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Palmarès de l’égalité en ville : Rennes n° 1 et beaucoup de silences

par Isabelle Germain
rennes256

Rennes (par Local.fr)

Notre premier palmarès des villes françaises les plus engagées pour l’égalité femmes/hommes publié à l’occasion du colloque « Le sexe de la ville » le 7 mars, en dit plus par ses silences que par ses réponses. Rennes se distingue.

La plupart des grandes villes françaises ont signé la Charte européenne de l’égalité femmes/hommes. Et pourtant, nombre de questions sur les engagements pris dans ce texte sont restées sans réponse. Notre questionnaire, fortement inspiré de cette charte, a été adressé aux 50 plus grandes villes de France hors Paris – car la capitale, qui est aussi un département, dispose de moyens différents.

Notre édito :
Le sexe de la ville,
question politique

 Couv Le sexe de la ville 150

Notre magazine papier

Les premières à nous répondre sont aussi les villes qui figurent parmi les plus en avance sur le sujet. Les autres ne disposent pas de données sur les inégalités sexuées ou ne les communiquent pas. Difficile dans ces conditions de les combattre. Ce qui n’est pas compté ne compte pas. Ne pas compter le nombre d’hommes et de femmes, de filles et de garçons licenciés dans des clubs sportifs bénéficiant de subventions de la ville par exemple permet d’ignorer des injustices et la perpétuation de stéréotypes.

Des intentions plus que des actes

Ce palmarès est donc une première édition que nous voulons renouveler chaque année pour mesurer les progrès. Si la moisson d’informations n’est pas très riche cette fois-ci, elle est en tout cas instructive et révélatrice d’un faible intérêt des plus hautes instances pour le sujet. Cependant, plusieurs villes nous ont communiqué des plans d’action très complets qui doivent être mis en place cette année et comprennent tout ce que la charte préconise. Restera à voir, dans notre édition 2016, si les actes auront suivi.

Sur 50 villes sollicitées, 13 seulement nous ont répondu malgré nos relances. Et nous remercions celles qui ont joué le jeu. Des pionnières sans doute. Rennes est la ville numéro 1 de notre palmarès (Lire ci-dessous l’interview de la Maire de Rennes, Nathalie Appéré). Parce qu’elle a pu répondre à presque toutes les questions, parce qu’elle est la seule ville parmi les 50 plus grandes de France à avoir le label égalité. Suit un groupe de villes prenant des initiatives positives. Mais ces initiatives sont très diverses et ne permettent pas d’entrevoir un mouvement de fond.

Nos questions portaient d’abord sur l’équipe municipale et le personnel municipal. Grâce à la loi sur la parité en politique les équipes sont mixtes mais les portefeuilles souvent stéréotypés : aux hommes les finances et la voirie, aux femmes la petite enfance et le handicap. Cependant les villes dans lesquelles ces attributions sont fortement stéréotypées ne sont pas forcément les pires par ailleurs. Toulouse ou Villeurbanne ont par exemple des équipes très stéréotypées mais se rattrapent ensuite en ayant une forte proportion d’élues femmes au sein de la communauté de communes dont elles font partie. 43% pour Toulouse et 47% pour Villeurbanne. De son côté, Saint Etienne a une équipe municipale peu stéréotypée mais côté élus dans la communauté de communes, la ville compte un peu moins de 4% de femmes. Ce qui ne fait pas, néanmoins, de cette ville le cancre de l’égalité puisqu’elle se rattrape sur d’autres points par ailleurs.

Budgets favorables aux hommes

Une deuxième série de questions portait sur les budgets alloués spécifiquement aux actions en faveur des droits des femmes et de l’égalité entre femmes et hommes. Là encore, difficile de départager les communes. Ces budgets tournent autour de 0,03% du budget total de la ville et portent sur des actions lors de la journée des droits des femmes, des aides à des associations. S’y ajoutent d’autres actions pas toujours comptées dans ce budget : financements de centres d’accueil de femmes victimes de violence, information contraception. Un gros centre de coût signalé est l’accueil de la petite enfance. Dans les villes qui nous ont répondu, le nombre d’enfants de moins de 3 ans ayant une place en crèche municipale est supérieur à la moyenne nationale qui est de 15%. Grosse marge de progrès là aussi. Certaines villes mettent dans ce budget des formations aux stéréotypes de genre et, justement, au « gender budgeting » (budgétisation sensible au genre).

