Accueil MédiasBruits et chuchotements La peur du genre éloigne l’égalité femmes/hommes

La peur du genre éloigne l’égalité femmes/hommes

par Isabelle Germain

oursLe mot ‘genre’ désormais censuré par le gouvernement ? Cette affirmation de Mediapart a fait grand bruit. Largement exagérée, mais pas sans fondement. Le ministère de l’Education se montrant frileux.

 

Une enquête de Mediapart, publiée jeudi 6 février, laisse imaginer que le gouvernement a capitulé en rase campagne devant les attaques répétées des pourfendeurs d’une « théorie du genre » imaginaire. « Cédant à la pression des lobbies les plus conservateurs, le gouvernement a déjà, et depuis plusieurs mois, choisi de faire disparaître partout le mot ‘genre’, désormais jugé trop sulfureux » affirme notre confrère.

L’un des principaux exemples de cette « censure » fournis par Mediapart est le rapport sur les stéréotypes remis le 15 janvier à la ministre des Droits des femmes (Voir : Un nouveau rapport pour alimenter le débat sur les stéréotypes sexués). Titré « Lutter contre les stéréotypes filles – garçons », il devait à l’origine s’intituler « Lutter contre les stéréotypes de genre » :

« Vu le climat explosif, on nous a fait comprendre que si on pouvait se passer de ce terme, ce serait mieux », explique à Mediapart Vanessa Wisnia-Weill, l’une des co-auteures. Mais l’autre co-auteure, Marie-Cécile Naves, assure n’avoir pas ressenti de pression.

Quant au contenu de ce document, Mediapart affirme qu’un « travail d’orfèvre » a fait disparaître quasiment toute mention du mot « genre ». Quasiment ? Loin de là : le rapport contient des dizaines d’occurrences du mot « genre ».

Dans les ABCD de l’égalité…

De même, le programme ABCD de l’égalité dans les écoles ne fait « jamais référence » au terme de genre, écrit Mediapart. Encore exagéré. Certes, les références sont rares. Mais ce programme est fait pour parler aux enfants, on peut comprendre que le terme ne soit pas le plus parlant pour eux. En tout cas, le « guide pédagogique » destiné aux équipes éducatives utilise le terme à plusieurs reprises.

Autre exemple, celui de l’ouvrage intitulé « Déjouer le genre. Pratiques éducatives au collège et au lycée ». Piloté par le Conseil national de documentation pédagogique (CNDP), il a été remisé alors qu’il devait être publié à la dernière rentrée de septembre. Il s’agissait en effet d’éviter toute polémique autour du concept de genre, expliquait le responsable de l’édition en novembre dernier aux Nouvelles NEWS (Voir : Pas de polémique sur le genre chez l’éditeur de l’Education nationale). Et d’assurer qu’il avait, de lui-même, pris cette décision de tout stopper, sans directive du ministère de l’Education nationale.

Le ministère des Droits des femmes nous l’affirme : « Le mot genre n’est pas banni du vocabulaire du gouvernement ». Le 24 janvier encore Najat Vallaud-Belkacem parlait d’« identité de genre » devant les députés. Ce vendredi 7 février, un amendement à la loi sur la formation professionnelle voté à l’Assemblée nationale indique que l’orientation doit se faire « en luttant contre les stéréotypes de genre ».

Et le mot apparaît à plusieurs reprises dans les feuilles de route pour l’égalité adressées aux ministères en janvier dernier. Celle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche contient de nombreuses occurrences de l’expression « stéréotypes de genre ». Et il y est rappelé son rôle de « soutien des enseignements et des recherches sur le genre ».

… Mais pas dans la feuille de route du ministère de l’Education nationale

Mais il est vrai que le terme n’apparaît pas, en revanche, dans la feuille de route du ministère de l’Education nationale.

De fait, c’est en grande partie l’attitude de ce seul ministère qui pose question. Mediapart évoque l’annulation de conférences par le rectorat en Seine-Saint-Denis. Quelques jours plus tôt, L’Express soulignait comment une mairie et une proviseure avaient également annulé des interventions de spécialistes du genre dans des établissements scolaires, par crainte de polémiques.

