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Quand la Toile désinforme

par Isabelle Germain

googleLe délit d’entrave numérique à l’IVG veut résoudre une partie du problème de la désinformation. Mais la liberté d’expression sur Internet appartient à ceux qui ont les moyens de gagner la bataille du référencement.


 

Désormais, ce sont les rois de l’algorithme qui forgent l’opinion. Dans son essai The Filter Bubble (« La bulle filtrante », Penguin Books), Eli Pariser montre que, lorsqu’on s’informe sur Internet, de savants algorithmes nous proposent systématiquement en priorité des données sur ce qui a été analysé comme nos centres d’intérêt par les moteurs de recherche et mettent à distance les informations qui seraient inadaptées à notre profil. Deux personnes qui font une même requête sur un même moteur de recherche n’obtiendront pas les mêmes liens. Ce qui fait craindre un assèchement intellectuel et l’enfermement de chacun dans sa bulle.

Pas extraordinaire pour la démocratie. Pas complètement nouveau non plus. Pierre Bourdieu observait un phénomène assez similaire avec les « vieux » médias de masse filtrés par les suppositions des médiateurs sur les attentes du public.

Mais il n’y a pas que cela. La démocratie est aussi menacée par ceux qui savent se placer sur les moteurs de recherche. Les militants anti-avortement ne se contentent plus de protester devant les centres qui pratiquent l’IVG. Désormais, ils prennent possession de la notion d’avortement sur Internet en se plaçant au mieux sur la route des algorithmes pour dissuader de façon très pernicieuse les internautes d’avoir recours à l’IVG.

Liberté d’expression de qui ? De ceux qui ont les moyens, les autres crient dans le désert

La ministre en charge des Droits des femmes veut mettre le holà à cette pratique en créant un délit d’entrave numérique. La fenêtre de tir est étroite. Il faut légiférer sans contrevenir à la liberté d’expression. Seuls pourront donc être condamnés les sites qui « cherchent à tromper délibérément les internautes en se faisant passer, au premier abord, pour des sites ‘purement informatifs’ ». Les sites défendant ouvertement une opinion anti-IVG ne sont pas interdits, au nom de la liberté d’expression.

Pour bien se placer dans les résultats des moteurs de recherche il faut des moyens techniques, humains et financiers que les associations défendant l’avortement n’ont pas. La bataille du référencement est aussi une question de gros sous. La liberté d’expression appartient surtout à ceux qui ont de l’argent, les autres sont libres de crier dans le désert.

 

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