Accueil MédiasBruits et chuchotements Quand Suzanne Lindon reprend le fantasme du féminisme revanchard

Quand Suzanne Lindon reprend le fantasme du féminisme revanchard

par Isabelle Germain

La jeune réalisatrice se livre à une candide diabolisation du féminisme sur France Inter, sans réaction des journalistes. Le fantasme du féminisme revanchard est toujours réalimenté.

Suzanne Lindon a 21 ans et déjà un premier film à l’affiche, « Seize printemps », applaudi par la critique. Réalisatrice, scénariste et actrice dans ce film, elle fait le tour des médias pour en parler après la longue hibernation culturelle du Covid. Selon les critiques, l’histoire n’est pas racontée de la même façon. Histoire « d’une adolescente qui s’éprend d’un trentenaire français » pour le Figaro, l’histoire d’une « adolescente des beaux quartiers qui s’ennuie et fantasme sur un homme du double de son âge » selon Le Monde. Le site Le genre  & l’écran qualifie le scénario autrement : « vision béate d’une situation potentiellement toxique : les rapports amoureux entre une très jeune fille et un homme adulte ». Le film fait du bruit parce qu’il avait été sélectionné en compétition officielle à Cannes 2020 parmi plus de 2000 candidats pour 57 élus. Les critiques rappellent aussi que la réalisatrice est la fille de Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon, ce qui ne lui retire pas «  la possibilité d’avoir du talent » écrit Ginette Vincendeau dans Le genre & l’écran mais pourrait bien expliquer en partie sa notoriété fulgurante.

Ce mardi matin sur France Inter, Suzanne Lindon se trouve face à une interrogation de Léa Salamé : « à la question ‘êtes-vous féministe, vous répondez ‘je suis humaniste’, c’est-à-dire ?» Réponse : « « Le féminisme c’est le combat important. Mais j’ai peur des extrêmes, et j’ai l’impression que mon féminisme s’arrête à l’endroit où les femmes voudraient dépasser les hommes, se venger d’eux pour avoir eu un pouvoir trop important trop longtemps » Bingo ! La réalisatrice reprend une vieille antienne antiféministe en diabolisant des femmes imaginaires qui voudraient prendre leur revanche sur les hommes. Un fantasme qui aurait pu être dégonflé si les journalistes avaient demandé d’étayer le propos : qui sont ces féministes qui veulent se venger des hommes ? des noms ? des citations de femmes qui voudraient « dépasser les hommes?»

Procès du féminisme

Ceux qui instruisent le procès du féminisme ont table ouverte dans les grands médias. Sans contradiction. Ils crient avant d’avoir mal, déforment les idées féministes pour mieux les contredire. Sans être contredits eux-mêmes. Opposer les « bonnes » féministes aux agressives est un vieux sport national. Quand Gisèle Halimi est morte elle a été présentée comme une « bonne féministe » par ceux qui voyaient partout des « néoféministes» assoiffées de revanche. Vivante, elle exaspérait pourtant ces mêmes antiféministes qui croyaient à un complot féministe contre les hommes (lire :  HOMMAGES À GISÈLE HALIMI, BREVETS DE FÉMINISME ET THÉORIE DU COMPLOT)

La réponse reprise par FranceInter sur twitter a exaspéré la féministosphère. Mais beaucoup affirment sportivement qu’à l’âge de Suzanne Lindon, elles avaient la « conscience féministe d’une huitre ». Normal, elles entendaient dans les médias la vieille antienne répétée par Suzanne Lindon sans contradiction.

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lechatquis'envatoutseul 18 juin 2021 - 17:48 Répondre

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