Dans tous ces cas, ces « censures » apparaissent comme des initiatives personnelles, sans qu’on puisse les lier directement à des consignes gouvernementales. Mais les spécialistes dont les conférences ont été annulées, ainsi que des parlementaires qui se sont confiés aux Nouvelles NEWS, déplorent l’attitude du ministère de l’Education nationale.

Le ministre Vincent Peillon, en effet, n’apparaît pas à l’aise avec le concept. Il a plusieurs fois repris à son compte l’expression « théorie du genre ». Même si c’est pour dire qu’elle ne serait pas enseignée ou qu’il était contre, en évoquant cette théorie imaginaire, il conforte ceux qui la brandissent comme un épouventail. Même attitude ambiguë chez le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone.

Force d’inertie des mentalités

Parler de censure globale du terme de ‘genre’ apparaît donc exagéré. C’est uniquement quand il est associé à l’école que le gouvernement le prend aujourd’hui – et depuis plusieurs mois déjà – avec des pincettes. Si l’article de Mediapart a connu un fort retentissement, c’est aussi en raison de la récente reculade du gouvernement sur la loi Famille au lendemain de la manifestation dite « manif pour tous ». En agitant l’épouventail de la «  théorie du genre » pour refuser les études de genre et la lutte contre les stéréotypes, les manifestants font prospérer l’idéologie de la domination masculine. En entrant dans leur jeu, le ministre de l’Education nationale laisse libre cours à la force d’inertie des mentalités.

La vigilance reste donc de mise, comme le soulignent les « enseignantes et des enseignants de la maternelle à l’Université » qui ont jugé bon de lancer une pétition pour soutenir les études de genre. Et y répètent ce qui serait une évidence si les manipulations des « anti-genre » ne trouvaient pas tant d’écho :

« NON, la prétendue « théorie du genre » n’existe pas, mais, oui, les études de genre existent. Le genre est simplement un concept pour penser des réalités objectives. On n’est pas homme ou femme de la même manière au Moyen-Âge et aujourd’hui. On n’est pas homme ou femme de la même manière en Afrique, en Asie, dans le monde arabe, en Suède, en France ou en Italie. On n’est pas homme ou femme de la même manière selon qu’on est cadre ou ouvrier. Le genre est un outil que les scientifiques utilisent pour penser et analyser ces différences.

OUI, les programmes scolaires invitent à réfléchir sur les stéréotypes de sexe, car l’école, le collège, le lycée sont les lieux où les enseignants promeuvent l’égalité et la tolérance, où les enfants apprennent le respect des différences (culturelles, sexuelles, religieuses). « Vati liest die Zeitung im Wohnzimmer. Mutti ist in der Küche. » (Papa lit le journal au salon. Maman est à la cuisine). Voilà comment des élèves de collège apprenaient l’allemand, à travers les aventures de Rolf et Gisela, dans les années 1980. Réfléchir sur le genre, c’est réfléchir sur les effets de ce type de messages. »

 

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

Les dérangés du genre à l’assaut des écoles

Le rapport Lunacek et les nouveaux mensonges des « anti-genre »

« Anti-genre » : les manipulations passent les frontières

Les « anti-genre » remportent la bataille parlementaire

Premiers pas pour « l’ABCD de l’égalité » à l’école

Théorie du genre et théorie du complot

 

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8 commentaires

8 commentaires

Meg 7 février 2014 - 19:31

Ce gouvernement n’en a rien à fiche du féminisme à part pour l’instrumentaliser et le décrédibiliser. Aux ordres de la manif pour tous, les voila qui donne encore audience aux masculinsites de grues :
http://patricjean.blogspot.fr/2014/02/ayrault-et-les-masculinistes.html

Ayrault que vous défendez est tout attentif aux pères violents qu’il reçoit régulièrement.
Et Peillon prépare une réduction massive des budgets de l’éducation nationale qui précarisa gravement les femmes.
Je ne parle pas de Valls zélé comme un foutriquet sur talonnettes qui nous garde les frontières à la pit-bull, Hortefeux en son temps ne faisait pas mieux.

