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Pédopornographie : les dégâts collatéraux de la Loppsi 2

par Arnaud Bihel
Couvre-feu pour les mineurs de 13 ans, propagation de la vidéosurveillance, création d’une « réserve civile », renforcement de la répression… Le projet de « loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure » (dite Loppsi 2), dont les députés entament l’examen ce mardi, attise les polémiques. Parmi les multiples articles sujets à controverse, la tentative d’un filtrage d’internet. Présenté comme un moyen de lutte contre la pédopornographie, ce projet est attaqué de toutes parts : non seulement inefficace, il est potentiellement contre-productif, et porte les germes de la censure.
 

 

L’article 4 du Chapitre II du texte de loi « protège les internautes contre les images de pornographie enfantine ». Les fournisseurs d’accès à internet seraient tenus de bloquer des sites dont la liste leur sera communiquée par le ministère de l’Intérieur.

L’objectif de l’article est louable : lutter contre l’accès à la pédopornographie sur le net. Mais pour les spécialistes, la manière est tout simplement inutile. Tandis que les Syndicats de la magistrature et des avocats de France, dans un communiqué rageur contre la Loppsi 2 dans son ensemble, y voient « un filtrage policier des sites internet, aussi inefficace que lourd de menaces ».

Le gouvernement dit vouloir empêcher que les internautes tombent par hasard sur de tels contenus. Mais le risque est quasiment impossible, assurent les spécialistes. Internet ou pas, la pédopornographie est sévèrement réprimée par la loi. Les criminels et réseaux mafieux impliqués dans la diffusion de tels contenus en ligne travaillent donc depuis longtemps sur les moyens de contourner les barrières.

Ces contenus « sont soigneusement cachés des moteurs de recherches », note le bloggeur Fabrice Epelboin, auteur d’une étude sur « Le commerce de la pédopornographie sur internet ». Ainsi, les images et vidéos de pornographie enfantine sont hébergés sur des sites dont l’adresse change quotidiennement. C’est désormais par des techniques de spams, en particulier, que les « clients » sont alertés. Les systèmes de partage de fichiers sont soigneusement camouflés. Ce business a mis au point un réseau parallèle à l’internet officiel, réseau qui se moque bien d’éventuelles barrières. 

Hadopi, Loppsi : combinaison explosive 

Les tentatives de filtrage pourraient même avoir des effets pervers, s’inquiète Fabrice Epelboin. Et en particulier du fait de l’articulation entre Hadopi et Loppsi.

La loi Hadopi contre le piratage, votée en 2009, pousse en effet nombre d’adolescents à, eux-mêmes, chercher à contourner les barrières de l’internet classique pour aller se fournir en musique et en films sur ces réseaux parallèles.

Dès lors, on risque d’y voir « se mêler tous types de contenus, et s’opérer des rencontres et des interactions (…) entre des populations autrefois séparées, adolescents et pédocriminels ou encore mafieux de toutes sortes ».

Et les dangers ne s’arrêtent pas là. Les méthodes de chasse à l’ancienne, combinées à la surveillance de nos ordinateurs mise en place par Hadopi, peuvent nuire aux internautes innocents : un quarts des PC seraient infectés par des virus type « cheval de Troie ». Ceux-là même qui peuvent être utilisés par les opérateurs de pédopornographie pour faire participer, à votre insu, votre ordinateur à leur réseau. Ainsi, nous sommes tous des diffuseurs de contenus pédophiles en puissance.

L’ombre de la censure

Par ailleurs, nombreux sont ceux qui s’inquiètent d’un risque d’atteinte aux libertés, un premier pas vers une censure du net.

Censure de fait, d’une part : le gouvernement australien, qui entend mettre en place une mesure de filtrage similaire, a pris le temps de mener des tests. Ceux-ci ont montré que 3,4% des contenus de la Toile, autrement dit des millions de pages sans le moindre caractère pédophile, se retrouvaient indûment bloquées par les barrières de filtrage.

Risque de censure volontaire, d’autre part. La liste des sites censurés étant établie par le ministère de l’Intérieur, rien ne dit qu’elle ne pourrait pas rapidement déborder du strict cadre de la pédopornographie, pour s’attaquer à tout site qui déplairait au pouvoir ? 

En Australie toujours, même des associations de parents ont pris position contre ces mesures. Un appel, signé par 10 organisations, rappelle que « les dizaines de millions de dollars que coûterait un tel système feraient mieux d’être alloués aux autorités de protection des mineurs et de police, pour prévenir l’exploitation enfantine, et à des stratégies d’éducation efficaces afin d’enseigner aux enfants et à leurs parents les moyens de se protéger. »

Oui, mais il s’agirait là de prévention. Et la Loppsi 2, qui s’ajoute à une quinzaine de textes sur la sécurité adoptés depuis 2002, annonce clairement la couleur : le temps est à la répression. Et tant pis si ce n’est que pour la galerie.

 

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1 commenter

didou 9 février 2010 - 19:06

Il faudrait plutot que le ministre de la culture – plus proche des pédophiles que de la culture , défenseur des enfants qui violent les petites filles… – et ses copains quittent ce pays…

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