Accueil Politique & SociétéÉducation Obama veut l’école pour tous à 4 ans

Obama veut l’école pour tous à 4 ans

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motherandchildAujourd’hui, moins de 30% des enfants de 4 ans aux États-Unis ont accès à une éducation « de qualité ».


C’était une annonce surprise de Barack Obama dans son discours sur l’état de l’Union, mardi 12 janvier : garantir aux enfants une pré-scolarisation dès 4 ans. Le président des États-Unis l’a confirmé jeudi, lors d’un discours dans une école de l’État de Géorgie :« Nous devons pouvoir donner à chaque Américain la chance d’acquérir les compétences et l’éducation nécessaires pour faire face à un marché du travail de plus en plus compétitif… [et] cette éducation doit commencer dès le plus jeune âge ».

« Toutes les études montrent que, plus tôt un enfant commence à apprendre, mieux il ou elle réussira dans la vie. Mais aujourd’hui, nous ne faisons pas assez pour donner cette chance à tous nos enfants », a poursuivi le président.

De fait, les statistiques sur l’éducation des jeunes enfants aux États-Unis sont saisissantes. Moins de 30% des enfants de 4 ans ont accès à une éducation dite « de qualité ». Selon ce critère, l’OCDE classe les États-Unis au 28ème rang sur les 38 pays les plus développés.

Seuls 5 des 50 États américains – dont la Géorgie – font de la scolarisation de tous les enfants dès l’âge de 4 ans une priorité. Selon les détails du plan dévoilés mercredi par la Maison Blanche, Barack Obama propose que le gouvernement fédéral subventionne les États pour qu’ils assurent la scolarisation de tous les enfants de familles à revenus faibles et modérés.

« Aux États-Unis, nous n’avons pas de vrai système pour le développement de la petite enfance, contrairement à ce dont on dispose pour l’enseignement primaire et secondaire. Cela doit être une priorité nationale », souligne Adele Robinson, de l’Association nationale pour l’éducation des jeunes enfants (NAEYC). Elle souligne par ailleurs d’autres défauts de la politique liée à la petite enfance : « Pour six enfants susceptibles de bénéficier d’allocations de garde, une seule est accordée. C’est pourtant le seul moyen pour de nombreux parents d’avoir un travail stable ».

Elle pointe de même les ratés du programme fédéral appelé Early Head Start, destiné à soutenir la santé et le développement des jeunes enfants dans les familles les plus en difficulté. Selon Adele Robinson, ce programme ne touche que 3% des enfants éligibles. Barack Obama promet également de renforcer ce programme.

Long ou court terme

Depuis des années des experts s’inquiètent de cette faiblesse du système éducatif US. Alors que les questions de dette publique et d’austérité occupent le débat politique, ils espèrent que les parlementaires entendront l’argument économique qui plaide en faveur de la scolarisation précoce.

De fait, les preuves à cet égard sont internationales. « Il est plus efficace économiquement de mettre en place des mesures en faveur des enfants dès le plus jeune âge que de compenser les désavantages une fois qu’ils auront grandi », soulignait en 2007 un rapport des Nations Unies. « Investir [dans l’éducation pré-scolaire] produit des bénéfices économiques très élevés, en réduisant les discriminations et les inégalités, notamment pour les enfants des familles pauvres ».

Comme d’autres spécialistes, Adele Robinson se dit « très heureuse » des propositions de Barack Obama. « Nous savons déjà comment corriger les écarts de réussite scolaire – et nous ne devons plus attendre », insiste-t-elle. « En développant l’accès à des programmes de qualité, nous aidons les enfants dès aujourd’hui et nous gagnons de l’argent pour demain ».

Selon le Fonds de Prévention Ounce, un lobby pro-éducatif, « les plus grands défis posés à notre pays – du taux de criminalité à la compétition économique mondiale, en passant par les dépenses de santé – ne pourront être relevés qu’en prenant en compte le développement de tous nos enfants, dès la naissance ».

1 dollar dans l’éducation = 7 dollars économisés à long terme

Selon les études de ce groupe, les inégalités en matière de réussite scolaire peuvent s’enraciner dès l’âge de 9 mois. Et leurs effets sont là pour des décennies. Par exemple, des enfants issus de milieux « à risque » et qui ne bénéficient pas d’une pré-scolarisation de qualité ont 25% de risque en plus d’abandonner l’école, et 60% de risque en plus de ne pas aller à l’université. Et même 70% d’être arrêtés pour un crime violent.

« Et nous en payons tous le prix. Chaque dollar que nous investissons dans l’éducation pré-scolaire permet d’économiser 7 dollars à long terme », a insisté Barack Obama jeudi.

Mais malgré cela, les élus du Congrès US ont déjà commencé à dénoncer le coût faramineux, à court terme, du projet du président. Selon les premières estimations, il pourrait s’élever à au moins 10 milliards de dollars annuels, bien que Barack Obama ait assuré dans son discours sur l’État de l’Union qu’aucune de ses nouvelles mesures ne viendrait gonfler la dette fédérale.

Et des Républicains ont déjà exprimé leur opposition : mercredi, le président de la Chambre des représentants, John Boehner, a estimé que l’implication du gouvernement fédéral dans l’éducation pré-scolaire était « la meilleure manière de la foutre en l’air ».

© 2013 IPS-Inter Press Service

 

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Photo © Kristin Palitza/IPS

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