isabelle germain 7 février 2014 - 21:57

« Meg »
Ce gouvernement n’en a rien à fiche du féminisme à part pour l’instrumentaliser et le décrédibiliser. Aux ordres de la manif pour tous, les voila qui donne encore audience aux masculinsites de grues :
http://patricjean.blogspot.fr/2014/02/ayrault-et-les-masculinistes.html

Ayrault que vous défendez est tout attentif aux pères violents qu’il reçoit régulièrement.
Et Peillon prépare une réduction massive des budgets de l’éducation nationale qui précarisa gravement les femmes.
Je ne parle pas de Valls zélé comme un foutriquet sur talonnettes qui nous garde les frontières à la pit-bull, Hortefeux en son temps ne faisait pas mieux.

Qui défend Ayrault ?

Meg 8 février 2014 - 11:53

C’est ce paragraphe qui m’a fait dire cela : « Parler de censure globale du terme de ‘genre’ apparaît donc exagéré. C’est uniquement quand il est associé à l’école que le gouvernement le prend aujourd’hui – et depuis plusieurs mois déjà – avec des pincettes. Si l’article de Mediapart a connu un fort retentissement, c’est aussi en raison de la récente reculade du gouvernement sur la loi Famille au lendemain de la manifestation dite « manif pour tous ». En agitant l’épouventail de la « théorie du genre » pour refuser les études de genre et la lutte contre les stéréotypes, les manifestants font prospérer l’idéologie de la domination masculine. En entrant dans leur jeu, le ministre de l’Education nationale laisse libre cours à la force d’inertie des mentalités. »

C’est vrai que vous ne le défendez pas directement, mais vous me donnez l’impression d’édulcoré la réalité et de vouloir ménagé ce gouvernement. Ce gouvernement n’a qu’une facade de féminisme, ils sont féministes quant ca ne coute rien et que ca peu leur rapporter des voix mais dès qu’on creuse derrière la belle photo paritaire des premiers jours on se rend compte que ce gouvernement, fait et veux, autant de mal aux femmes que celui de Sarko.

Ce paragraphe me porte à croire que le seul anti-étude de genre du gouvernement c’est Peillon alors que c’est au fond le cas de Hollande, Ayrault, Valls et d’autres hommes du gouvernement et que dans les faits et les actes ils mettent les femmes en situation de plus grande précarité (vu qu’ils ne s’occupent pas de chômage, baissent les charges patronales, réduisent les retraites, ferment les maternité…).

Je reconnais que je suis trop sévère avec vous, je le suis malheureusement toujours trop avec celleux dont je suis proche politiquement. Ce que je voulais c’est surtout faire passé le lien de Patric-Jean sur Ayrault.
Bon week end

taranis 8 février 2014 - 14:30

Si en plus de la censure du mot « genre » dans les circulaires, manuels et livres de l’Éducation Nationale. Les lobbyistes imposent qu’il faut censurer aussi « domination masculine », « rapports sociaux de sexe », « oppression des femmes ». Ils règleront le problème des « déviantes » une fois pour toutes car une réalité qui n’est pas nommé n’existe pas. Nous pourrons alors nous consacrer aux occupations primordiales et domestiques auxquelles la Nature Divine nous a prédestinés….
En ce qui concerne la sortie de léthargie du 1er des gouverneurs. Qu’est-ce qui motive son soudain empressement pour des aspects de cette loi dont l’urgence nécessitait un examen en …. 2015 ? Ayrault nous le livre : « Il y a des hommes [des pères divorcés] qui montent dans les grues, ça exprime un malaise ». Cela me rappelle en effet Meg, un amendement des sénateurs sur la systématicité de la résidence alternée….
A la place de tous ces mots supprimés nous pouvons aussi en rajouter comme « autorité paternelle » « incapacité civile des femmes », « salaire féminin » « obéissance à son mari » et certainement plein d’autres, désolée ma jeunesse m’empêche de me rappeler tous ces anachronisme que je croyais enfouis
Le « Tren de la Libertad » devra je pense faire des allez-retours

