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Quand Sud-Ouest va voir les prostituées

par Isabelle Germain

 SOC’est à une apologie des supermarchés du sexe de la frontière espagnole que se livre le quotidien régional. Sans regarder de l’autre côté du miroir la réalité du trafic de femmes

Décidément, Sud-Ouest !… Après un dérapage (rectifié depuis) sur un viol qui ternissait les fêtes de Bayonne et la réputation du maire de la ville, voici que le quotidien régional se livre à une véritable apologie de la prostitution dans les supermarchés du sexe de la frontière espagnole.

Un de ses reporters s’est rendu sur place et n’a vu qu’ambiance bon enfant et prostituées extatiques. Rien sur les trafics de femmes, pas un chiffre rappelant que plus de 80 % des prostituées ont été forcées après avoir été abusées par des trafiquants qui leur promettaient la lune.

Tout à son bonheur d’aborder un sujet qu’il croit léger, le journaliste en fait des tonnes sur ces prostituées d’Amérique Latine « À la Frontera, c’est bikinis blancs et robes rouges sur peau cuivrée. L’Amérique latine à la portée des lapins. » Et ce groupe de jeunes « Parfumés, bien coiffés, leurs yeux rouges brillent d’une ivresse pas catholique. »

Quand aux prostituées bien sûr, elles affirment adorer leur métier. Et les proxénètes sont évidemment de braves types désintéressés. Les jeunes que suit le journaliste livrent même une conclusion en guise d’avertissement aux Françaises pas assez « sympas » à leur goût : « Je retournerai dans les bars normaux quand les Françaises seront plus sympas. En attendant, je peux toucher des filles que t’auras jamais l’occasion de toucher », avec ce commentaire gourmand du journaliste : « conclut-il, un sourire bravache aux coins des lèvres. » Evidemment, l’article est émaillé de « plus vieux métier du monde » histoire de masquer le côté sordide des trafics…. Nous sommes donc au pays des braves types selon le quotidien régional.  Aussi braves que le proxénète Dodo la Saumure qui a table ouverte sur une émission de service public.

Il faut naviguer longtemps dans les commentaires pour trouver quelques éclairs de lucidité et une connaissance de l’envers de la prostitution. Certains commentateurs hostiles à l’article se plaignent d’avoir été censurés. Mais Didier Bois par exemple arrive à dire que les prostituées sont « sous la coupe de réseaux de proxénétismes puissants », que même dans les pays où la prostitution est légalisée, plus de 95 % des prostituées ont un proxénète qu’elles appellent « ami » par peur des représailles. Ulla disait qu’elle ne cherchait pas à protéger son proxénète mais à sauver sa peau. Mais Sud-Ouest ne veut pas le savoir.

 

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Et bien sûr notre DOSSIER – Prostitution … vers l’abolition ?

 

 

 

 

 

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15 commentaires

15 commentaires

MEP 28 août 2013 - 09:36

Je continue sur votre lancée, du coup, car il y a un paquet de phrases choquantes dans cet article :

un bar bien connu pour les délices qu’il recèle

Délices pour qui ?

ce « puticlub » de l’autre côté de la Bidassoa est connu des jeunes, de Bordeaux à Pau, qu’ils appellent communément « la F »

bien entendu, lorsqu’on lit « les jeunes », on doit comprendre « les jeunes hommes ».

le choix de la transparence est fait

Celle de la nuisette, peut-être. Quant à l’autre… Celle sur le vrai consentement des femmes, par exemple, qui n’en est jamais un lorsqu’elles ont été abusées.

L’eldorado derrière l’écran

Heu. Je me répète mais.. L’eldorado pour qui ?

Même les femmes peuvent prendre un ticket.

Révolution.

Logées, nourries, blanchies », assure un employé de la Frontera. En effet, louer des chambres à des prostituées est toléré, mais les propriétaires ne peuvent pas prélever de taxe sur les revenus. Ils tomberaient alors sous la loi contre le proxénétisme.

Blanchies. Mais ont-elles besoin de l’être ? Ne sont-ce pas les clients qui devraient chercher à l’être ? Et ces pauvres propriétaires qui risqueraient de tomber sous la loi.

