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Quand Finkielkraut renvoie les femmes à la maison

par Isabelle Germain

Le philosophe, académicien depuis peu, n’apprécie ni la parité politique, ni les femmes qui ne veulent pas sacrifier la maternité au pouvoir ou l’inverse. Mise à jour, 29 avril : Alain Finkielkraut livre une nouvelle version.


Au milieu d’un long entretien accordé au magazine « Acteurs de l’économie », le nouvel Immortel Alain Finkielkraut, auteur de L’identité malheureuse (Stock) répond à quelques questions autour de l’égalité des sexes.

Questions bizarrement formulées puisque l’auteur de l’interview s’inquiète de voir que les femmes doivent composer avec « le déni de la sensibilité, de la douceur, de la bienveillance – enfin ce que la bonne santé de la société espère d’elles. » (!)

Et le philosophe de partir bille en tête sur l’idée, fausse mais très populaire, selon laquelle la parité conduirait à nommer des incompétentes. Son propos se focalise sur des femmes qui n’ont pas la peau tout à fait blanche : « Qui peut raisonnablement penser que les ministres Rama Yade ou Rachida Dati ont été retenues pour leur… intelligence politique ?

Une « beurette » Garde des Sceaux… », assène-t-il. Et il continue : « De son côté, Najat Vallaud-Belkacem aurait-elle été choisie porte-parole du gouvernement si elle n’avait pas été originaire du Maroc ? Christiane Taubira elle-même a-t-elle été préférée à André Vallini au nom de ses seules dispositions professionnelles ? »

Mise à jour, 29 avril : Ce dernier paragraphe ne figure plus dans l’interview publiée sur le site « Acteurs de l’économie ». C’est qu’après la publication de notre article, qui a connu une très large diffusion et a rebondi dans Le Parisien, Alain Finkielkraut a réagi. Il nous explique n’avoir pas pu relire, faute de temps, son interview, et « reconnaît pour [s]ienne » une nouvelle version, amendée. Ou plutôt, expurgée de quelques formules. Exeunt, donc les références ci-dessus à la « beurette Garde des Sceaux, aux origines de Najat Vallaud-Belkacem et Christiane Taubira ; ainsi que la critique, évoquée plus loin dans cet article, adressée à Juliette Méadel pour son congé maternité.  Aucun changement sur le fond, toutefois.

Rappelons qu’à ce stade de l’interview, le philosophe ne répond qu’à une question sur « la condition de la femme ». Mais il n’évoque pas les autres femmes ministres, pas plus qu’il ne semble se souvenir de « l’intelligence politique » de ministres dits d’ouverture comme Bernard Laporte ou David Douillet (voir leurs exploits plus bas). Et il semble ignorer que les lois sur la parité ne sont pas faites pour porter des incompétentes au pouvoir mais pour éviter que des femmes compétentes n’en soient écartées.

Diriger et enfanter

Mais ce n’est pas tout ! Pour répondre à la question suivante – « Finalement, la parité n’est-elle pas, malgré elle, l’ennemie de la différence ? » – le voilà qui dénie aux femmes la possibilité de cumuler responsabilités professionnelles et maternité. Et de s’en prendre à Juliette Méadel, éphémère directrice du think tank de gauche Terra Nova, virée après avoir travaillé pendant son congé de maternité. Celle qui a pris la succession d’Olivier Ferrand a en effet travaillé bénévolement, puis été embauchée à l’issue de son congé de maternité et remerciée lors de sa période d’essai officielle. Voici ce qu’en dit Finkielkraut lorsqu’il parle des femmes qui briguent des postes de pouvoir :

« Or nombre d’entre elles ne sont pas prêtes à tout sacrifier à la politique, [Mise à jour : dans sa nouvelle version, Alain Finkielkraut retire toute la partie suivante :] et la réalité est qu’aussi, lorsqu’elles veulent cumuler de hautes responsabilités et une existence de mère « normale », rien n’est évident. L’égalité des droits ne signifie pas l’interchangeabilité des comportements. En optant pour un congé maternité juste après avoir succédé à Olivier Ferrand, brutalement décédé, à la tête de la Fondation Terra Nova, Juliette Méadel n’avait-elle pas mis en danger le think tank ? »

Pas question, donc, pour Alain Finkielkraut de réfléchir à une société moderne qui permettrait de cumuler poste de pouvoir et maternité. Pour lui, les Françaises vont très bien à condition qu’elles marient « féminité et féminisme ». « Même lorsque la France était inégalitaire et patriarcale, les femmes étaient présentes, sortaient, étaient érudites, exerçaient un rôle, bref elles existaient, et cela essaimait dans toutes les sphères de la société », affirme-t-il. Tout allait bien donc, tant qu’elles ne briguaient pas le pouvoir. Pas de précisions sur la période à laquelle il se réfère, ni sur l’idée implicite selon laquelle la France ne serait plus inégalitaire et patriarcale… L’académicien, dont l’immense culture est proverbiale, n’a manifestement pas étudié le féminisme.

 

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3 commentaires

09 Aziza 25 avril 2014 - 16:00

le problème, c’est que la tenue des « opinions » d’un auteur sur les femmes-et, apparemment les ethnies autres qu’occidentales-est exclue du champ de l’évaluation de ses capacités intellectuelles.
Proférer de telles âneries misogynes et racistes est impossible si on est vraiment intelligent. le voilà à l’Académie….coopté par d’autres misogynes lettrés, sans doute? Qu’attend « La Barbe? »

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09 Aziza 25 avril 2014 - 16:05

Il fallait lire la teneur!

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flo 28 avril 2014 - 09:10

@ 09 Aziza : mais oui d’ailleurs qu’attend la Barbe ? Vous ? Moi ? une visibilité médiatique ? des relais politiques ? de l’admiration ? un soutien financier en achetant leur bouquin ? des remerciements pour leur engagement et pour ces opérations concrètes, intelligentes, courageuses, périlleuses parfois, que ce collectif de femmes mène pour TOUTES les autres femmes ?
ps : les activistes de La Barbe sont déjà allées à l’Académie, elles sont bien les seules d’ailleurs…

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