09 Aziza 12 février 2014 - 09:55

Vive l’Indépendance politique des femmes! la revendication aurait elle disparu de l’ordre du jour ?
En effet, voilà les femmes otages de la gauche, qui leur fait croire qu’elle seule préserve leur inter^ts…
Une chose est sûre: en tant que groupe, l’UMP fait reculer les droits des femmes, même si individuellement certaines parlementaires (on a eu l’exemple de Bachelot) les défendent.
Cependant, 52% de l’électorat, ça devrait peser lourd. Arrêter de nous prendre pour de naïves andouilles, ce serait pas mal aussi!
J’ai lu l’article de P jean, qui dit des choses tout à fait justes. Il est surtout probable que tous ces ministres, qui vivent dans une bulle, ne comprennent RIEN à l’influence des idées sur le réel, rien à toutes ces mouvances qui leur échappent. c’est lamentable.

Lili 14 février 2014 - 12:20

« 09 Aziza »
Une chose est sûre: en tant que groupe, l’UMP fait reculer les droits des femmes, même si individuellement certaines parlementaires (on a eu l’exemple de Bachelot) les défendent.

Entièrement d’accord avec vous.
L’UMP fait reculer les droits des femmes, et ce en contradiction avec son électorat, en particulier le plus jeune, et le plus féminin.
Le PS les fait avancer à coup d’huile sur le feu de polémiques qui les arrangent bien pour occuper l’espace médiatique, obliger l’extrême gauche à jouer la solidarité alors qu’elle est vent debout contre la politique économique, et amener la droite à la faute, ce que la droite fait dans l’espoir de raccrocher les plus extrémistes et conservateurs.

Les perdants, ce sont les droits des femmes. Parce que ça devrait se faire dans la sérénité, comme l’évolution ultra-normale d’une société, avec un débat démocratique serein. Mais non, chacun rallume la guerre des sexes pour fédérer une partie de son camp. Et au quotidien, les femmes se prennent des retours de bâtons et doivent répondre de leur vie sur des sujets qu’on croyait réglés depuis des années.

NR77 20 février 2014 - 09:39

Pourquoi tant s’acharnement à défendre ce mot « genre » avec la délicatesse du marteau sur le clou ?
Depuis gamine je m’engage pour les femmes, pour leurs droits, leur securité et leur dignité.
J’ai un infini respect, tendresse et admiration pour la communauté des femmes dont je fais partie. Je me sens reliée à elle dans une éternelle lignée.
Le « genre » me laisse indifférente, c’est un objet d’étude sans vie, sans humanité.
Pourquoi faire disparaître la « femme » dans ce concept abscons, abstrait?
Les mots ont une importance. Pourquoi les changer ? A qui profite cela ?
Et pitié ne me dites pas que c’est au service de la science, si sociale soit-elle.

isabelle germain 20 février 2014 - 20:31

« NR77 »
Pourquoi tant s’acharnement à défendre ce mot « genre » avec la délicatesse du marteau sur le clou ?
Depuis gamine je m’engage pour les femmes, pour leurs droits, leur securité et leur dignité.
J’ai un infini respect, tendresse et admiration pour la communauté des femmes dont je fais partie. Je me sens reliée à elle dans une éternelle lignée.
Le « genre » me laisse indifférente, c’est un objet d’étude sans vie, sans humanité.
Pourquoi faire disparaître la « femme » dans ce concept abscons, abstrait?
Les mots ont une importance. Pourquoi les changer ? A qui profite cela ?
Et pitié ne me dites pas que c’est au service de la science, si sociale soit-elle.

qui veut faire disparaître la « femme » ? les études de genre ne veulent rien faire disparaitre, elles veulent au contraire ouvrir des perspectives : ce n’est pas parce que l’ont a un sexe biologique femme que l’on doit être cantonné aux tâches ménagères à la maternité et à se faire les ongles des pieds et autres futilités auxquelles nous assigne le sexe social.

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