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Parité, compétence et nuisance : OK, on commence quand ?  

par Isabelle Germain

Monument central de la place de la République, Paris. Allégorie de l’Égalité. Photo Coyau / Wikimedia Commons, via Wikimedia Commons

Après les paroles, très peu d’actes pour la parité. En cause, la culture du pouvoir : elles jouent la compétence, ils jouent le rapport de force.

« Égalité femme homme FDR : ’Qu’il n’y ait pas que la maman qui s’occupe des enfants’ 100% ok, on commence quand ? » : Ceci est un tweet adressé à François De Rugy, nouveau président de l’Assemblée Nationale, au soir du débat de la primaire de la gauche le 19 janvier dernier. Son auteure : l’ex-épouse du titulaire du Perchoir, Emmanuelle Bouchaud, Conseillère régionale des Pays-de-Loire et mère de leurs deux enfants. Elle réagissait aux propos de son ex, interrogé sur l’égalité femmes-hommes.

Sa question faussement ingénue laisse mesurer la distance entre les paroles et les actes d’hommes politiques prêts à tout pour gagner des voix. Quelques jours avant l’élection du président de l’Assemblée nationale, ils n’avaient pas assez de mots pour dire à quel point ils aimeraient voir une femme accéder enfin au Perchoir. Tout comme le Président de la République quelques semaines plus tôt aurait aimé voir une femme devenir Première ministre et les députés quelques femmes présidentes de groupe

Et patatras ! A mesure que la désignation de François De Rugy s’approchait, voici que ces hommes politiques commençaient à sortir les aérofreins. « Compétence » , « expérience », marmonnaient-ils pour tenter de justifier une décision déjà prise. Avec, toujours en toile de fond, la présomption d’incompétence des femmes.

Stop ! Les femmes sont compétentes. En politique comme dans la vie professionnelle. Mais elles n’imposent pas de rapport de force. Que de femmes managers, pourtant engagées dans des réseaux féminins m’ont confessé, en privé, avoir nommé des hommes parfois moins compétents que des femmes ! Mais en nommant ces hommes, elles pensaient qu’ils leur ficheraient la paix tandis que les femmes acceptent le refus de promotion sans broncher. Entre deux individus presque aussi compétents, celui qui emporte le morceau est celui qui aura affiché son pouvoir de nuisance. Un rapport de force qui rend la seule démonstration de compétences vaine. D’autant plus que cette démonstration de compétences est souvent tardive chez les femmes. Ce n’est pas seulement le jour où l’on demande le poste qu’il faut faire ce « marketing de soi », mais tout au long de sa carrière.

Et ce n’est pas facile quand on vous a gravé « le complexe de Cendrillon » dans le cortex : une « vraie » femme attend son prince, attend d’être choisie, alors qu’un « vrai » homme se montre conquérant, il roule des mécaniques avant même de postuler. Nous le voyons à chacune de nos formations « Prendre la parole pour booster sa carrière ». Pas évident de mettre à distance cet inconscient collectif. Et nous ne cessons de répéter que l’on obtient plus facilement ce que l’on demande que ce que l’on mérite. Le pouvoir, il faut aller le chercher, rappelle Catherine Coutelle.

« Il faudrait faire évoluer cette culture du pouvoir », disent en chœur nos stagiaires. Probablement. Mais cela suppose des efforts des deux côtés. Le partage du pouvoir entre femmes et hommes n’adviendra pas si les femmes se limitent à la compétence. Et si les hommes refusent de leur faire de la place. Il y a peu, un ministre canadien a proposé une solution efficace : partir pour qu’une femme puisse être nommée. Alors, on commence quand ?

 

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