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Formations nécessaires. Car lorsqu’on aborde cette série de questions, dans beaucoup de mairies on entre en terra incognita. La question « dans le total des licencié.e.s des clubs sportifs subventionnés, quelle est la répartition femmes/hommes? » trouve 5 réponses, sur 12. Allant de 64% d’hommes à Brest à 69% à Rouen. Et ce n’est pas si mal… Sur les équipements sportifs publics (terrains de sport, skate parks, …) ou culturels ou encore les maisons de quartier, les villes ont très peu de données sexuées. La ville de Courbevoie se distingue par des chiffres indiquant que les femmes sont très largement majoritaires dans les bibliothèques et médiathèques (63%) ou salles d’exposition (65%). Mais ne dispose pas de chiffres sur les équipements sportifs publics (terrains de sport, skate parks, …) ou maisons de quartiers. Dans la plupart des villes, les bibliothèques sont majoritairement fréquentées par la gent féminine. Seule Rennes donne avec une infinie précision les chiffres de fréquentation de ses centres de loisir municipaux (F : 48,57%, H : 51,43%)

Sur la question des transports en commun, l’adaptation des horaires en fonction des besoins exprimés des femmes est rare car nombre de communes ne leur ont pas demandé de s’exprimer. Beaucoup de villes signalent des efforts particuliers sur l’adaptation des transports aux poussettes par exemple. Mais on est loin du compte.

Enfin l’invisibilité des femmes sur les noms de rue n’est plus tout à fait de mise. La proportion de femmes ayant donné leur nom à une rue ces cinq dernières années est partout supérieure à la proportion antérieure à ces cinq ans, même si on est très loin de la parité. Un progrès symbolique annonciateur d’un progrès tout court ?

 Palmarès villes

 

 

« Un mot d’ordre : prendre la parole et agir »,
Nathalie Appéré, Maire de Rennes

Nathalie Appéré

Nathalie Appéré (D Gouray Rennes Métropole)

      LNN : La question de l’égalité hommes femmes est-elle prise en compte de façon transverse dans la politique municipale ?

L’engagement pour le droit des femmes, c’est un fil rouge dans toutes nos politiques, des crèches aux écoles, de la rénovation des quartiers à la lutte contre les discriminations. Sous l’impulsion d’Edmond Hervé, Rennes s’est saisie, très tôt de l’égalité des temps. Avec des résultats concrets, par exemple, pour que les agents d’entretien puissent avoir des horaires de travail en journée. Nous avons été aussi la première ville à recevoir le label Égalité professionnelle de l’AFNOR et nous avons été signataire de la première heure de la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale.

LNN : Quelles sont vos priorités pour avancer sur ce sujet ?

L’égalité femmes-hommes se construit au plus près des réalités quotidiennes. C’est pour cela que nous allons expérimenter des marches exploratoires de femmes, pour penser la rénovation des quartiers à partir du vécu des femmes. Une initiative impulsée par Pascale Boistard, la secrétaire d’État chargée des droits des femmes. L’égalité se construit aussi dans les esprits. Nous voyons aujourd’hui le retour d’un discours anti-féministe. Cela renforce notre détermination à informer, sensibiliser, fédérer les énergies. Depuis 20 ans, Rennes célèbre la journée internationale des femmes. Cette année, une fois encore, le 8 mars durera un mois, avec plus de 40 évènements partout dans la ville.

LNN : Qu’est-ce qui fonctionne bien aujourd’hui ?

Au sein de notre administration, nous sommes parvenus à déprécariser les postes les moins qualifiés, ceux occupés essentiellement par des femmes, et à rendre certains métiers plus mixtes. Nous avons aussi beaucoup travaillé, avec les associations, pour faire entendre la voix des femmes, lutter contre les stéréotypes, prévenir les violences sexistes et sexuelles… Mais la route de l’égalité est encore longue. Chacun, quel que soit son engagement, quelles que soient ses responsabilités, doit « prendre la parole et agir ». C’est le mot d’ordre de ce 8 mars.

 

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3 commentaires

3 commentaires

Lili 8 mars 2015 - 13:29

… qui montre le chemin qui reste à faire !!!!

Je n’en reviens pas qu’il n’y ait même pas de statistiques sur le sexe des pratiquants sportifs… La plupart des clubs le savent,et peuvent le savoir très facilement, alors soient ils ne le communiquent pas aux mairies, soient elles ne le leur demandent même pas. Et j’espère que Rennes donnera des idées à d’autres !!!

Pour une prochaine, essayez de demander le genre des élèves de conservatoires et écoles de musique. Financés eux aussi par les mairies, hauts lieux de stéréotypes en tout genre (si on peut dire), et peu soucieux du sujet, ils sont en plus en train de perdre leurs subsides pour cause de restrictions budgétaires. Coupe-t-on les vivres à une activité plutôt « féminisée » (ce qui est mon hypothèse mais je n’ai pas de stats..) ou « masculine »?

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Sexisme, harcèlement de rue, mixité : les femmes à la reconquête de l’espace public - Bonne Info 8 mars 2017 - 15:42

[…] et femmes. A l’occasion de l’édition 2015 de la journée internationale des droits des femmes, la ville est même arrivée en tête du palmarès, publié par le site Les Nouvelles News, des grand…, à l’exception de […]

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Sexisme, harcèlement de rue, mixité : les femmes à la reconquête de l’espace public – Génie 19 mai 2017 - 21:17

[…] et femmes. A l’occasion de l’édition 2015 de la journée internationale des droits des femmes, la ville est même arrivée en tête du palmarès, publié par le site Les Nouvelles News, des grand…, à l’exception de […]

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