Le jeu de l’amour en inversant les rôles, c’est le miroir aux alouettes.

Mouais. Jeu. Amour. On repassera.

Un large catalogue d’ouvrières du sexe à disposition.

Catalogue ? à disposition ? Meubles, tapisseries ? Ah, non ! Femmes ! Etres humains ! Ah oui c’est vrai. Ouvrières du sexe, c’est mignon aussi tiens. Elles fabriquent des zizis, c’est ça ?

Et le tout enrobé de pubs gratuites pour pour les tenant des maisons closes puisque les noms sont cités, et bien sûr, en parlant de « filles » et non de « femmes ». Ca rappellerait trop que c’est sérieux, comme sujet, en fait.

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Jenofa Cuisset 28 août 2013 - 12:30

Ecrivez à l’adresse courriel de l’agence de Bayonne. J’ai des bonnes raisons de vous dire qu’ils sont déstabilisés par nos réactions.
http://jenolekolo.over-blog.com/sud-ouest-le-quotidien-r%C3%A9gional-prox%C3%A9n%C3%A8te

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Opsc 28 août 2013 - 13:09

Je vous invite à aller regarder l’adorable profil de l’auteur de l’article: https://www.facebook.com/darriou

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isabelle germain 28 août 2013 - 13:23

« Jenofa Cuisset »
Ecrivez à l’adresse courriel de l’agence de Bayonne. J’ai des bonnes raisons de vous dire qu’ils sont déstabilisés par nos réactions.
http://jenolekolo.over-blog.com/sud-ouest-le-quotidien-r%C3%A9gional-prox%C3%A9n%C3%A8te

Vraiment ? Leur article est toujours en ligne

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Orianne 28 août 2013 - 13:27

J’ai envoyé un message à l’auteur de l’article en lui donnant le lien vers le vôtre. Peut-être aurons-nous droit à une réponse, qui sait?

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florence 28 août 2013 - 15:46

Lire à ce propos le compte-rendu à l’Assemblée Nationale de l’étude réalisée à la demande du Conseil Général des Pyrénées Orientales, menée par Mme Neuville, portant sur le phénomène prostitutionel de la Junquera et son impact sur les habitant(e)s des PO… Edifiant.
http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/cr-delf/12-13/c1213013.pdf

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Jenofa Cuisset 28 août 2013 - 17:40

Ils ne le retireront pas l’article. Mais moi qui ne suis rien, j’ai reçu un appel du directeur d’agence visiblement très ennuyé de nos réactions— mais n’en comprenant pas la raison—-

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Roinel Nicole 29 août 2013 - 07:15

Je crois que c’est une femme qui a été élue députée de Pau en remplacement de Bayrou. Qu’attend-elle en tant qu’élue nationale pour répondre à cet article dans un journal local de la région qui la concerne directement ? Si nos politiques ne prennent pas en mains (!)la prostitution, il n’y a aucune raison que le trafic des femmes s’arrête. Cela rapporte trop d’argent, seules la loi et la justice peuvent (essayer de) faire quelque chose.

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Aziza 29 août 2013 - 08:24

la tonalité des propos cités montrent qu’en effet, les rédacteurs de l’article ne connaissent rien au sujet, d’une part, et sont complètement androcentrés, d’autre part…il n’est pas reflété autre chose que le point de vue d’un consommateur mâle de sexe.
je crois que les grandes tirades ne servent à rien. Ils ne sont pas en capacité de comprendre.
Leur dire « Et si c’était votre fille, votre soeur, votre fiancée, seriez vous toujours aussi euphorique sur ces pratiques ? » est peut être plus efficace.En démontrant que n’importe quel femme dans la détresse peut se faire abuser par un proxénète; et en détaillant le « dressage » auquel elles sont soumises.
Je pense qu’il faudrait faire des affiches-chocs, comme les anglais pour le VIH.

