Accueil Economie « Petit livre noir » et alerte rouge sur la crise du logement

« Petit livre noir » et alerte rouge sur la crise du logement

par Arnaud Bihel
livre noirLa France, l’un des pays les plus riches du monde, compte 3,5 millions de mal-logés, 100 000 sans domicile fixe (1). La raison de ce brutal paradoxe ? Une politique du logement aberrante, répond le collectif Jeudi Noir, dans son Petit livre noir du logement (2), publié jeudi 1er octobre.

 

Des appartements vacants aux copropriétés dégradées, des prêts immobiliers aux absurdités du parc HLM… le collectif réalise un état des lieux très noir, justement, du logement en France. Un constat assez proche de celui dressé par le Conseil d’Etat, dans son rapport de juin dernier… en des termes à peine plus feutrés. 

Prenant appui sur la crise des subprimes, qui a fait éclater la bulle immobilière aux Etats-Unis et précipité le monde dans la crise financière, Jeudi Noir tire à boulets rouges sur l’idéologie en vogue, portée par le chef de l’Etat, celle du « tous propriétaires ». Dans le fond, « paradoxe libéral » souligne Jeudi Noir, « la propriété n’est pas a priori le mode d’habitation le plus adapté à des économies modernes, car elle constitue un frein à la mobilité ». Et dans la forme, la crise des subprimes l’a montré, l’accès à la propriété ne protège pas des risques d’endettement massif. Le collectif voit dans la fièvre du « tous propriétaires », une « utopie démagogique » qui permet de détourner les yeux d’un problème prioritaire : « ne serait-ce qu’accéder à la location ».

Les damnés de la location 

Le Livre noir se penche, exemples et chiffres à l’appui, sur les loyers exorbitants (et leur hausse sans commune mesure avec l’inflation), les logements indécents (estimés à 2 millions en France), l’inflation des pièces justificatives réclamées par les propriétaires. Et pointe du doigt la « fracture immobilière générationnelle » ; la part du loyer dans le revenu des jeunes a doublé en 20 ans.

Et Jeudi Noir d’insister sur la part de responsabilité de l’Etat dans la crise du logement, la soumission au « lobby des propriétaires », avec ce constat chiffré : « 72% des 30 milliards d’euros consacrés chaque année aux politiques de l’habitat sont redistribués directement ou indirectement aux propriétaires privés. »

Les spéculateurs se goinfrent, estime le collectif, « et quand les prix flambent, les pouvoirs publics arrosent d’essence ». Par ses aides sous diverses formes aux propriétaires, et par les politiques engagées. L’absence de réponse au manque flagrant de logements étudiants. L’« arnaque du droit au logement opposable ». Les « conditions d’hébergement déplorables » des SDF. Ou encore les « logements sociaux pas si sociaux » (la part des logements réservés effectivement aux plus démunis représente moins de 20% des constructions sociales).

Jeudi Noir, Conseil d’Etat, même combat

Si son Livre noir s’entend d’abord comme un cri de révolte envers le gouvernement, Jeudi Noir ne peut se réduire à cela. D’abord parce qu’il n’est pas tendre non plus avec la politique préférée de la gauche dans le domaine du logement : celle des aides personnelles aux locataires. Des aides qui équivalent à « subventionner encore et encore les loyers chers ». Ensuite parce que, sous ses airs parfois de pamphlet (l’association des propriétaires en prend pour son grade, Patrick Balkany est ironiquement remercié « pour avoir fait disparaître les pauvres de sa ville et de sa mémoire »), le livre explore la question sous tous les angles, et propose des solutions. Nombreuses. Au premier rang desquelles le gel des loyers et la fin des expulsions locatives sans relogement. Et avant tout « une véritable politique pour remédier à cette crise ». 

Les rédacteurs du Livre noir revendiquent leur « expertise militante », et leurs actions parfois festives. Un collectif de « jeunes galériens du logement », bien éloignés a priori de la majesté des membres du Conseil d’Etat… et pourtant. Si l’on se plonge dans le rapport 2009 publié par cette haute institution (un texte certes bien plus ardu que le Livre noir), consacré au « Droit au logement, droit du logement », on y retrouve le même regard. Un regard d’une extrême sévérité sur la gouvernance du logement en France, « de plus en plus éclatée et devenue inefficiente », une gouvernance « inadaptée » pour avoir cédé depuis le milieu des années 90 à la « prédominance du marché ». Quand les utopistes et les sages parlent d’une même voix…

 



(1) Selon le rapport 2009 de la Fondation Abbé-Pierre

(2) Le Petit livre noir du logement, Editions La Découverte, 161 pages, 12 euros.

A lire en partie ici.

 

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

Laisser un commentaire