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Quand Marie Donzel démasque les icônes de la « pop culture »

par Isabelle Germain

« 7 icônes de la pop culture pour comprendre le sexisme » décrypte avec humour les rapports de genre. Sept seulement ? Marie Donzel avait l’embarras du choix. Chronique et interview bonus.

Il était une fois… Marie Donzel est consultante en innovation sociale, autrice, blogueuse. Depuis longtemps, elle débusque le sexisme dans tous les recoins de nos vies.  Les théoricien.n.es des questions de genre et de discrimination n’ont aucun secret pour elle. Mais elle a choisi d’expliquer leurs travaux par le truchement des héroïnes de la pop culture, chantres d’un sexisme insidieux. Et c’est terriblement efficace. Les histoires qui commencent souvent par « il était une fois » finissent par enfermer les femmes et les hommes dans des rôles sociaux… une bonne fois pour toutes.

Marie Donzel rend d’abord hommage à Katha Pollitt qui a propulsé le syndrome de la Schtroumpfette. La belle blonde au milieu des bonhommes bleus est sommée d’incarner le féminin tandis que les Schtroumpfs peuvent endosser des tas de rôles, métiers, fonctions, traits de caractères variés. Pour eux une grande variété de modèles, pour elle, l’éternel féminin ou rien…

Puis place au « complexe de Mérida ». Car c’est l’héroïne du dessin animé Rebelle qui incarne le mieux la « valence différentielle des sexes » décortiquée par Françoise Héritier. Aventurière, on la dit « garçon manqué »… Tout un concept ! « Garçon manqué » est un compliment car l’homme et tout ce qu’il peut accomplir est supérieur à tout ce que peut faire une fille. Tandis que « fille manquée » n’existe pas et l’idée même est loin d’être valorisante pour un garçon.

Les petites filles modèles, la princesse au petit pois, Mary Poppins, Pretty woman, Les héroïnes de Marie Donzel font un tour d’horizon complet des stéréotypes qui étriquent la vie des femmes… et des hommes. Car Madame Doubtfire montre que les hommes ont aussi leurs carcans. Pourquoi se déguiser en femme pour être un bon père ?…

Quand les icônes de la pop culture tombent le masque, le sexisme saute à la figure. Alors, conclut l’autrice avec « La reine des neiges », il est temps de chanter « Libéré.e, délivré.e… je ne mentirai plus jamais ».

Trois questions à Marie Donzel

LNN : Les sept icônes choisies font le tour du sexisme, mais il y en avait sans doute beaucoup plus. Qui d’autre aurait eu sa place dans le livre ?
J’ai dû faire des choix… J’ai laissé de côté Hermione, le « second rôle » dans Harry Potter, Samantha dans Ma sorcière bien aimée. Quelle idée d’utiliser ses pouvoirs de sorcière pour faire les tâches ménagères ! Les Drôles de dames qui répondent d’une seule voix quand leur Pygmalion Charlie les interpelle. Bridget Jones : il y a tant à dire sur la figure de la fille célibataire à qui on dit qu’elle n’a « pas de vie » et à qui on prédit qu’elle finira bouffée par son chat. Tatie Danielle : les vieilles dans la fiction, c’est soit des « Poupette » comme dans La boum , soit des peaux de vache finies… Et les ni-jeunes ni-vieilles, elles n’existent carrément pas comme le dit avec force le collectif AAFA-Tunnel de la comédienne de cinquante ans… Ma fille m’a aussi récemment fait remarquer que dans les Aventures d’Astérix, les femmes ne boivent pas la potion magique.
Bref, oui, toute notre nourriture « pop culture » se prête à l’exercice d’une lecture des rapports de genre. Mais mon objectif n’est pas de faire l’exégèse féministe de tout notre corpus culturel, c’est vraiment de rendre appropriables des concepts et des idées de la pensée sur l’égalité en proposant des images partageables par le plus grand nombre. C’est vraiment facilitant d’avoir la Schtroumpfette sous la main pour présenter le travail de Moscovici sur les minorités actives ou de pouvoir convoquer Merida, l’héroïne du dessin animé Rebelle, pour donner en quelques instants des clés de compréhension de la pensée de Françoise Héritier.

