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Quand Madeleine Riffaud, journaliste, 98 ans, raconte l’hôpital

par Isabelle Germain

Résistante et ancienne journaliste Madeleine Riffaud a passé 24 heures dans un hôpital parisien le 4 septembre. Elle dénonce « l’état lamentable du secteur de la santé »

Madeleine Riffaud sur France Inter le 23 août 2021

« Mon sort est celui de millions de Parisiens et de Français. » Dans une tribune parue lundi 19 septembre sur le site de la revue Commune et adressée au directeur de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), Madeleine Riffaud, journaliste, 98 ans, dénonce les conditions de sa prise en charge à l’hôpital Lariboisière à Paris le dimanche 4 septembre. 

Madeleine Riffaud est une grande résistante, elle a été journaliste de guerre, elle a couvert notamment la guerre d’Algérie et la guerre du Vietnam. En 1974 elle réalise « une enquête de l’intérieur » s’engageant « incognito comme aide-soignante » dans un hôpital parisien et publie le livre « Les linges de la nuit » qui se vendra à près d’un million d’exemplaires en 1974.

« Hôpital d’il y a cinquante ans ou hôpital ultramoderne, les problèmes sont toujours les mêmes : manque de personnel qualifié, manque de crédit, l’écart se creuse entre la technique de la médecine de pointe et les moyens mis à sa disposition » écrit-elle dans sa lettre.

Son témoignage sur l’hôpital en 2022 est accablant :  «Je suis restée 24 heures sur le même brancard, sans rien manger, dans un no man’s land. C’était Kafka. » . Elle explique s’être rendue aux urgences ce jour-là « pour un examen important dû à un Covid long».

Madeleine Riffaud écrit s’être « retrouvée couchée au milieu de malades qui hurlaient de douleur, de rage, d’abandon, que sais-je. Et les infirmières couraient là-dedans, débordées. Elles distribuaient des « J’arrive ! » et des « ça marche ! » « J’arrive, j’arrive ! ». Mais personne n’arrivait. Jamais.».

 L’ancienne résistante, qui précise être aveugle, raconte avoir traversé ce qu’elle pense être une cour : «Il faisait plus froid, c’est tout ce que je peux dire. Et puis on m’a laissée là, sans aucune affaire, sans moyen de communication avec mes proches».

Son témoignage a été également publié dans le quotidien La Croix et repris par plusieurs médias. Elle a répondu à une interview télé sur France 5 (voir plus bas).

Réponse de l’AP-HP dans un communiqué du 20 septembre : « La patiente s’est présentée seule en ambulance aux urgences de l’hôpital Lariboisière le 4 septembre 2022 à 12h10. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation, enregistrée dans le circuit de prise en charge du service puis auscultée par le médecin senior à 12h25, lequel lui a prescrit un certain nombre d’examens. Les prélèvements biologiques ont été réalisés à 12h43 et un scanner a été effectué à 17h25. Dans la soirée, la patiente a été transférée dans le secteur d’hospitalisation de courte durée des urgences. Le 5 septembre au matin, après l’examen clinique du médecin, la patiente a été transférée vers un autre établissement de santé adapté à sa situation médicale »,

Madeleine Riffaud avait répondu par avance à cette explication « clinique » : « Après la sortie du livre [en 1974], j’avais rencontré le directeur de l’Assistance Publique dans un face à face télévisé. Nous étions tombés d’accord sur tous les points ! Tout le monde est d’accord, sauf les gouvernements qui se suivent et qui, au mieux, ne bougent pas. »

Interview sur France 5 : https://www.youtube.com/watch?v=lA0BAL4xxSM

France Inter a consacré deux émissions remarquables à Madeleine Riffaud

Madeleine Riffaud, résistante – Culture prime

Madeleine Riffaud, le petit soldat de l’hôpital : Série profession invisible –

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