Accueil Médias Que dit la polémique sur les gros plans de supportrices ?

Que dit la polémique sur les gros plans de supportrices ?

par Isabelle Germain

Emission « Les GG veulent savoir  » RMC-BFM 13-7-18

La Fifa a demandé aux télés de réduire les gros plans sur les jolies spectatrices de la Coupe du monde. L’occasion pour beaucoup de se défouler sur les féministes.

A quelques jours du dernier match de la Coupe du monde de foot, le responsable du programme diversité de la Fédération internationale de football (Fifa), Federico Addiechi, a déclaré qu’il souhaitait que moins d’images de femmes « sexy » dans les stades soient diffusées à l’avenir, selon l’agence AP. Une annonce faite à l’issue d’un briefing mercredi dernier. Le récit de ce briefing précise que les organisateurs redoutaient des problèmes de racisme « mais la Coupe du monde a été calme de ce point de vue et personne ne s’en plaindra ».

Faute de grives… Regardant de plus près la question du sexisme, la Fifa a observé ces gros plans sur des supportrices et a lancé cet appel. Etre responsable de la diversité, c’est lutter contre des stéréotypes conduisant les hommes à être des héros sur le terrain ou des supporters viril et les femmes des objets de décoration et/ou de désir. Rien de plus.

Un léger mouvement dans ce sens est d’ailleurs à l’œuvre dans le sport sur le Tour de France ou dans la formule1 par exemple. Non sans critiques bien sûr…Mais la distribution des rôles -femme décorative, homme sur le terrain- en sport a toujours de beaux jours devant elle.

(voir Pendant la coupe du monde, la foire aux femmes journalistes)

La Fifa a ainsi suivi les recommandations de l’association FARE Network, qui avait dénoncé le harcèlement subi par les femmes dans les rues et par les femmes journalistes pendant la compétition. Elle a été sensible à l’énorme bourde de Getty Images qui avait créé une galerie photo des « supportrices les plus sexys du Mondial » , avant de la retirer.

Cet appel de la Fifa est une aubaine pour les antiféministes ! Si, sur les réseaux sociaux, certains y ont vu une allégeance à des pays qui veulent cacher les femmes –la prochaine Coupe du monde aura lieu au Qatar-, la plupart des ironiques sont revenus aux fondamentaux : taper sur les féministes (qui n’avaient rien demandé). L’exercice est toujours le même : leur faire dire ce qu’elles n’ont pas dit pour les ridiculiser.

Au passage, il est à noter que la plupart des articles consacrés à la déclaration de la Fifa sont illustrés par des photos de jolies femmes dans les gradins. C’est vendeur.

Bien sûr, c’est dans la presse conservatrice que les chevaux sont lâchés. Un éditorialiste du Figaro voit « une décision symbolique des dérives du néoféminisme actuel. » Et sur les réseaux sociaux, les journalistes de ces médias s’en donnent à cœur joie. Eugénie Bastié, du Figaro appelle Flaubert au secours pour dénoncer ce qu’elle estime être de la pudibonderie.

https://twitter.com/EugenieBastie/status/1017683061780221953

Dans la conversation qui s’engage avec les twittos, il est question aussi de « revanche des boudins ».

Même type de conversation chez une éditorialiste de BFM, Apolline de Malherbe, qui se fait remettre sèchement à sa place 

https://twitter.com/AD_DeThemyscira/status/1017763061321621504

Certains plateaux télé sont pleins de gens qui affirme ne pas comprendre pourquoi il faudrait « cacher les jolies femmes »…  L’émission « Les Grandes gueules veulent savoir » sur Rmc-Bfm a saisi l’occasion de taper sur les féministes avec toujours les mêmes reproches : elles seraient puritaines, pudibondes, n’aimeraient pas les jolies filles. Et sur les réseaux sociaux les beaufs prennent le relais. L’invitée punching-ball de l’émission, Raphaëlle Rémy-Leleu, porte parole d’Osez le féminisme, qui n’a pas pu dire grand-chose, voit qu’on invente des propos qu’elle n’a pas tenus. Sur Twitter, des beaufs lui font dire que ces images de belles femmes sont frustrantes pour les autres femmes. Ce qui n’était bien-sûr pas son propos.

Voir aussi : Les bonnes clientes des médias

Chez Jean-Jacques Bourdin, sur BFMTV, c’est un homme qui vient à la rescousse de la Fifa et il s’entend dire, par une femme, « il faut faire des plans sur les filles moches ?c’est ce que vous dites ? » L’idée de déconstruire les stéréotypes sexiste est totalement étrangère à ces médias. Certains journaux passent d’ailleurs à côté du sujet dès le titre comme Sputnik qui annonce : « les belles supportrices de la Coupe du Monde s’attirent les foudres de la Fifa » quand la critique se portait sur les cadreurs et réalisateurs et non sur les supportrices…

Opposer les femmes entre elles, présenter les féministes comme des jalouses et des frustrée, c’est toujours la façon la plus efficace de régresser. Un backlash immédiat après une timide ouverture de la part de l’instance du foot.

Voir aussi Parole libérée, le backlash ? 

Cette prise de position de la Fifa a aussi réservé de bonnes surprises. La majorité des journaux ont repris l’information sans commentaire, même s’ils en ont profité pour attirer le chaland avec des photos de jolies filles. Et le magazine So Foot que l’on a connu moins féministe termine son article par ces mots : « Against gros beauf football ! ». On avance petit à petit.

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