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Parité : France Télévisions se pique de bonnes intentions

par vincimoz

Le groupe audiovisuel public s’engage pour « une plus juste représentation des femmes ». Avec notamment cet objectif chiffré : 30% d’expertes à l’antenne d’ici fin 2014, contre 18% aujourd’hui.


 

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Cherche femmes à l’antenne

Pour féminiser les antennes, France Télévisions se fixe des quotas. C’est une grande première, annoncée lundi 8 juillet par le président du groupe de télévision publique, lors d’un colloque interne consacré à la place des femmes à la télévision. Rémy Pfimlin promet d’« orienter tous les programmes vers une plus juste représentation des femmes ». Et deux engagements chiffrés retiennent particulièrement l’attention :

  • Considérer au moins une candidature féminine pour tout poste d’encadrement à pourvoir, avec notamment un objectif chiffré pour l’encadrement des journalistes : faire passer le taux de rédactrices en chef d’un quart en 2012 à un tiers en 2015.

  • Atteindre 30% d’expertes dans les journaux et magazines d’information au plus tard fin 2014. Il s’agit d’un « seuil significatif », et d’une première étape, assure Rémy Pfimlin. En 2011, le pourcentage d’expertes à la télévision atteignait 18%. Le rapport de la commission sur l’image des femmes dans les médias qui assénait ce chiffre avait fait beaucoup de bruit… pour rien jusque là.

Cet objectif chiffré de France Télévisions est, un an et demi après, la première réponse concrète. « L’autorégulation ne suffit pas », admet Bruno Patino, Directeur général délégué aux Programmes, aux antennes et aux développements numériques du groupe.

Six magazines seront concernées par ce quota de 30% d’expertes : « Envoyé Spécial », « Mots Croisés » et « Ce Soir ou jamais » s’ajoutent à celles qui étaient prises en compte par la Commission sur l’image des femmes dans les médias : « Complément d’enquête », « Pièces à Conviction » et « C dans l’air ». Cette dernière étant aujourd’hui encore l’étalon de la quasi-invisibilité des expertes…

Cdanslair

« Indicateurs de binarité »

France Télévisions promet par ailleurs de lutter contre les stéréotypes, et notamment dans les programmes jeunesse, dont il est un diffuseur mais aussi le premier coproducteur européen. Le groupe s’engage sur deux axes : veiller à un juste équilibre entre personnages féminins et masculins dans ces programmes, mais aussi à un traitement non-stéréotypé des personnages.

Sexisme pâtissier

Au lendemain de ce colloque, l’émission ‘Qui sera le prochain grand pâtissier ? ‘diffusée sur France 2 a fait subir aux téléspectateurs « un florilège incroyable de propos sexistes » : le collectif d’associations ‘Féministes en mouvement’ a adressé au Président de France Télévisions une lettre ouverte dans laquelle elles demandent au président à Rémy Pfimlin de « veiller à ce que ce type d’émission ne véhicule plus de propos sexistes et de [s’]engager publiquement en ce sens. »

Cette lettre, également adressée aux ministres Najat Vallaud-Belkacem et Aurélie Filipetti, se décline sous la forme d’une pétition en ligne.

« À l’heure où France Télévisions s’engage pour l’égalité femmes – hommes dans ses programmes, il est curieux – pour ne pas dire fatigant, énervant, révoltant – d’entendre, en prime time, des phrases d’une bêtise aussi crasse que ‘ les petites filles aiment les coccinelles et les petits garçons les dinosaures, les trucs bruts de décoffrage ‘ ou encore que les femmes auraient des compétences particulières pour réaliser des gâteaux. Ce genre d’inepties fige dans le marbre les stéréotypes et les préjugés, qui sont à la racine des inégalités », écrit encore le collectif.

Pour ce faire – dans les œuvres pour enfants mais aussi l’ensemble des programmes – Rémy Pfimlin a annoncé que le groupe travaillera à l’aide d’indicateurs de « binarité ». Explication : « Concrètement, les personnages féminins proposés sont-ils actifs ou passifs, comment sont-il traités du point de vue de l’apparence et de l’intellect, de l’intériorité et de l’extériorité (c’est-à-dire dans le rapport vie privée / vie publique). Il ne s’agit pas de gommer l’écriture des auteurs, mais de veiller à ne pas reproduire des stéréotypes lorsqu’ils ne sont pas spécifiquement justifiés dans les intentions d’écriture. »

La direction générale de France Télévisions : 15 hommes, 1 femme

Ne tombons pas dans l’angélisme : la direction de France Télévisions n’est pas seule à l’origine de ces engagements novateurs. Ils s’inscrivent dans le cadre de la renégociation avec l’État du Contrat d’objectifs et de moyens du groupe. Et le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel), à qui la loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes donnera à l’automne davantage de pouvoirs de sanction, a fait pression dans ce sens. « Je crois qu’il était indispensable de se fixer un tel cap dans le délai bref d’une année, pour remédier sans plus attendre à une forme injustifiable de sous-représentation des femmes », lançait le président de l’institution, Olivier Schrameck.

Ces derniers mois, France Télévision s’est surtout fait remarquer, en effet, en tant qu’exemple de cette « sous-représentation des femmes », et ce au sommet même du groupe. Le groupe d’action féministe ‘La Barbe’ s’invitait à la conférence de presse de rentrée de France Télévisions pour dénoncer « la surreprésentation masculine aux postes de direction » du groupe de télévision publique. Rémy Pflimlin se disait alors « personnellement, extrêmement soucieux que nous puissions faire évoluer les choses ».

Quelques mois plus tard, au début de l’année 2013, le même dévoilait le nouvel organigramme du groupe : les neuf membres du nouveau conseil de présidence étaient tous des hommes (Voir : France Télévisions, les hommes à la télécommande). Aujourd’hui, il faut bien chercher la seule femme parmi les 16 membres de la Direction générale du groupe…

 

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