Accueil MédiasBruits et chuchotements Que reste-t-il des mots de Zemmour ?

Que reste-t-il des mots de Zemmour ?

par Isabelle Germain
Eric Zemmour. Photo © Styeb sur Flickr

Eric Zemmour. Photo © Styeb sur Flickr

Massacre de l’IVG (interruption volontaire de grossesse), attaque contre les magistrats, propos douteux sur les races, réécriture du féminisme… L’omniéditorialiste Eric Zemmour franchit la frontière qui sépare la provocation, stimulante intellectuellement, de la propagation de contrevérités. L’homme officie dans des médias à très grande audience. Entre sa parole et celle de ses opposants, c’est le pot de fer contre le pot de terre.


 

Dernier coup médiatique : commentant le rapport de l’IGAS sur l’IVG, l’éditorialiste du Figaro devenu aussi  chroniqueur matinal sur RTL a enchaîné contre-vérités et arguments dignes du mouvement « pro vie » (anti-avortement) : depuis le vote de la loi sur l’IVG, la France s’est  privée de 7 millions d’humains, a-t-il compté, conspuant au passage le slogan « notre corps nous appartient ». Pour lui, la loi Veil est un « pis-aller compassionnel » et l’avortement est devenu un acte banal. Il parle de « statut pénal du fœtus » (on a un statut pénal quand on est susceptible de commettre un crime). Et balance bien d’autres horreurs prouvant qu’il ne connaît rien à la loi sur l’IVG ni à la détresse de la plupart des femmes qui y ont recours. Derrière, le planning familial a dû batailler pour obtenir un droit de réponse et rappeler que l’avortement est un acte responsable. Mais un droit de réponse n’a jamais autant d’impact que l’information divulguée en premier.

Quelques jours auparavant, Zemmour dénonçait, toujours sur RTL, les juges qui ont libéré les Kurdes débarqués sur une plage corse (les juges appliquent les lois françaises et européennes). Pour contester ses propos, les magistrats n’ont pas demandé un droit de réponse en direct mais ont sollicité leur ministre Michelle Alliot-Marie, indique Marianne. Comme si le poids des mots d’un journaliste ne pouvait être équilibré que par une ministre… Fin 2008, Zemmour affirmait sans sourcillier qu’il existait une race blanche et une race noire, énorme contrevérité. Et son ouvrage, « Le premier sexe » paru en 2006, a été l’occasion de répandre sa verve misogyne, expliquant tous les malheurs de notre époque par la domination féminine. Une domination qu’il serait bien en peine de démontrer à la seule vue de la répartition hommes / femmes dans les sphères du pouvoir. Mais l’homme est érudit et sa technique consiste à piocher dans des faits historiques microscopiques des arguments qui servent ses théories.

Liberté d’expression… Pour qui ?

La liberté d’expression se compose aussi de la liberté de dire des énormités, c’est incontestable. Ce qui pose problème, c’est la différence entre l’espace médiatique accordé à ceux qui profèrent les âneries et l’espace médiatique accordé à ceux qui rétablissent les faits déformés par le chroniqueur.

Ce qui pose problème, c’est le statut du chroniqueur. Contrairement à un Stéphane Guillon par exemple, Zemmour n’est pas officiellement un comique. Il n’est pas non plus un pilier de café du commerce limitant sa verve avinée à quelques amis. Il est éditorialiste dans un des plus grands quotidiens français. Il propose du prêt-à-penser à des citoyens trop pressés pour analyser eux-mêmes les arguments des grands débats de société. Dans Le Figaro, la couleur politique du média est connue. Il n’y a pas vraiment tromperie sur la marchandise, sauf quand l’éditorialiste déforme les faits… Mais lorsqu’il se rend sur d’autres médias, tout bardé de ses galons d’intellectuel médiatique, l’absence de contradicteur pose un problème de démocratie. Surtout lorsqu’il met au service de l’idéologie la déformation des faits. C’est le cas sur RTL où, à une semaine d’intervalle, deux contestations ont été émises. Même si ces contestations sont prises en compte par la radio sous forme de droit de réponse, elles ont toujours beaucoup moins de poids que les propos du chroniqueur. L’information spectacle prend le dessus.

