Accueil Politique & Société Procès Placé : le sexisme, affaire classée

Procès Placé : le sexisme, affaire classée

par Isabelle Germain

L’ex-ministre Jean-Vincent Placé, accusé de comportements racistes et sexistes en état d’ébriété était jugé le 11 juillet. Les peines requises ne concernent que l’aspect raciste de l’affaire et les insultes à agent.

Une fois de plus, dans une affaire judiciaire, le sexisme va être sous-estimé et pas condamné. En avril dernier déjà, quand les journaux relataient cette « affaire Placé », le traitement du sexisme était bien plus doux que celui du racisme.

Les journaux écrivaient en effet que le sénateur et ex-ministre Jean-Vincent Placé avait « importuné » une jeune-fille quand les faits décrits ressemblaient à une agression physique et à des insultes sexistes. Il aurait attrapé la jeune fille par le bras, pour qu’elle danse pour lui contre de l’argent et l’aurait traitée -entre autre- de « pute ». Il aurait ensuite proféré des insultes racistes contre le videur qui s’interposait puis injurié des fonctionnaires de police. Mais les mêmes journaux maniaient beaucoup moins d’euphémismes pour évoquer ces derniers éléments.

Voir : “Importuner” ou “agresser” ? Injures sexistes minimisées dans l’affaire Placé

Mercredi 11 juillet Jean-Vincent Placé était jugé par le Tribunal correctionnel de Paris. Et le procureur a requis six mois de prison avec sursis, une mise à l’épreuve de deux ans et 1 000 euros d’amende pour « violences, injures à caractère racial et outrage sur personnes dépositaires de l’autorité publique ».

L’agression sexiste, l’insulte sexiste n’apparaissent pas dans cette requête. Le délit d’ « outrage sexiste » n’est pas encore dans la loi (voir :Amende pour outrage sexiste : “Définir un interdit pour modifier les attitudes” ). Il était d’autant plus compliqué de plaider l’agression sexiste que la jeune-fille n’était pas présente au procès. Elle avait préféré se désister suite à une lettre d’excuse de l’ancien ministre. Sans doute a-t-elle intégré l’idée que l’insulte et l’agression sexistes ne sont pas graves. Il faut dire que tout porte à le croire dans les médias et dans les décisions de justice.

(voir #LesMotsTuent : 350 articles épinglés et un début de questionnement dans les médias)

Les mots occultent le sexisme. Certains journaux relatant le procès parlent simplement d’ « incident » avec la jeune-femme réservant les mots « outrage », « insulte » ou « injure » au vigile ou aux forces de l’ordre. A l’audience le prévenu qui s’est par ailleurs dit «honteux» a seulement reconnu avoir été « lourd » avec elle… 

Cependant le procureur a tenu à dénoncer l’occultation du sexisme dans cette affaire et l’absence de la jeune-fille. A l’issue d’une audience exceptionnellement longue pour ce type d’affaire, il a regretté « nous venons de passer trois heures d’audience sans évoquer les violences faites aux femmes! » Pour lui, pas d’euphémisme, la jeune-femme a subi des «violences légères » et un « choc psychologique ». Mais les peines requises ne visent pas ces faits-là. Le seuil de tolérance au sexisme reste haut !  

 

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