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Polanski et l’impunité triomphante

par La rédaction

Malgré les protestations, le réalisateur est toujours encensé par ses pairs et fait un pied-de-nez à ses adversaires « zinzin ».

Après Cantat à la une des Inrocks, Roman Polanski est la star d’une rétrospective qui lui est consacrée à la Cinémathèque française à Paris. Dans une ambiance « la honte doit changer de camp » consécutive à l’affaire Weinstein, les artistes inquiétés pour violences faites aux femmes n’entendent toujours pas se faire discrets. Et ils sont toujours soutenus par leur milieu.

Polanski, qui a fui les États-Unis pour ne pas avoir à répondre devant la justice d’un viol sur mineure, est accueilli comme un prince par Costa-Gavras. Le patron de la Cinémathèque a traité avec mépris celles et ceux qui sont venus protester lundi soir contre cet honneur fait au réalisateur. Son communiqué répond à côté de la plaque : « Fidèle à ses valeurs et à sa tradition d’indépendance, la Cinémathèque n’entend se substituer à aucune justice » et reproche une demande de « censure pure et simple. » La ministre de la culture est allée dans le même sens. Françoise Nyssen au micro de France Inter lundi matin affirmait : « Il s’agit d’une œuvre, il ne s’agit pas d’un homme, je n’ai pas à condamner une œuvre ».

Ce n’est pas le sujet, comme l’explique le communiqué d’Osez le féminisme « Par la négation des faits criminels qui lui sont reprochés, la Cinémathèque participe à l’idée que violer une enfant ce n’est pas si grave devant le ‘génie de l’artiste’. »

Sur LCI ce mardi matin, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa n’allait pas dans le même sens que sa collègue de la Culture mais plutôt dans le sans des manifestant.e.s :  cette rétrospective « contribue à la culture du viol » puis qu’elle a pour effet de « minimiser ou de relativiser les viols et les agressions sexuelles selon le talent ou selon la notoriété de la personne qui est mise en cause. »

Ce n’est pas la première fois que ces arguments sont avancés, expliqués, criés dans des manifestations. Ils ont fait mouche une seule fois, en janvier dernier lorsque les organisateurs des Césars ont accepté de renoncer à faire de Polanski le président de la cérémonie. Et on a pu croire à un changement des mentalités dans le milieu du cinéma. On partait de très loin quand, en 2009,  à la manière des Inrocks avec Cantat , Libération accordait sa couverture à Polanski pour étaler sa complainte. Depuis, Libération a changé. Mais avec ces réactions à la Cinémathèque, c’est retour à la case départ.

Pendant que les combattant.e.s de la culture du viol s’égosillaient à la porte de la cinémathèque, le réalisateur fanfaronnait tranquillement à l’intérieur. Selon le Figaro, il se serait lancé « dans un parallèle entre la situation actuelle et les destructions de livres organisées par les nazis. ‘Avant on pouvait brûler les livres, comme Hitler’, lance-t-il en évoquant les ‘pellicules en nitrate’ hautement inflammable. Le réalisateur s’estime heureux qu’’aujourd’hui avec le tout numérique, on passe d’un support à l’autre en dépit de certains zinzins’». Polanski n’a toujours pas mis un pied dans le camp de la honte.

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2 commentaires

2 commentaires

Hélène 31 octobre 2017 - 17:24

Quand est-ce que Mme Schiappa dont la mission est transverse en discute avec le ministère de la justice? Que la justice fasse son travail, qu’il soit enfin arrêté et jugé pour ses crimes à l’occasion de cet événement puisqu’il refuse de se rendre (évidemment, vous pensez bien!). Décidément, il y a les citoyens et il y a les autres. Belle démonstration de justice à 2 vitesses.

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Céleste 31 octobre 2017 - 17:53

Ils sont vraiment durs à la comprenure dans le milieu du cinéma !

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