Pas en avant, pas en arrière

par Isabelle Germain

Dans la torpeur de l’été, la route vers l’égalité des sexes est pavée de comportements d’un sexisme achevé mais aussi de décisions encourageantes… qui seront plus ou moins appliquées.


Quand Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, se dit « un peu déçu » par Rihanna reçue à l’Élysée parce que « sa tenue était peut-être un poil trop ample », il n’est pas juste gentiment grivois, il fait ce que font beaucoup d’hommes qui veulent préserver l’entre-soi masculin. Il fait ce que font certains hommes aussi dans le monde du travail. Elles veulent parler d’un dossier, ils leur parlent de leurs jambes ou de leur tenue de la veille tellement plus sexy… Et les voici mal-à l’aise, remises à « leur » place d’objet décoratif et dissuadées d’aller s’asseoir à la table des dirigeants. Celui qui porte la parole du gouvernement n’est pas le seul à entretenir ce sexisme ordinaire en public. Les journalistes qui posent des questions orientées y contribuent amplement.

Quand, à Dannemarie, des silhouettes de femmes sexy viennent illustrer « l’année de la femme », c’est le même sexisme ordinaire qui frappe encore. Mais cette fois-ci il a pu être arrêté. Une association militante, Les Effronté-e-s, s’est appuyée sur la loi pour l’égalité réelle du 4 août 2014 pour faire condamner en référé la commune à retirer ces panneaux. Que de boulot pour en finir avec ce sexisme ordinaire ! Ce n’est jamais terminé, quand on colmate à Dannemarie, c’est un porte-parole du gouvernement qui ouvre les vannes.

Idem dans le sport. Des matchs de sportives de haut niveau sont enfin retransmis par de grandes chaînes de télévision, et patatras, la une d’un magazine de tennis montre les fesses d’une joueuse.

Pour faire reculer le sexisme, ordinaire ou plus violent, il faut encore renforcer l’arsenal législatif. C’est ce qui s’est fait, après moult rebondissements, sur la peine d’inéligibilité pour les auteurs d’infractions sexuelles… Et voici que les députés LR ont saisi le Conseil constitutionnel pour faire annuler cette disposition.

Renforcer les lois, c’est ce qu’il faudrait pour compter davantage de femmes dans les instances de direction des entreprises. C’est ce que propose une ministre allemande. C’est aussi ce qu’avait proposé l’ex-ministre en charge des Droits des femmes Laurence Rossignol qui n’a pas eu le temps de mettre le projet à exécution.

Ce sujet ne semble pas être au menu du nouveau gouvernement. Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, ne l’a pas évoqué lors de ses auditions devant les parlementaires. Elle opte pour la formation à l’égalité des dirigeants et pour le « name and shame », nommer et couvrir de honte les entreprises qui ne comptent pas ou très peu de femmes parmi leurs dirigeants. Encore faudrait-il qu’un comité exécutif trop majoritairement masculin soit perçu comme honteux et handicapant pour le business. Ce qui, vu le niveau de sexisme ordinaire ambiant, est loin d’être le cas. Le couperet de la loi est souvent plus efficace pour faire évoluer les mentalités.

 

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