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MEP 29 août 2013 - 08:34

« Aziza »
la tonalité des propos cités montrent qu’en effet, les rédacteurs de l’article ne connaissent rien au sujet, d’une part, et sont complètement androcentrés, d’autre part…il n’est pas reflété autre chose que le point de vue d’un consommateur mâle de sexe.
je crois que les grandes tirades ne servent à rien. Ils ne sont pas en capacité de comprendre.
Leur dire « Et si c’était votre fille, votre soeur, votre fiancée, seriez vous toujours aussi euphorique sur ces pratiques ? » est peut être plus efficace.En démontrant que n’importe quel femme dans la détresse peut se faire abuser par un proxénète; et en détaillant le « dressage » auquel elles sont soumises.
Je pense qu’il faudrait faire des affiches-chocs, comme les anglais pour le VIH.

+1 Aziza ; mais il faut travailler en parallèle pour avoir des rapports solides (comme celui proposé par florence ci-dessous).

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Marie_nt 29 août 2013 - 09:13

Je vous conseille effectivement l’ouvrage en référence, extrêmement complet sur la situation de la prostitution dans cette région frontalière.

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patxaran 29 août 2013 - 09:52

Ce n’est pas la première fois que sud-ouest fait ce genre d’article. Ils ont fait le même l’année dernière il me semble.

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Roinel Nicole 29 août 2013 - 13:58

Renseignements pris sur Internet, si c’est vraiment Olivier Darrioumerle qui a écrit l’article, Olivier a 29 ans, est plutôt pas mal de sa personne, et n’a sans aucun doute pas besoin de payer pour trouver des partenaires, quel que soit leur sexe. Je comprends donc mal qu’il s’extasie sur l’ambiance de joie qu’il a ressentie dans ce type de « maisons ». C’est comme si on disait qu’à Pigalle la joie et la gaieté transpirent de partout. il suffit de se promener dans ces quartiers pour voir qu’il n’en est rien.
Décidément… à quand un code de déontologie des journalistes, comme il en faudrait un pour les publicitaires qui inondent nos murs et les devantures de libraires de publicités sexistes agressives pour tout le monde. Si vous me dites que ce code de déontologie existe pour les journalistes, je répondrai que je ne m’en étais jamais rendu compte.
Revenons aux travailleurs du sexe pour personnes handicapées dont il a été question un moment, travailleurs aux prestations prises en charge par la sécurité sociale, qui seront ces travailleurs ?….

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taranis 29 août 2013 - 14:43

OUI gloire à une économie criminelle coupable de violences inouïes à l’encontre de femmes et d’enfants déplacés, dressés, violés, torturés. Pourquoi tant d’indulgence à leur égard, pourquoi cette impunité alors que la prostitution est bien une violence sexuelle? SO devrait plutôt s’inquiéter des constats catastrophiques et alarmants des pays qui ont légalisé la prostitution Ces pays sont débordés par des mafias proxénètes de plus en plus puissantes, la traite s’est intensifiée, les profits financiers sont gigantesques. L’exploitation des personnes prostituées est grandissante : on constate un développement des pratiques de plus en plus violentes et dégradantes, avec des prix au rabais, des femmes soldées. Le lobby pro-prostitution dont ce réclame ce journaliste et la ligne éditoriale qui la approuvé veut nous convaincre que dans les pays abolitionnistes, les prostitué-e-s sont plus en danger que dans les pays qui ont légalisé la prostitution comme l’Espagne. Ceci n’a aucun sens. Dans tous les pays, quel que soit leur régime, réglementariste, abolitionniste et prohibitionniste, les meurtres de prostituées sont bien trop nombreux, particulièrement dans les pays réglementaristes où la criminalité est en augmentation. Ces meurtres sont toujours perpétrés par des hommes violents, des proxénètes ou des clients. Actuellement, la plupart des meurtres (comme des violences) ont lieu « à l’intérieur » donc aussi dans les bordels

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Lora 31 août 2013 - 11:05

Tout à son petit plaisir machiste de voir tant de jeunes et jolies femmes être offertes aux désirs des hommes, ce journaliste ne voit pas (ou occulte) l’horreur que vivent ces femmes au quotidien.

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