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La paternité selon Pécresse et Zemmour

par vincimoz

La députée et le polémiste utilisent le même angle d’attaque contre le projet de réforme du congé parental : inutile d’inciter les pères, ils ne sont pas faits pour s’occuper des jeunes enfants.


 

Voilà qui augure des débats houleux à l’automne au Parlement. Le projet de loi pour l’égalité entre les hommes et les femmes fait déjà de grosses vagues. Et tout particulièrement l’article consacré à la réforme du congé parental : il prévoit que 6 mois de ce congé soit obligatoirement pris par « l’autre parent » (Voir : Pas de révolution pour le congé parental). Cette mesure a déjà suscité des critiques enflammées de la part d’Eric Zemmour et de Valérie Pécresse.

Le premier, dans son style caractéristique, s’emportait : « C’est scandaleux, liberticide et totalitaire (…) Le gouvernement socialiste fait pire que les islamistes ». Ainsi glapissait l’éditorialiste sur I-Télé, samedi 6 mars. Ce gouvernement veut « que les pères deviennent des mères comme les autres ». Dans une de ces pseudo-évidences dont il a le secret, Eric Zemmour affirmait encore : « tous les spécialistes de l’enfance » vous le diront : « les enfants n’ont absolument pas besoin de leur père jusqu’à, au moins, l’âge de six ans ». Ce n’est qu’à l’adolescence qu’ils ont besoin du père, pour une « confrontation physique ».

Les pères n’aiment pas changer les couches

A vrai dire, on n’avait pas besoin de cette sortie pour se rendre compte de la mauvaise foi et de l’archaïsme d’Eric Zemmour. Mais la députée UMP Valérie Pécresse suit le même raisonnement. Elle l’avait même devancé, dans une interview datée du 2 juillet, dans le « journal des femmes », qui a connu son heure de gloire le 8 juillet sur les réseaux sociaux. Plusieurs phrases passent très mal :

Avec cette loi, « on complexifie les choses pour des raisons idéologiques de pseudo égalité des sexes. » Pseudo-égalité ? Oui, car pour Valérie Pécresse, comme pour Eric Zemmour, les pères n’ont pas à s’impliquer dans les premières années de l’enfant : l’ancienne ministre est « persuadée qu’ils seraient beaucoup plus attirés par les congés parentaux s’ils pouvaient les prendre à un autre moment et pas dans les trois premières années de l’enfant. »

Un peu plus loin, elle pose cette question : « Pensez-vous que le plus grand nombre sont les pères qui ont envie de changer des couches ? »

Pour la députée UMP, c’est à l’adolescence que les enfants « auraient le plus besoin des pères, notamment parce qu’ils sont une figure d’autorité. »

« Vision archaïque et rétrograde de la famille »

Les remarques consternées n’ont pas manqué, à l’image de celle de Cécile Duflot :

TweetDuflot

Tandis que la présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes, la socialiste Catherine Coutelle, dénonce une « vision archaïque et rétrograde de la famille qui réserve aux femmes les tâches domestiques et aux hommes les tâches plus valorisées est intolérable. Les propos de Valérie Pécresse contribuent à renforcer les inégalités et stéréotypes sexistes. »

 

Autour de ces phrases désolantes, Valérie Pécresse développe, il est vrai, une série d’arguments plus mesurés contre la réforme… elle risque, juge-t-elle, de pousser plusieurs femmes à « réévaluer leurs ambitions en choisissant famille ou métier ». La députée avance l’idée d’un autre modèle de réforme : un congé parental étalé dans le temps. Tiens, c’est justement la principale piste que proposait Brigitte Grésy dans son rapport sur « l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités familiales » remis au gouvernement en juin 2011 (Voir : Parentalité, égalité : « changer de paradigme »). Une réforme vite enterrée par ce gouvernement auquel appartenait… une certaine Valérie Pécresse.

 

Tous nos articles sur le congé parental sont réunis dans ce dossier

 

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1 commenter

isabelle germain 9 juillet 2013 - 19:48

C’est fou le nombre de personnes qui considèrent que s’occuper d’un bébé se limite à lui changer les couches … Darcos

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