Accueil CultureCinéma « Papicha » : liberté à tout prix en Algérie

« Papicha » : liberté à tout prix en Algérie

par Valérie Ganne

Mounia Meddour revient sur les années noires algériennes à travers le portrait d’une jeune fille rebelle.

Dans l’Algérie des années 90, petit à petit l’étau se resserre autour des femmes : les fondamentalistes les veulent cachées de la tête aux pieds sous un haïk (voile blanc traditionnel). Leur menace est claire : « couvre-toi avant qu’un linceul ne le fasse ». Une « papicha » c’est une jolie algéroise libérée, comme Nedjma et ses amies, étudiantes dans leur internat qui devient paradoxalement un espace de liberté. Le groupe est filmé par la cinéaste au plus près, avec vivacité, sensualité et humour. Mais l’oppression est croissante. Dehors, certaines sont assassinées, des patrouilles de femmes en hidjab n’hésitent pas à entrer dans la cité universitaire.
Or Nedjma a pour passion et talent la couture. Résistant aux extrémistes, elle va décider de transformer les haïks en robes et de faire défiler ses amies. Cette belle idée de scénario illustre la manière dont l’être humain peut défier la censure sans céder à la peur.
Ce premier film s’inscrit en beauté dans une vague de cinéma arabe porté par des femmes qui se déploie depuis cinq ans (« Wadjda » pour l’Arabie Saoudite, « La belle et la meute » ou « A peine j’ouvre les yeux » pour la Tunisie en sont quelques exemples). Mounia Meddour a grandi dans l’Algérie de ces années noires et a été obligée de s’exiler avec ses parents à 18 ans. Ce que son héroïne refuse de faire. Elle lui offre ainsi un destin au courage rare.

« Papicha » de Mounia Meddour (France Algérie,Belgique) avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Zahra Doumandji. Sortie le 9 octobre 2019 .

Ce qu’en dit la réalisatrice :
« Tout ce que vivent les filles dans la cité universitaire, c’était bien le quotidien d’étudiantes algéroises à la fin des années 90. Y compris le mien. »
« En discutant avec Lyna Khoudri (qui incarne Nedjma), j’ai découvert que son histoire personnelle était proche de la mienne. Son papa était journaliste et sa famille a dû fuir l’Algérie dans les années 90. Elle a dû tout reconstruire comme moi. Je n’aurais pas pu trouver une comédienne qui comprenne mieux le personnage de Nedjma. »

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