LNN : A quelles icônes faudrait-il se vouer pour vivre dans un monde féministe ? Beaucoup de femmes ont trouvé dans Daenerys Targaryen, l’une des héroïnes de Game of Thrones, leur icône féministe. Et c’est vrai que malgré les ambiguïtés de la série en matière de sexisme, les femmes y ont de vrais rôles, et souvent des rôles de leadership. Claire Underwood, dans House of Cards, incarne aussi un personnage féminin à part entière, malgré un synopsis de départ qui la positionne en « femme de… ». On voit de plus en plus de personnages féminins affirmés dans les séries, au cinéma, dans les dessins animés. Mais on est encore pas mal dans le « girl power » : cette façon appuyée de la fiction contemporaine à montrer des femmes ultra-puissantes indique que le pouvoir des femmes est encore vu comme quelque chose d’exceptionnel. Tout en me réjouissant de cette évolution et surtout de l’effet que cela produit sur les femmes de la nouvelle génération qui sont bien moins timides que nous le fûmes quand il s’agit de se défendre contre les agissements sexistes et/ou d’assumer de l’ambition, je trouve personnellement plutôt mes icônes dans des figures féminines en apparence plus banales mais au franc-parler qui déménage et dont l’esprit libre s’exprime au quotidien : Hannah dans la série Girls ; Daria du dessin animé culte des années 1990, Ifemelu dans le best-seller de Chimamanda Ngozi Adichie Americanah… Au-delà des icônes, la question est celle des rôles-modèles : plus les rôles-modèles féminins, réels ou fictionnels, seront diversifiés, plus les femmes auront la possibilité de se projeter dans leur propre diversité à elles-mêmes, par-delà les stéréotypes et les attendus sociaux à leur égard.

LNN : Est-ce que les dirigeants d’entreprises sont réceptifs à cette démonstration du sexisme par la pop culture et plus enclins à mettre en place des stratégies innovantes en faveur de l’égalité professionnelle ?
Le livre est bien reçu par le monde de l’entreprise, comme la conférence et les ateliers de formation que j’y ai associés pour renouveler mon approche pédagogique de la sensibilisation au sexisme. Ce qui est apprécié, c’est cette entrée dans le sujet par une certaine « fantaisie » qui rompt avec l’idée préconçue que la thématique est maussade. Ce qui me réjouit le plus, pour ma part, c’est de voir comme les participant·e·s aux formations et aux conférences s’emparent du « truc » pour s’approprier le sujet : elles et ils proposent d’autres icônes de la pop culture et engagent la réflexion et la discussion sur ce qu’elles racontent des rapports entre les genres. On me parle de Mulan, de The Good Wife, de Petit Ours Brun, de Barbie, du Club des Cinq, de Cat’s Eye… Et c’est réjouissant, car c’est aussi une occasion de provoquer du dialogue intergénérationnel : les plus jeunes racontent l’intrigue des derniers Disney aux moins jeunes qui leur racontent leurs souvenirs de Candy ou des enquêtes des sœurs Parker ! Donc, je suis plutôt satisfaite des effets que produit cet ouvrage sur le terrain où j’exerce, mais ce serait présomptueux de dire que le bouquin pousse à des stratégies innovantes. J’espère juste qu’il y apporte sa pierre, avec de nombreuses autres initiatives, à un moment où, effectivement, les politiques d’égalité professionnelle et d’inclusion sont en train de se réformer dans de nombreuses organisations : MeToo a clairement changé la donne sur la question du sexisme ordinaire et du harcèlement sexuel, « l’index Pénicaud » est pris au sérieux, les entreprises s’intéressent à des questions qu’elles laissaient de côté auparavant, comme par exemple les violences faites aux femmes dans la vie dite « privée »… Et de ce fait, elles renouvellent leur questionnement sur la frontière entre la vie personnelle et la vie professionnelle, qui jusqu’ici n’était abordée que sous l’angle de la parentalité et de la conciliation des temps de vie.

7 icônes de la pop culture pour comprendre le sexisme, Marie Donzel, Editions Fil rouge

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