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L’ONU chiffre la culture du viol en Asie du Sud-Est

par Arnaud Bihel

Dans cette région, au moins 25% des hommes reconnaissent des violences physiques ou sexuelles au sein du couple. Près d’un sur 10 a commis un viol hors du couple.


 

C’est une étude d’une ampleur jamais égalée. Avec des résultats effrayants. Une enquête menée sous l’égide de l’ONU auprès de 10 000 hommes en Asie du Sud-Est1 montre un taux de prévalence des viols – et des violences conjugales – particulièrement élevé. Des premiers chiffres en avaient été révélés en mars dernier (Voir : Asie/Pacifique : un homme sur deux violent).

Publiés mardi 10 septembre dans la revue The Lancet, les résultats définitifs de l’enquête montrent que le taux de viols commis en dehors du couple varie entre 4% (Bangladesh urbain) et 41% (dans l’île de Bougainville en Papouasie Nouvelle-Guinée). Et se situe globalement entre 6% et 8%. Plus de la moitié des hommes ont commis leur premier viol à l’adolescence.

Le viol d’hommes par des hommes n’est pas si anodin : le taux moyen est de 3%.

Violences conjugales

Le taux de viols sur des « partenaires intimes » apparaît plus élevé que dans tous les pays : il s’élève en moyenne à 24%. Par ailleurs, deux tiers des hommes qui ont violé un(e) non-partenaire ont aussi violé leur partenaire.

Un autre volet de l’enquête a pris en compte les violences – sexuelles ou physiques – commises contre la partenaire. Et les chiffres s’envolent. Entre 25% (dans l’Indonésie rurale) et 80% des répondants (à Bougainville) ont reconnu des violences.

En juin dernier, un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) faisait observer que plus d’un tiers des femmes dans le monde connaissent des violences physiques ou sexuelles. Un phénomène « d’ampleur épidémique », s’inquiétait l’OMS.

Culture masculine de la performance

L’enquête, établie à partir d’entretiens en face à face, permet par ailleurs d’éclairer, en partie, les raisons qui poussent à violer. Les hommes interrogés ont invoqué en premier lieu « le droit à la sexualité, la recherche de distraction, et la punition ».

Mais les raisons, note le rapport, incluent aussi « la pauvreté, l’expérience personnelle de victime (particulièrement dans l’enfance), l’abus d’alcool » ainsi qu’« une masculinité qui insiste sur la performance hétérosexuelle » et une volonté de « dominer les femmes ».

Selon les auteurs du rapport, la prévention doit donc prioritairement prendre en compte « les normes masculines et les relations de pouvoir enracinées dans la culture, les abus sexuels dans l’enfance et la pauvreté ».

 


1 L’étude a porté sur 9 zones sélectionnées, rurales et urbaines, dans 6 pays d’Asie du Sud-Est : Bangladesh, Chine, Cambodge, Indonésie, Papouasie Nouvelle-Guinée et Sri Lanka.

 

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