Accueil CultureCinéma Palmarès cannois : soleils divers

Palmarès cannois : soleils divers

par Arnaud Bihel

Le jury du 67ème festival de Cannes a couronné le turc Nuri Bilge Ceylan pour Sommeil d’hiver. Commentaires sur le Palmarès, regrets éternels pour une grande oubliée – la Japonaise Naomi Kawase – et éloge de la jeunesse. Par Valérie Ganne de retour de la Croisette.

Winter

Image du film « Winter Sleep »

Je ne commenterai pas la Palme d’or de ce 67ème festival, Sommeil d’hiver pour la simple raison que je n’ai pas vu le vainqueur : une heure et demi de queue pour à la projection d’un film durant 3 heures et 18 minutes est malheureusement parfois mission impossible dans un emploi du temps cannois. En revanche en attendant sa sortie (prévue pour août) vous pouvez découvrir le précédent film de son réalisateur, le turc Nuri Bilge Ceylan jusqu’au 28 mai sur petit écran (Arte+7) : « Il était une fois en Anatolie », pur chef d’œuvre, était reparti de Cannes en 2011 avec le grand prix du jury. Flânez sur Internet et Twitter, lisez la presse, écoutez la radio pour en savoir davantage sur Sommeil d’hiver/Winter Sleep (bande-annonce ici). Personnellement j’aime bien ce tweet d’un certain NicoPrat : « C’est bien Winter Sleep ? Il paraît que Ceylan. » Bon d’accord la blague est facile mais pas moins savoureuse…

Pour le reste, ce Palmarès du jury présidé par Jane Campion offre quelques déceptions et des choix réjouissants.

Mères magnifiques

Le prix du scénario à été attribué à Léviathan réalisé par Andreï Zviaguintsev et coécrit avec Oleg Negin : une histoire russe désespérée, alcoolisée, dénonçant un Etat définitivement corrompu avec un humour des plus triste.

Les Merveilles, couronné par le Grand Prix, était le seul film italien de la sélection, réalisé par une trentenaire nommée Alice Rohrwacher. Une jolie parenthèse de quelques jours dans la vie d’une adolescente et de sa famille d’apiculteurs un peu en marge.

Moore

Julianne Moore dans « Maps to the Stars » © Daniel McFadden

Le prix d’interprétation à Julianne Moore dans Maps to the Stars est plus que mérité d’autant qu’il est raflé à la chouchoute de la presse, Marion Cotillard.

Mais il aurait aussi bien pu être attribué à deux personnages de mères magnifiques : Anne Dorval et Suzanne Clément dans Mommy de Xavier Dolan qui partage son Prix du jury avec Jean-Luc Godard. Clin d’œil à un gamin surdoué de presque 60 ans plus jeune que son aîné franco-suisse !

Mommy est un film inventif, émouvant, épatant et épuisant comme deux de ses héros, une mère hors normes et son fils sans nuance, violent dans l’amour comme dans la haine.

Still the Water, merveille injustement oubliée

Kawase

Naomi KAWASE © Keiko NOMURA

Mais Still the Water (Deux fenêtres, en VF) de Naomi Kawase nous offrait davantage : une vision magnifique de la transmission à travers deux mères qui ne se croiseront jamais au cours du film. L’une est confrontée à un ado mutique qu’elle élève seule, l’autre accompagne sa fille dans le plus difficile des apprentissages : l’acceptation de la mort. Nourri par la nature et la mer (sans e) toute puissante, ce magnifique film a été tourné dans l’île d’Amami. Comme l’a découvert Naomi Kawase, adoptée enfant, sa famille d’origine est originaire de cette île paradisiaque.

Une œuvre magique, mystique, contemplative, dont on sort meilleur : injustement oubliée donc.

Sacrée jeunesse

Pour finir sur une note positive parlons de trois premiers films qui ont marqué la Croisette.

Tout d’abord la Caméra d’Or, meilleur premier film toutes sélections confondues (choisie par un autre jury), a été attribuée à Party Girl signé par un trio de choc : Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. Ce film a également reçu le « prix d’ensemble » du jury de sa sélection Un Certain Regard. À défaut de comprendre ce que peut bien signifier « prix d’ensemble », on peut supposer que ce qui est récompensé ici c’est la réussite d’un pari culotté. En effet, Party Girl, s’appelait Angélique du nom de l’héroïne, une entraîneuse de cabaret de Forbach, actrice non professionnelle et mère d’un des trois réalisateurs, Samuel Theis. Elle brillait déjà de tous les feux de sa soixantaine “made in Lorraine” dans leur précédent court métrage, “Forbach”. Un beau (et un vrai) personnage de femme et de mère.

Tribe

Image du film « The Tribe »

The Tribe est une bombe : ce film ukrainien en langue des signes non sous-titré – qu’on comprend pourtant très vite – a reçu trois prix dans la section parallèle de la Semaine de la Critique. Un garçon débarquant dans un orphelinat tombe amoureux d’une des pensionnaires, prostituée par d’autres. Loi de la jungle, violence, mépris des femmes, le film de Myroslav Slaboshpytskiy est silencieux et terrifiant.

Dans un autre registre, drôle et émouvant, mais décrivant aussi la naissance d’un couple, Les Combattants de Thomas Cailley, a enchanté la Quinzaine des Réalisateurs (Voir aussi : L’autre Adèle de Cannes). Le réalisateur ne s’attendait certainement pas à rafler les trois prix de cette sélection non compétitive.

De retour de Cannes, on retiendra donc le talent de cette jeunesse. En matière de cinéma, qu’elle vienne du Québec, d’Ukraine ou de France, la relève est là !

 

Les autres articles de Valérie Ganne au Festival de Cannes 2014 :

L’autre Adèle de Cannes

Ouest extrême

48 heures pour revivre

Films de femmes : à Cannes, chiffres et œuvres choc

 

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