Alors que la mission d’information parlementaire sur le port du voile intégral terminait ses auditions, il y avait une chaude ambiance à Sciences Po Paris le vendredi 11 décembre. Les universités populaires de « Ni putes ni soumises » s’ouvraient sur un débat miné de confusions.
Alors les femmes de la tribune ont martelé, répété, expliqué : non, refuser le voile ce n’est pas stigmatiser une religion, d’ailleurs les textes religieux n’en parlent pas. Ce n’est pas non plus faire le jeu de l’extrême droite. « Nous devons nous battre contre ceux qui veulent nous enfermer dans un bout de tissu mais aussi contre ceux qui s’en fichent », résumait Sihem Habchi, présidente de NPNS. Arguments clés à la veille d’un débat au Parlement ce jeudi et interview de Nicole Ameline, membre de la commission.
Il faut penser à celles qui ne portent pas encore le voile mais subissent des pressions
Elisabeth Badinter, philosophe. « Peu m‘importe qu’il y en ait 350, mille ou plus en France. Il faut penser à toutes les autres femmes, celles qui ne portent pas le voile aujourd’hui mais pourraient être conduites à l’enfermement. Je pense à celles qui risquent de se faire agresser si leur tenue vestimentaire ou leur comportement ne plaît pas. Au mieux on leur dira : la solution c’est le voile. Accepter la burqa, c’est rendre la vie impossible aux jeunes filles des cités. Je ne veux pas que dans deux ans on regrette de n’avoir rien fait. Et je récuse l’idée selon laquelle dire non à la burqa serait de l’islamophobie. »
Il n’y a pas de choix avec la burqa
Amal Basha, personnalité politique au Yémen (la Croix rouge internationale, les Nations Unies), fondatrice de Sister Arabic Forum for Human Rights, refuse de porter le voile dans son pays où 99% des femmes portent le niqab. Un jour, elle sortait du tribunal, un homme lui a jeté de l’eau au visage. « Plus souvent c’est de l’acide que reçoivent les femmes non voilées », rappelle-t-elle. « Personne n’arrivera à me convaincre que la burqa est un choix libre de la femme musulmane. Il n’y a pas de choix avec la burqa. »
La clé du problème est entre les mains des Musulmans européens silencieux
Wassila Tamzali, a été avocate à Alger puis directrice des droits des femmes à l’Unesco. Elle publie Une femme en colère – Lettre d’Alger aux Européens désabusés (Gallimard). « On met les femmes dans des situations inextricables en France et en Europe. Pour maintenir la paix, les gouvernements laissent s’installer l’islamisme dans les systèmes en place et ce sont les femmes qui en paient le prix. On a beau tirer les sonnettes d’alarmes du relativisme culturel, ça continue. Je ne crois pas à un islamisme moderne ou modéré, ce sont des concepts faits pour endormir. »
« La clé du problème aujourd’hui est entre les mains des Musulmans européens silencieux. Ils ne doivent pas avoir peur d’être traités de mauvais musulmans s’ils s’opposent à la burqa. Cette intelligentsia de musulmans modérés doit descendre dans la rue et clamer haut et fort que la burqa est indigne de leur conscience moderne de musulmans. »
Dans les lieux saints le voile est interdit
Lubna Ahmad Al-Hussein journaliste soudanaise, auteure de 40 coups de fouet pour un pantalon (Plon). « Le voile intégral ne figure pas dans les textes religieux. Dans les lieux saints le voile est interdit. A la Mecque, les femmes ne doivent pas être voilées. Si la burqa est interdite sur ces lieux pourquoi ne pourrait-on pas l’interdire en France ? »
Ne pas tolérer l’intolérable au nom de la tolérance
Giulana Sgrena, journaliste italienne, spécialiste du monde arabe. Auteure de Le prix du voile. « En refusant d’interdire le voile par peur de stigmatiser une communauté, la gauche tolère ce qui n’est pas tolérable. Au nom de la tolérance, on ne doit pas tolérer l’intolérable. »
Tolérer le voile islamique est du racisme
Michèle Vianes, présidente de Regards de femme, auteure de Un voile sur la République.
« Tolérer le voile islamique sous prétexte que les femmes ou fillettes qui le portent sont de confession ou de filiation musulmane est du racisme. Le relativisme culturel est bien du racisme, puisque cette argutie est utilisée pour interdire à des personnes d’avoir accès aux principes universels de dignité et de droit humain, sous prétexte que dans leur pays de naissance ou d’origine familiale, ces principes ne sont pas respectés. »
Trois questions à Nicole Ameline, ancienne ministre des Droits des femmes et membre de la commission parlementaire.
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