Accueil L'édito On se lève et on prend la place !

On se lève et on prend la place !

par Isabelle Germain

« On se lève et on se barre » a écrit Virginie Despentes après la tumultueuse soirée des César. Pour une société d’égalité des sexes, mieux vaut imposer la parité dans tous les lieux de pouvoir. On se lève et on prend la place!

Après la mémorable cérémonie des César, les coups pleuvent, parfois très bas. Alors que le 7ème art commençait à se remettre en question avec la démission de la direction de l’Académie des Césars, les récompenses ont célébré une énième victoire de l’entre-soi masculin.

Le lendemain, en référence à la sortie magistrale d’Adèle Haenel suivie de plusieurs personnes, Virginie Despentes publiait une longue tribune intitulée : «Désormais, on se lève et on se barre». Alors une rage s’est exprimée  contre Haenel, contre Foresti, contre Despentes. Rage teintée de mépris quand l’acteur Lambert Wilson dit que « ces gens sont minuscules » ou lorsque  Beigbeder parle au micro d’Europe1 d’ « une meute de hyènes en roue libre ». Ils défendent avec ardeur le « male gaze » qui consiste à imposer un regard d’homme dominant sur la société en confisquant tous les lieux de pouvoir et de parole publique. Les féministes avaient ouvert une brèche en faisant avancer l’idée qu’il ne fallait « pas d’honneur pour les violeurs. » Cette poignée d’hommes dominants a voulu reprendre la main. Ils ne sont pas nombreux -Beaucoup d’hommes, comme l’acteur Gérard Lanvin, ont donné raison aux femmes- mais ils sont aux manettes du pouvoir.

« Une bonne Omerta, carrière morte »

Illustration de cette mécanique de domination, un directeur de casting Olivier Carbonne, (présenté par Le Parisien, en 2010, comme « l’un des directeurs de casting les plus prisés » du cinéma français) a violemment attaqué Adèle Haenel sur Facebook, lui promettant « une bonne Omerta, carrière morte bien méritée » (avant d’effacer son message). Il décrit ainsi l’art du male gaze. Car si, dans le mouvement #MeToo,  quelques actrices ont pu dénoncer des agresseurs, on a oublié les très nombreuses femmes qui ont vu leur carrière finie parce qu’elles ont dit « non » ou ont tenté de dénoncer leurs agresseurs. Adèle Haenel a d’ailleurs dit elle-même, qu’elle pouvait se permettre de parler parce que  sa carrière et sa situation financière lui donnaient cette liberté. Et cette omerta difficile à percer ne vaut pas seulement dans le milieu du cinéma. Elle existe en politique, en entreprise ou dans le milieu du sport.

Se lever et se barrer ? Oui sans doute pour éviter les coups. Les journaux spécialisés dans le cinéma ont  appris qu’Adèle Haenel avait signé, début février, un contrat avec la plus grosse agence d’artistes à Hollywood, Creative Artists Agency (agence qui s’occupe notamment de George Clooney, Scarlett Johansson ou Beyoncé). 

Mais il ne faut pas seulement se lever et se barrer, il faut que les adversaires du male gaze se lèvent et prennent la place dans les lieux de pouvoir et dans les instances de consécration qui décident des financements de film et des honneurs. Et c’est particulièrement important dans l’univers du cinéma qui forge un inconscient collectif sexiste ou non selon les réalisateurs et réalisatrices dont les films sont encensés ou pas.

Un des déclics de la démission de l’Académie des César a été le refus d’accueillir Virginie Despentes et la réalisatrice Claire Denis, lors du dîner des Révélations, comme marraine de jeunes talents . Elles ne faisaient pas partie du sérail. Leur présence dans ces instances renouvelées serait bienvenue… On se lève et on prend la place !

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire