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Paris Air Forum entre hommes : « Où est la mixité, qui devrait être la règle ? »

par Arnaud Bihel
Paris Air Forum

Paris Air ForumUn Forum international consacré à l’aéronautique laisse les femmes de côté. Deux entrepreneur.e.s militant.e.s de la mixité interpellent les organisateurs, les intervenants… et François Hollande.


 

« Comment peut-on concevoir aujourd’hui un événement en excluant les femmes ? Surtout quand on se veut une référence internationale ». Sandy Beky et Nicolas Antonini ne décolèrent pas. Depuis une semaine, ces deux entrepreneur.e.s mènent la fronde sur les réseaux sociaux après avoir pris connaissance de la première liste des intervenants au Paris Air Forum : 50 hommes, aucune femme, pour ce rendez-vous international consacré à l’aéronautique qui se tiendra le 21 juin.

Voir : Avec des ailes, et sans elles

C’est Sandy Beky, alertée par Aline Aubertin, présidente de l’association Femmes Ingénieurs, qui a sonné la charge le 25 mai. Depuis, les réactions se multiplient sur Twitter. « Je ne m’attendais pas forcément à une telle vague de réactions, parce que ça n’est pas le premier forum de ce genre. Mais si la communauté Twitter s’est autant mobilisée c’est parce que, même si l’aéronautique n’est pas forcément un secteur féminisé, aucune femme sur 50 speakers, le ratio est choquant », commente Sandy Beky. Pour autant, « si la mobilisation est là, elle n’est pas suffisante », déplore-t-elle. « Cela ne fait pas assez de bruit », renchérit Nicolas Antonini. La pétition lancée sur Change.org peine d’ailleurs à décoller.

Les deux militant.e.s de la mixité jugent aussi trop faible la réaction des premiers concernés. En premier lieu le principal organisateur, le journal économique La Tribune. Interpellés, ses responsables ont répondu d’abord en expliquant que les intervenants sont en premier lieu des PDG, présidents ou directeurs d’entreprises, et donc que les femmes y sont rares.

« C’est en effet la conséquence d’années et d’années de plafond de verre, qui a empêché les femmes d’accéder au sommet des postes de direction. Pour autant, le thème central de ce forum, c’est la ‘génération innovation’. Est-ce que les dirigeants sont les seuls à pouvoir s’exprimer sur ce thème ? », interroge Sandy Beky. Qui pointe aussi du doigt la responsabilité de ces derniers :

« Il est choquant que parmi toutes ces entreprises qui ont des engagements en faveur de la diversité, et bien que nous les ayons interpellés, aucun des PDG n’a pris l’initiative de dire : ‘Je vais me faire représenter par une femme de ma société qui sera tout à fait en capacité de prendre la parole sur le sujet’. Elles existent ! » Nicolas Antonini renchérit : « Au-delà de l’organisation même, il y a 54 hommes qui occupent des postes élevés et qui ne sont pas capables de se dire : ‘S’il n’y a pas de femme, je n’y vais pas’ ».

En ligne lire également : le gouvernement et François Hollande directement, qui a accordé son « haut patronage » au Forum. Inconcevable, pour les deux militant.e.s de la mixité, qui appellent le chef de l’Etat à retirer sa caution. « Il ne peut pas mettre en avant le fait que le gouvernement est le premier de l’Histoire à être paritaire et cautionner l’oubli des femmes dans un événement de cette dimension ».

Nombreuses propositions

Sur Twitter, Sandy Beky et Nicolas Antonini ne se sont pas contenté.e.s de dénoncer. Il et elle ont aussi appelé des femmes concernées à se proposer comme intervenantes au Paris Air Forum.

 

Une quinzaine de noms sont ainsi sortis du chapeau. Comme Ghislaine Doukhan, directrice exécutive de Safran Analytics, Odile Jubecourt, directrice du programme A 330neo d’Airbus, Chantal Fualdes, responsable certification structures des programmes d’Airbus, ou Anne Bouverot, présidente de Morpho. Elle est la seule, à ce jour, à figurer sur le programme qui s’est étoffé depuis la semaine précédente. Avec désormais 55 participants… dont 54 hommes. « On a gagné une femme… pour quatre messieurs supplémentaires », ironise Nicolas Antonini.

Autre explication livrée par La Tribune : des femmes ont été invitées mais n’avaient pas encore confirmé leur présence à l’heure où cette première liste de 50 hommes a été publiée. Pascale Sourisse, directrice générale, Développement international du groupe Thales, ou,Nathalie Stubler, PDG de Transavia France, sont par exemple susceptibles de participer. Le programme final sera dévoilé le 8 juin.

Quoi qu’il en soit, le ratio restera désespérément faible et « le mal est déjà fait », assènent Nicolas Antonini et Sandy Beky. « On fustige souvent des entreprises parce qu’elles placent ici ou là des femmes alibi. Ici, même si on a au final 5 femmes, parmi plus de 50 hommes, où est la mixité, qui devrait être la règle aujourd’hui ? »

Au-delà des noms, il et elle espèrent un engagement concret des organisateurs : « La moindre des choses serait de revoir leur programme pour organiser une table ronde dédiée, justement, à la place des femmes – et leur absence ? – dans cette ‘génération innovation’ » qui est le thème du Forum.

« Ce qu’on essaie humblement de faire c’est aussi, au-delà, lancer un message aux événements à venir. Et insister sur le fait que, derrière la mobilisation, il faut des actions concrètes », conclut Nicolas Antonini.

 

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