 

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7 commentaires

7 commentaires

cathy 7 février 2010 - 16:21

Il est temps de dénoncer cette imposture.Je suis effrayée par la place que Zemmour prend dans les médias,je cherche sans trouver quel est son talent.J’avais une certaine estime pour Ruquier mais son émission du samedi est désespérante:elle tient du jeu de cirque durant la décadence romaine.J’ai entraperçu sa critique du livre de JM Perrier et une des réponses de l’auteur était

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cathy 7 février 2010 - 16:28

ou vous ne savez pas lire M. Zemmour ou je ne sais pas ce que j’ai écrit

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Natacha Henry 7 février 2010 - 19:52

Ça fait bien cent ans qu’en France on met l’extrême-droite en valeur dans nombre de médias. Alors résistance, résistance! Bravo aux Nouvelles News!

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Sylvie Tranchant 7 février 2010 - 23:11

Le problème, c’est que dans le secteur privé comme dans le secteur public les médias traditionnels (télé, radio, presse écrite) c’est phallocratie, populisme et vulgarité à tous les étages ! Zemmour n’est qu’un maillon de la chaine (ce n’est pas un jeu de mot : je n’ai pas le coeur à rire). Zemmour est un homme extrêmement dangereux, il se mêle de tout comme Sarko, c’est un peu le Sarko des médias français ! Dangereux parce qu’influent, dangereux parce qu’il se met au service de tous les mouvements de régression, par exemple les masculinistes qui bientôt s’afficheront en France comme au Québec pour nous dire que les femmes sont dominantes, violentes et ont des privilèges indus.

Je l’ai déjà dit mais je le répète ici (mon parcours féministe a été positivement influencé par l’association des femmes journalistes, les chiennes de garde, un excellent livre « Dites-le avec des femmes, le sexisme dans les médias », les analyses de Marie-Jo Bonnet sur la phallocratie), en conséquence de quoi j’avais demandé à ce qu’il y ait un groupe de travail « médias et économie numérique » dans la commission des droits des femmes du PS et ça s’est pas fait ! On est donc très mal barré !

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Isa Fougere 8 février 2010 - 16:16

Bravo pour cette chronique ! Enfin! Je regrette aussi l’espace accordé au superficiel et agité monsieur z. Mais ne sont ce pas les deux qualités les plus utiles pour faire une carrière médiatiQue ? Même quand on défend des postures (plus que des idées) d’homme des cavernes. Pour paraphraser Voltaire s’adressant à Rousseau  » a vous entendre Monsieur, on se prend d’envie de retourner marcher à 4 pattes »

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AnnieB 8 février 2010 - 19:48

Bravo Isabelle de brandir le sabre contre ce pitoyable et intolérable pantin des médias. Il n’est pas invité dans des émissions, acceuilli dans les médias, pour ce qu’il raconte, ceux qui l’invitent s’en contretapent..mais parce qu’il dispense les journalistes…d’animer leurs émissions ou leurs pages. A coup de citations… dont on peut user à d’autres fins…qui laisse ses interlocuteurs pantois et impressionne les journalistes dont la culture classique n’est pas le principal mérite. Il énonce des absurdités…qui ne tiennent pas plus la mer qu’un ricochet mais qui font mal, très mal au passage Un petit traité de ses diverses pantalonnades avec sa petite tête de fouine sur chaque page, ferait je pense honte et mal à tout homme et pas seulement à toute femme, normal. Chiche !

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Claire127 23 octobre 2012 - 00:09

moi je vois beaucoup de vérités dans les dires de Z. Et personnellement, je suis une femme tout ce qu’il y a de plus féminin mais je reste catégoriquement contre le mouvement féministe. Une égalité des sexes reste pour moi un non débat…. que voulez vous? Avoir autant de force qu’un homme, espérer un homme tendre qui se plie à tous vos désirs…. ou un homme avec du caractère et qui affirme sa masculinité?
Bref, mes expériences amoureuses (et pour la plupart des mes amies) ont révélé effectivement que certains étaient emprunts d’une forte féminisation. J’en suis arrivé à me demander si on étais nos différences et si j’avais besoin de lui. Après oui pour des salaires égales à niveau et ancienneté égal… mais pour le reste, qu’un homme reste un homme!

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