Isabelle Rome avait pour mission de veiller à l’application des mesures du Grenelle contre les violences conjugales. Juge d’instruction, secrétaire générale de la présidence, puis juge des libertés et de la détention, elle a présidé plusieurs fois des cours d’assises. Elle a été conseillère technique de la garde des Sceaux socialiste Marilyse Lebranchu en 2001 et, en 2018, Nicole Belloubet, la nomme haute-fonctionnaire à l’égalité femmes-hommes au ministère de la Justice. Isabelle Rome a été membre du Haut conseil à l’Égalité Hommes-Femmes de 2015 à 2019 et a écrit plusieurs ouvrages. Notamment : « Liberté égalité, survie » (2020) sur les violences faites aux femmes, « Dans une prison de femmes, une juge en immersion » (2018). Elle a co-dirigé avec Éric Martinent, docteur en droit, l’ouvrage Dalloz « L’emprise et les violences au sein du couple » (2021), préfacé par l’actuel garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti.

La personnalité de la nouvelle ministre en charge des Droits des femmes enthousiasme les associations féministes et, en même temps, ces mêmes associations ne croient pas aux engagements féministes d’un gouvernement qui garde en son sein des ministres mis en cause dans des affaires de violences sexuelles.

Présomption d’innocence : hors-sujet

Elles se sont d’abord indignées de voir reconduits à leurs postes Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et Eric Dupond-Moretti, garde des Sceaux. A quoi s’ajoute la nomination de Damien Abad. Le nouveau ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, sorti des rangs de « Les Républicains » (LR) est accusé de viol par deux femmes.

Même si les accusations ont été classées sans suite, le plus souvent faute de preuves -ou faute d’écoute de la part des institutions judiciaires, les associations qui protestent contre la nomination de ce ministre font observer, encore une fois, que la « présomption d’innocence » brandie de toutes parts pour le maintenir à son poste, est hors sujet…. Et repose sur une présomption de mensonge de la part des plaignantes.

Lire : AFFAIRE DARMANIN : POURQUOI LA « PRÉSOMPTION D’INNOCENCE » EST HORS-SUJET

Sur BFM-RMC, le 25 mai, au lendemain d’une manifestation féministe dénonçant un « gouvernement de la honte », Céline Piques, la porte-parole de l’association Osez Le Féminisme !  s’insurge contre « un gouvernement qui peut débarquer un ministre, François de Rugy, parce qu’il a posé en photo avec des homards, il y a trois ans. Mais par contre, un ministre qui est accusé par plusieurs femmes de violences sexuelles et même de viol, ça ne pose pas de problème. Ça veut dire quoi ? Que les femmes pèsent moins qu’un homard ? »

Selon une enquête publiée par Mediapart, samedi 21 mai, un signalement pour des faits présumés de viol, remontant à 2010 et 2011, concernant Damien Abad, a été adressé par courriel aux partis La République en marche (LREM) et LR par l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles. Une femme, âgée aujourd’hui de 41 ans, rapporte des faits qui se seraient déroulés lors d’une soirée à l’automne 2010. La seconde a indiqué à Mediapart, s’être rendue dans un commissariat pour témoigner en 2012, puis avoir déposé une plainte en 2017. Mais le parquet a fait savoir qu’il a classé ces plaintes sans suite faute « d’infraction suffisamment caractérisée »… Comme très souvent quand la preuve de l’absence de consentement est difficile à entendre. L’une des deux aurait été droguée à son insue par l’homme politique.

L’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, organisme créé par des initiatrices du collectif #metoopolitique a posté sur Twitter : « cela traduit un faible souci pour les victimes, alors même que l’ampleur de l’affaire ravive les traumatismes qu’elles déclarent avoir subis ». L’organisation indique que l’une des victimes ne se sent pas « capable de survivre à un tourbillon judiciaire destiné à blanchir [son] violeur. Ni d’être jetée en pâture à la meute qui questionnera, décortiquera, moquera [son] agression »… La honte ne change pas vraiment de camp.

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Lili 1 juin 2022 - 23:51

Les accusations ont été classées sans suite. Il peut donc rester à sa place. Oui c’est plus dur de prouver qu’on a été violée que de prouver qu’un ministre a mangé du homard devant des caméras, et oui c’est un problème. Mais voilà, si on ne respecte plus la présomption d’innocence, quelque soit le sujet, ça veut dire aussi qu’on ne la respecte plus pour rien.
On est en politique. Le jour où un homme politique devra démissionner parce qu’il a été accusé et après un verdict de la justice en sa faveur quand même renvoyé, vous verrez fleurir de fausses accusations parce que ça peut faire sauter quelqu’un. La politique est un univers où la fin justifie tous les moyens et même les pire.
Quand il y a mise en examen, la suspension de l’accusé est une mesure de précaution justifiée et qui rend honneur à la parole des femmes. Quand la parole des femmes a été entendue et jugée insuffisante (et non mensongère. Là c’est vous qui interprétez, sauf élément factuel, dans le jugement il n’a pas été dit que ces femmes ont menti. La « présomption de mensonge » n’existe pas. On peut mentir, même en étant une femme, on peut aussi être confuse, ou le plus souvent dire la vérité et ne pas avoir de preuves), le doute profite à l’accusé (un des grands principes de la justice) et voilà. Oui c’est dur, oui il faut plus de moyen pour des enquêtes sérieuses, moins d’impunité, plus d’écoute. Et ne pas investir un candidat effectivement condamné pour violences conjugales (même si oui, ça aussi ça n’est pas toujours aussi simple). Le jour où une femme sera accusée de harcèlement ou de viol et l’affaire classée sans suite faute de preuves, ce sera normal aussi.

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