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Prostitution, spectacle, foot, ombre et lumière

par La rédaction

Stars de l’équipe de France de football, proxénète et bimbo obsédés par le star-system… « l’affaire » qui s’étale dans la presse remplit la société du spectacle. Image et show-business occultent la réalité du proxénétisme et de la prostitution : contrainte et commerce.


Depuis trois jours s’enchaînent les « révélations » sur « le scandale sexuel des Bleus », ces  stars de l’équipe de France qui auraient eu recours aux services d’une prostituée de luxe, mineure à l’époque des faits. Il s’agit d’une enquête judiciaire, chacun est présumé innocent. Mais le discours sur l’affaire, lui, n’est pas innocent. Il révèle les vices d’une société du spectacle où les graves questions du proxénétisme et de la prostitution se trouvent étouffées sous le matelas de billets du star-system. A l’autre bout de la chaîne, côté supporters, la prostitution, les « trafics de femmes » les viols qui entourent de grands événements sportifs comme le Mondial de foot ne semblent  pas émouvoir grand monde. A tel point qu’une chercheuse a mis au point des préservatifs anti-viol pour la prochaine Coupe du monde.

« Consommation » de filles

Dans l’affaire des stars du foot comme dans bien d’autres, ces questions sont occultées. Jusqu’ici c’était l’omerta. Les Bleus, héros de la Nation « consommaient des jeunes femmes » sans que cela ne déclenche aucun scandale. «  Ce sont des choses qui ont cours dans le monde du football. Cette consommation frénétique de jeunes femmes, prostituées ou non, est une constante » explique Jérôme Jessel, auteur de Sexus footballisticus (éditions Danger public) dans lemonde.fr et d’ajouter plus loin, « les footballeurs sont des gens qui ont beaucoup d’argent et qui sont des consommateurs effrénés avec de nombreux besoins : ils veulent la montre, la voiture, l’appartement et, de la même manière, les filles… »

« Consommer des filles » mises à disposition par des proxénètes fait partie du standing en somme. Cette banalisation de la « consommation de prostituée » était, semble-t-il, encouragée par les équipes dirigeantes du foot,  rassurées de savoir à tout moment dans quels lieux leurs poulains goûtaient au « repos du guerrier. » Et les journalistes, tout à fait au courant des lieux fréquentés par les joueurs n’en disaient mot. Beaucoup savaient et personne n’a eu l’idée de dénoncer le proxénétisme pourtant sévèrement réprimé par la loi.

Le star-system brouille les repères

Aujourd’hui, une nouvelle fois, les repères sont brouillés. S’agit-il encore d’une affaire de prostitution ? S’agit-il vraiment d’une affaire de mineure, alors que la principale intéressée assure que ses clients footballeurs ignoraient son âge ?
L’affaire mêle stars de l’équipe de France de football, proxénète obsédé par le star-system et call-girl du même acabit. Trois éléments de la nouvelle société du spectacle. Un triste triangle loin, bien loin, des trottoirs où viennent s’échouer des filles prises dans les filets de réseaux.

D’un côté, des footballeurs devenus des stars à 20 ans, ces « consommateurs » effrénés coupés du monde réel.

De l’autre, un proxénète qui a cherché à tout prix à se faire connaître à travers une émission de télévision (la Nouvelle Star), avide d’évoluer dans le milieu du show-biz. « Son histoire, c’est avant tout celle d’un garçon qui voulait faire la une des magazines », note le Figaro dans un portrait. C’est curieusement lui qui dans l’espace médiatique, entre les stars du foot et la call-girl, passe le plus inaperçu. Il est aussi, il est vrai, le principal mis en cause dans l’affaire, mis en examen pour « proxénétisme aggravé ».

La call-girl, enfin. Une bimbo  passée par la trash TV – une vidéo d’elle dans une émission « chaude » diffusée sur NRJ12, à laquelle participait également le proxénète présumé, fait désormais le buzz. Difficile de la considérer comme victime, au contraire de l’immense majorité de celles qui sont – par les aléas de la vie ou par la contrainte – poussées à se prostituer. Victime pourtant, sans doute, mais des  incitations médiatiques aux cultes de la gloire et de l’argent faciles.

La pipolisation éclipse le scandale du commerce des corps

Le retentissement médiatique de « l’affaire » et la personnalité de ses éléments se retrouvent toutes en un même périmètre : celui d’un monde du paraître, où l’image – et pour les femmes, le corps surtout – est un produit comme un autre. Ou plutôt, le produit par excellence. En ce sens, on rejoint l’essence de la prostitution. Mais une prostitution, « soft », mise au goût du jour par la téléréalité et qui depuis dix ans crève les écrans et fait vendre les magazines. Quelle différence entre la bimbo des Bleus, attirée par les feux de la gloire, et une Loana devenue star grâce à ses ébats dans une piscine devant les caméras ?

L’ensemble de la presse, toute en circonvolutions (comme le note @rrêtsurimages), égrène les détails de l’affaire, et le secret de l’instruction se délite comme le jeu de l’Equipe de France. Dans les magazines people et leurs centaines de milliers d’exemplaires, elle fera la Une, la bimbo posera dénudée (et pour cela, une fois encore, on l’aura payée) et deviendra une star éphémère, alimentant ce cycle de la « tentation » qui a depuis longtemps débordé des plages d’une île ainsi nommée. Une star vide de sens, à l’image d’une Paris Hilton rendue célèbre par la vidéo de ses ébats sexuels et qui vit depuis de sa vanité. Une star parce qu’elle aura côtoyé le monde merveilleux des people et de l’argent – et au passage utilisé son corps comme moyen de parvenir à ses fins.

Tout cela, finalement, cause un profond dégoût. Pas pour ces footballeurs-stars au pilori, pas pour cette nouvelle star du proxénétisme et cette bimbo revendiquée. Non, un dégoût pour ce triste spectacle monté en graine, et qui éclipse la prostitution de l’ombre. La prostitution de la rue et son cortège de misère, un commerce des corps à mille lieues des flashes du show-business.

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