Pas d’argent, pas de start-uppeuse

Des start-uppeuses françaises, septembre 2017 (c) JFD Connect

Les femmes lèvent bien moins de fonds que les hommes pour développer leurs entreprises. En cause : des critères d’attribution basés sur des stéréotypes.


 

Le dernier baromètre StartHer-KPMG“ enfonce le clou : les femmes créatrices de start-ups ramassent bien moins d’argent que les hommes. Certes, en 2017 elles ont été plus nombreuses que l’année précédente à lever des fonds en France. Mais pour des montants plus faibles en moyenne. Au final les fonds levés par les femmes ne représentent que 7% du montant total.

Et c’est encore une affaire de stéréotypes. Cela commence par l’orientation professionnelle. Elles se dirigent, moins que les hommes, vers les secteurs d’activité qui enfantent les levées de fonds les plus spectaculaires. Peu nombreuses dans les écoles d’ingénieur·e·s, elles sont moins enclines à travailler dans la high tech. Ce n’est pas dans le secteur des services que les levées de fonds sont les plus impressionnantes.

Disposant de peu de modèles de femmes dirigeantes ou start-uppeuses (Voir : Capital et le patronat unisexe), elles ont du mal à se projeter dans un avenir de patronne. Pire : les images négatives données des dirigeantes leur font penser qu’il n’y a que des coups à prendre à trop vouloir tutoyer les cimes du pouvoir (Voir : Ni « bossy » ni « bitch » les femmes de pouvoir)

Et, même quand elles osent se lancer, elles se heurtent encore à un mur de stéréotypes, venant cette fois-ci de personnes qui vont décider pour elles. Les décideurs sont souvent persuadés qu’elles ne veulent pas ces postes de pouvoir (Voir : Direction d’entreprise : les femmes disent oui, ils entendent non).

Du côté des start-ups, une étude américaine montrait en juillet dernier que les investisseurs posent des questions très différentes selon le genre de leur interlocuteur. Aux hommes, questions sur le contenu des projets et sur le potentiel de développement de leur entreprise ; aux femmes, questions sur les risques. Résultat : ils sont moins enclins à investir dans les entreprises qui ont mis en avant les dangers que dans celles qui les ont fait rêver… (Voir : Les questions qui tuent l’entrepreneuriat féminin.) Présomption de réussite d’un côté, présomption d’échec de l’autre.

Pour lever des fonds il faut vendre du rêve, et les stéréotypes interdisent beaucoup de rêves aux femmes. Le serpent se mord la queue : tant qu’il n’y aura pas davantage de modèles de dirigeantes, les femmes auront du mal à lever des fonds ; et tant qu’elles auront du mal à lever des fonds il n’y aura pas de modèles. Peut-être faut-il commencer par substituer aux règles non écrites de mise à l’écart des femmes des critères de décision d’attribution de fonds moins défavorables.

 

 

Tous les articles de la rubrique Point de vue

4 thoughts on “Pas d’argent, pas de start-uppeuse”

  1. Les hommes ne lèvent-ils pas trop de fonds inutiles alors que les femmes seraient plus réalistes sur l’argent dont elles ont besoin?
    Combien de levées de fonds pour des start-ups inutiles?

      1. oui, bonne remarque. Il faudrait aussi davantage de femmes du côté de celles et ceux qui attribuent les fonds

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

css.php